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CHANGER. UN DES MOTS LES PLUS AMBIGUS QUI SOIENT

9 Novembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

CHANGER. UN DES MOTS LES PLUS AMBIGUS QUI SOIENT

Laura a la quarantaine, un mari et deux enfants. Elle vit dans le Maine et passe ses journées de technicienne en radiologie derrière l'écran d'un scanner d'hôpital, décryptant des images de tumeurs, annonciatrices de vies qui s'enfuient, d'existences condamnées de patients anonymes qu'elle accompagne avec une douceur, une patience et un professionnalisme unanimement loué dans le service par ses collègues. C'est un travail éprouvant mais pour lequel elle semble totalement destinée, tant on la sent en empathie, désireuse toujours d'arranger les choses, de faire que tout se passe le mieux possible, pour tous et chacun, que ce soit à l'hôpital ou dans son foyer.

Mais depuis quelques mois, Laura se sent de plus en plus fragile, vulnérable, dépassée, désorientée. Elle est de plus en plus affectée par les douleurs, les inquiétudes et l'avenir souvent perdu des malades. Sa vie familiale se délite, entre son mari dépressif et agressif, au chômage depuis un an et demi, son fils artiste et instable et sa fille en pleine crise d'adolescence. Cela lui fait se souvenir, par contraste, de ces années où elle était une brillante étudiante en médecine, promise à un tout autre destin...

Alors, quand son supérieur lui propose de prendre sa place pour se rendre à une conférence médicale à Boston, c'est pour elle une occasion inespérée de prendre un peu de distance et d'air. Et c'est avec un immense soulagement qu'elle prend la route – "un voyage, c'est une échappée temporaire"... – sans imaginer un seul instant ce qu'elle va vivre durant ce week-end.

À peine arrivée à l'hôtel, à la réception, elle rencontre Richard Copeland, "vendeur en contrats d'assurance" qui engage la conversation, charmant, un brin séducteur, non dénué cependant d'une certaine timidité. Ils se retrouvent par hasard le soir au cinéma, vont boire un verre ensuite, discutent, échangent sur leurs vies, leurs points de vue, leurs tourments et leurs doutes, se découvrent une passion commune pour les mots, leurs nuances, leurs synonymes – tous deux "accros à la sémantique" –, pour la littérature en général, et la poésie en particulier. Le temps file à toute allure, comme toujours lorsque deux êtres sont "en phase, connectés en quelque sorte"... Ils se revoient le lendemain, et, au fil des discussions et des promenades dans Boston, s'impose comme une évidence qu'ils vont passer ensemble ce week-end. Voire davantage...

En l'espace de ces cinq jours, comme en une pièce de théâtre en cinq actes avec ses changements de décors, ses héros et ses péripéties, Douglas Kennedy se glisse dans la peau de son héroïne, cette femme terriblement seule, qui semble découragée, n'attendant plus rien de la vie jusqu'à ce qu'un week-end à Boston et une rencontre avec un homme incroyablement proche d'elle à la fois par ses tourments et ses aspirations lui laisse entrevoir la possibilité d'une autre existence, lui donne à croire que tout peut changer...

"Changer. Un des mots les plus ambigus qui soient". Un des mots clés du récit, autour duquel se cristallisent toutes les interrogations des personnages, mais aussi leurs espoirs, leurs regrets, leurs souvenirs. Lorsque dans un couple on constate qu'on est devenus des étrangers l'un pour l'autre, quand le silence devient pesant et le mépris insidieusement constant, quand on n'aspire plus qu'à "refermer la porte sur une vie conjugale qui (a) apparemment basculé dans la monotonie et le conflit", quand on se demande comment on a pu en arriver là, à cette existence insipide et absurde, dans laquelle on interprète un rôle chaque jour, un mot s'impose : changer, "cette pulsion si puissante, si prenante, si...dangereuse", peut-être également si nécessaire...

Mais est-ce si facile, si envisageable, de bouleverser son quotidien, ses habitudes, sa vie, pour suivre un homme ou une femme sur un coup de tête, de cœur ou de foudre, de préférer à ses "obligations" familiales et conjugales ses rêves, ses espoirs, ses désirs, de tout changer, absolument tout ? Sommes-nous suffisamment forts, suffisamment fous, pour saisir le bonheur quand il passe à portée de main ?

Douglas Kennedy manie à merveille les mots du désamour et de l'amour, avec délicatesse, nuances, sensualité aussi. Fin psychologue de l'âme humaine, il maîtrise cet art subtil de l'introspection et de l'analyse des tourments, des doutes, des relations complexes entre les êtres, jusqu'aux plus infimes, jusqu'aux plus intimes... Le choix pertinent, si juste des mots et des expressions, l'équilibre entre dialogues et descriptions, confèrent au récit une puissance évocatrice incomparable. On est emporté dans l'histoire, on s'attache, on s'identifie aux personnages, on rit, on pleure, on espère, on jouit, on s'effondre, on vit et on vibre avec eux, à l'unisson...

Une fois encore, Douglas Kennedy nous offre un roman brillant, cultivé, subtil, passionné, captivant et bouleversant. Et nous rappelle qu'il "faut se laisser guider par l'espoir et rester convaincu qu'il est toujours possible de se réinventer"...

CHANGER. UN DES MOTS LES PLUS AMBIGUS QUI SOIENT
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