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ÉPHÉMÈRE INTEMPOREL

26 Juillet 2013 , Rédigé par Vanille LN

ÉPHÉMÈRE INTEMPOREL

Un journal est ce qu'il y a de plus éphémère. A la pointe de l'actualité aujourd'hui, obsolète demain. Il n'en est pas de même pour un journal d'écrivain qui, au-delà du fait quotidien, nous apporte un plaisir, nous offre une leçon, nous enrichit d'une réflexion... D'autant que Jules Renard n'a pas imaginé son journal comme une compilation d'écrits déjà publiés, ni comme un journal intime sur les mouvements de son humeur. A la lecture de son journal, qui est un vrai chef-d'oeuvre littéraire, jamais il ne se montre comme un auteur impudique tout émerveillé de son égo qui livrerait le fond de son âme. Bien au contraire, les pages de ce Journal montrent un homme qui doute, qui souvent se replie sur lui-même. Pas de romantisme ni de lyrisme dans ses écrits ; l'auteur a la dent dure et l'intransigeance des désabusés. Son style est celui d'un bourgeois de la fin du XIXème siècle, économe et lucide, elliptique et concis, ironique et sans illusion. Son écriture quasi quotidienne mêle "choses vues" et réflexions profondes, philosophiques parfois. Homme de son temps, ancré dans son époque, il fréquente le Tout-Paris des gens connus : Claudel, Toulouse-Lautrec, Guitry, Tristan Bernard ou Jaurès... On le suit dans ses rencontres, ses amitiés, sa vie dans un milieu parisien si brillant qui pourtant ne l'éblouit jamais. Il sait garder ses distances et c'est ce qui donne à son Journal cette profondeur qui distingue le simple document ou reportage de l'oeuvre littéraire. Ce Journal a bien été voulu et conçu comme tel, non comme un carnet de notes pour plus tard mais bien comme une oeuvre entière et complète en soi. En filigrane, on perçoit aussi tout ce qui relève de l'intime, si pudiquement effleuré. Jules Renard reste un pessimiste, profondément marqué par sa famille, une mère si dure et si peu aimante, le suicide de son père. La mort parcourt à pas feutrés ce Journal, jusqu'aux derniers mots écrits quelques semaines avant sa mort, le 6 avril : "...comme quand j'étais Poil de Carotte." L'écrivain a retrouvé son enfance. Il meurt le 22 mai 1910. Et parmi toutes les perles qu'il nous laisse dans ce Journal, s'il n'y en a qu'une à retenir, que ce soit celle-ci : "Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."

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