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ÉCRIRE POUR RESTER EN VIE

25 Octobre 2013 , Rédigé par Vanille LN

ÉCRIRE POUR RESTER EN VIE

"En écrivant ce livre, je pensais me sauver du désastre qu'à été notre enfance -nous étions des enfants sans valeur aux yeux de nos parents qui ne nous avait pas voulus- sauver ce qui pouvait l'être pour faire de ce bric-à-brac une oeuvre, et j'aurai été cette oeuvre, n'est ce pas, mais apparemment tout le contraire est en train de se passer- en me ramenant au dépit qu'éprouvait notre mère lorsqu'elle se découvrait enceinte, la haine des miens, me pousser à me demander si je vais garder ce livre ou le mettre à la poubelle".

Inlassablement, Lionel Duroy consacre son œuvre à disséquer ce même désastre. De livre en livre, il explore les mêmes obsessions, les mêmes blessures, les mêmes sentiments, mais sans jamais se redire tout à fait.

Dans "Vertiges", son propos est "d'expliquer la lente destruction avec Esther". Au moment où le couple se sépare, Augustin – le double de Lionel Duroy – se souvient de sa rupture avec Cécile, sa précédente épouse, leur éloignement progressif, après que Cécile est tombée amoureuse de l'architecte de leur nouvelle maison où ils venaient d'emménager avec leurs deux enfants. Il se remémore la vie ensuite, la naissance de deux autres enfants, l'achat d'une maison de campagne, quelques infidélités, son activité de prête-plume... Peu à peu s'insinue et s'amplifie en lui une douleur intérieure insupportable qui le pousse à s'enfuir dans les Balkans en guerre, l'écarte de sa vie quotidienne, jusqu'à être enfermé dans une solitude absolue où seule l'écriture le maintient en vie.

«Vertiges s’inscrit dans une même démarche que Le Chagrin, explique son auteur: une volonté de remonter à la source et de tout ré-expliquer, de tout réviser, avec le souci de tout nommer. Ici, j’essaie de comprendre où naissent les relations amoureuses, comment une chose qui, au départ, nous transporte, se transforme en quelque chose de très destructeur.»

Pour effectuer ce travail d'analyse, Lionel Duroy retranscrit minutieusement chaque instant, chaque émotion, chaque angoisse, ne nous épargne ni les larmes ni les comportements névrotiques, mesurant tout à l'aune des traumatismes de l'enfance. Son écriture, belle et obsédante, enferme avec le lecteur dans la spirale infernale dans laquelle l'auteur se débat depuis toujours, en rappelant des faits évoqués maintes fois, ce qui donne parfois une impression de déjà-vu. Cependant, si la trame, si l'intention, est récurrente, l'éclairage apporté aux personnages et aux événements est chaque fois nouveau, différent, selon l'écho ressenti alors par l'auteur. "Le même événement, commente-t-il, vu quelques années plus tard, produit en moi des échos plus profonds. La scène de ma mère cachée sous l’armoire, par exemple, j’ai déjà dû la raconter dans trois livres et, à chaque fois, cela me fait un effet différent."

Le désamour aussi produit chez Lionel Duroy un effet différent, car il n'est pas seulement éloignement, prise de distance, puis séparation, il est une véritable déferlante, dotée d'une puissance souterraine qui soudain explose en tsunami intime. Jusqu'aux questions ultimes et fondamentales : avoir coupé ses racines familiales empêche-t-il de rester longtemps amoureux, alors que la possibilité même de l'amour semble perturbée à jamais ? Et peut-on construire, conserver une famille, sur les ruines de la sienne ?

Écrivain des émotions et de l'intime, Lionel Duroy creuse sans relâche ses failles, fouille, explore, retourne à l'origine des choses, du "désastre", au gré d'une œuvre fascinante qui se répète obstinément, comme s'il cherchait dans l'écriture un apaisement, une justification, un salut, sans jamais trouver dans ces vertigineuses introspections que de quoi vivre.

Augustin/Lionel "souffre, et il veut comprendre pourquoi il souffre, si bien que livre en livre il tente de remonter à l'origine des choses, son enfance, sa mère, ses frères et soeurs, ses ruptures....Il n'a jamais fini, il fouille [..]. En même temps, je crois qu'écrire le maintient dans la vraie vie"

De ce fait, l'écriture de Lionel Duroy est totalement incarnée, jamais légère, jamais banale ni anodine, puisant dans les tréfonds de l'âme humaine. Les rares bonheurs sont toujours atténués par une douleur de vivre lancinante, jamais guérie. Emporté par ce bouleversant chaos, on ressort de cette lecture le cœur chaviré et l'esprit troublé.

"... le plus cruel, et le plus mystérieux aussi, c'est le basculement du souci permanent qu'on avait de l'autre dans un vide abyssal où l'on doit s'accoutumer à ne même plus savoir s'il est vivant ou mort. Huit jours plus tôt, on tremblait si l'autre avait une heure de retard en regardant par la fenêtre la pluie qui tombait dans le crépuscule hivernal, pourvu qu'il n'ait pas eu un accident, et maintenant on doit continuer de vivre, de manger et de dormir sans rien savoir de ce qu'il traverse. Est-ce que ce n'est pas la chose la plus stupéfiante qui soit? Celle qui nous renvoie le mieux l'image de notre insignifiance, de la précarité de nos attachements (...)?"

ÉCRIRE POUR RESTER EN VIE
Né à Bizerte (Tunisie) en 1949, Lionel Duroy de Suduiraut est le quatrième enfant d'une famille de dix.

Issu d'une famille d'origine noble mais désargentée, laquelle a longtemps partagé des idées d'extrême-droite, sa jeunesse dans ce milieu l'a marqué profondément (comme on peut le lire dans "Priez pour nous" et "Le Chagrin")

Lionel Duroy a d'abord été livreur, coursier, ouvrier, puis journaliste à Libération et L'Événement du Jeudi.

Il a prêté sa plume à de nombreuses célébrités désireuses de publier leur biographie, parmi lesquelles Sylvie Vartan, J-M.Bigard, Mireille Darc, Nicolas Vanier ou Farah Pahlavi.

Il a publié à ce jour dix-sept romans, dont :

❊ PRIEZ POUR NOUSCOMME DES HÉROSUN JOUR JE TE TUERAIMÉFIEZ-VOUS DES ÉCRIVAINSÉCRIRELE CHAGRINCOLÈRES L'HIVER DES HOMMES

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Or Pâle 29/10/2013 11:59

Votre analyse est très fine, Vanille. Je vous remercie. Elle apportera de l'eau à mon moulin sans aucun doute.
Bien à vous.
Or - http://lionel-duroy-un-jour-je-te-lirai.blogspot.fr/