Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Vivre est une prière que seul l'amour d'une femme peut exaucer"...

31 Juillet 2013 , Rédigé par Vanille LN

"Vivre est une prière que seul l'amour d'une femme peut exaucer"...

À la veille de ses soixante ans, Richard sent la déprime le gagner. Sa femme Evelyn l’a quitté douze mois plus tôt, Manhattan l’ennuie, son travail aussi. Il décide de tout abandonner pour couler des jours tranquilles à Key West, dans une maison de retraite de luxe. C’est compter sans Zoé, la jeune nièce de son nouvel ami John-John, dont Richard tombe brutalement amoureux. À vingt-deux ans, elle est insatiable, drôle, insaisissable, joyeuse. Ils quittent rapidement Key West pour une traversée burlesque des États-Unis, durant laquelle se révèlent les antagonismes de ce couple bizarrement assorti. Pendant les haltes du voyage, quand Zoé n’épuise pas Richard par une libido volcanique, le sexagénaire appelle son psychanalyste. Bien qu’il soit athée, il invoquerait presque Dieu pour comprendre ce qui lui arrive…


L'épigraphe de ce premier livre d'Antonia Kerr est extraite du roman de Romain Gary, "Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable", roman du vieillissement physique de l'homme, de sa libido verte, et de sa croyance toujours juvénile en l'amour : "Vivre est une prière que seul l'amour d'une femme peut exaucer." La jeune auteure n'aurait pu mieux trouver pour ouvrir son roman...
Trader new-yorkais proche de la retraite, Richard voit sa vie bouleversée en quelques semaines. Séparé de sa femme un an auparavant, il se retrouve seul dans une ville et un travail qui l'ennuient. Hésitant à céder à sa bougeotte naturelle pour fuir cette vie, il se décide finalement de tout abandonner pour s'installer dans un village de retraités médicalisé à Key West, en Floride. Ne souhaitant pas voyager seul, il trouve un compagnon de route par une petite annonce, John-John, un peintre noir au chômage. Lors d'une escale dans la famille de ce dernier, Richard tombe éperdument amoureux de Zoé, la nièce de John-John. Et cette beauté volcanique et insolente de 22 ans prend la route avec Richard pour un road-trip à travers les États-Unis. Entre dinners surchargés, motels miteux et escapades en amoureux, Richard va rapidement être tourmenté par les affres de la passion avec une fille de 40 ans de moins que lui...
Mené sur un rythme endiablé de salsa, ce roman haut en couleurs révèle chez Antonia Kerr un style frais et piquant. La jeune auteure laisse libre cours à une fantaisie débridée, néanmoins nourrie d'une solide culture littéraire. Hommage assumé à Nabokov, à Hemingway et à toute la Beat generation, "Des fleurs pour Zoé" réunit un improbable duo digne d'un roman de Philip Roth - on notera d'ailleurs que la jeune fille dévore l'un de ses livres, entre deux lampées de Jim Bead. Cependant, si Richard partage les traits du héros de "La bête qui meurt", Zoé se montre bien moins farouche que la prude Consuela ! Adepte de l'amour dans les cimetières, cette nouvelle lolita déborde en effet d'une libido effrénée, inépuisables malgré les étreintes répétées. Ce qui fait dire à Richard avec fatalisme : "J'en ai connu des pas commodes, des cinglées notoires, des excitées, mais Zoé fait vraiment partie de mon palmarès de folles furieuses."
Epuisé par cette "faim de coyote" débordante, le séducteur invétéré se sent lui-même menacé par la folie. Entre deux appels à son psy, il se perd régulièrement dans le labyrinthe de ses souvenirs, hanté par ses nombreuses maîtresses et sa femme, la froide Evelyn. La virée d'abord burlesque se teinte de mélancolie, nourrie des regrets de cet homme sur le déclin. Il fallait tout le talent d'Antonia Kerr pour avancer avec l'assurance d'un funambule sur ce fil ténu, entre comédie picaresque et quête de sens. Un défi loin d'être évident pour un premier roman, que l'auteure relève avec une aisance assurément déconcertante. Porté par une écriture vive, Antonia Kerr se livre à un joli exercice d'équilibre un roman des plus enthousiasmants.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article