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LE VERTIGE DU MONDE

6 Février 2014 , Rédigé par Vanille LN

LE VERTIGE DU MONDE

"En démocratie, le premier venu a le droit de s'installer au comptoir du Café du Commerce et de commenter les faits et gestes du gouvernement au pouvoir et de l'opposition. Ce livre est une sorte de Café du Commerce de la cosmologie et de l'histoire du monde. L'auteur a pris la posture du ravi de la crèche, de Garo, le benêt toujours émerveillé de La Fontaine, du Candide de Voltaire : il est mû par l'étonnement et par l'admiration. Le spectacle du monde le surprend, l'enchante et le remplit d'une allégresse terrifiée.

L'histoire du monde, à elle toute seule, est déjà une sorte de songe. Le récit des efforts des hommes pour tenter de comprendre cette histoire est un autre songe. […] Comme l'univers lui-même, comme la vie de chacun de nous, ce livre est une longue rêverie."

Ni tout à fait un essai, ni tout à fait un roman, la "longue rêverie" que nous offre Jean d'Ormesson est un ouvrage de réflexions et de pensées, original, passionnant et aussi humble qu'érudit, comme son auteur... Tout part d'une interrogation à la fois simple et essentielle : d'où venons-nous, où allons-nous et que faisons-nous sur cette Terre ? Alors l'écrivain remonte le fil du mystérieux labyrinthe et, en écho, le "Vieux" rêve... C'est poétique et philosophique, les mots, les formules et les figures de style sont d'une justesse charmante et fascinante. "Et de mon rien, interdit à ceux qui vivent dans le temps, est sorti votre tout."

C'est le début de l'histoire – de l'Histoire. Jean d'Ormesson présente alors avec maestria le panorama des civilisations et des sciences, des progrès et des hommes. Il continue sa progression dans le labyrinthe sans jamais cesser de tenir le fil de sa pensée, ni la main du lecteur, faisant intervenir Homère, Socrate, Newton, Darwin, Einstein, Darwin, Nietzsche et quelques autres Le Vieux ponctue cette vaste présentation de réflexions philosophiques, nous invitant à réfléchir sur la marche du monde. On a annoncé sa mort, il ne s'en offusque pas, mais au contraire s'en amuse, constatant que si "la nécessité (le) tue", "le hasard (le) ressuscite".

Et là où une main a écrit "Dieu est mort. Signé : Nietzsche", une autre passe, efface et corrige ainsi "Nietzsche est mort. Signé : Dieu."

Alors ressurgit LA question philosophique sur le monde, que déjà s'étaient posée Leibniz et Heidegger : "pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien ?". Une fois posée, cette question ne lâche plus l'auteur. "Elle est devenue une hantise."

"Tout m'étonnait. D'être là, que le soleil brille, que la nuit tombe, que le jour se lève. Que j'écrive ces lignes et que vous les lisiez. Qu'il y ait quelque chose qu'à tort ou à raison nous appelons « le réel » ou « la réalité » et qui me semblait se rapprocher soudain dangereusement d'une sorte de subtile illusion ou d'un rêve récurrent."

Qu'importe, d'Ormesson poursuit sa réflexion. Il est de ces hommes qui, bien que pris comme tous les autres dans la vie humaine, trop humaine, et terrestre, ne cesse de regarder les étoiles, d'interroger le ciel, la science, les systèmes philosophiques, et jusqu'à Dieu lui-même, reconnaissant dans une formule magnifique qu'il "doute en Dieu". Ni dogmatisme, ni catéchèse donc, de la part de cet agnostique qui espère et qui doute. Qui n'a qu'une seule certitude : nous mourrons – et même nous mourons, sans cesse, chaque jour, à chaque minute, dès notre naissance. "La monde inépuisable dont nous faisons partie, aucun ouvrage de génie, aucune théorie unifiée, aucune formule de l'univers ne sera jamais capable d'en livrer le secret dans sa totalité. Tout ce que les hommes peuvent faire, c'est de bricoler dans le temps avant de disparaître à jamais." Pour "bricoler" encore quelques pensées, d'Ormesson convoque Chateaubriand, Saint-Augustin, Descartes, confronte des points de vue, envisage des hypothèses, et admet, avec Einstein, que "la plus belle expérience que nous puissions avoir, c'est celle du mystère"...

Et ce qui est merveilleux, épatant, exaltant avec Jean d'Ormesson, c'est que l'écriture, la réflexion, et même la certitude de notre finitude ne conduisent ni au découragement, ni à la morosité, ni au désespoir, jamais. "Les bons livres sont ceux qui changent un peu leurs lecteurs. […] Je ne sais pas si ce livre est bon ni s'il aura changé, si peu que ce soit, ses lecteurs. Il m'a changé, moi. Il m'a guéri de mes souffrances et de mes égarements. Il m'a donné du bonheur, une espèce de confiance et la paix. Il m'a rendu l'espérance. […] Avec cette confiance, avec cette espérance, le monde prend de l'élan, de la hauteur, de la gaieté. Un sentiment d'en-avant s'empare soudain de lui. Il se met à danser. Il donne envie de chanter. Il n'est plus orphelin. Il n'est plus inutile. Il a cessé d'être absurde. Il est toujours une énigme. Mais, même si son sens nous échappe, il a enfin un sens."

Le même bonheur qui envahit l'auteur se communique au lecteur. Soyez-en sûr, Monsieur d'Ormesson, votre livre nous change, nous aussi, nous rend heureux, confiants, en la littérature, en l'amour et en la vie. Avec vous, grâce à vous, nous sommes, nous aussi remplis d'admiration, de gratitude, de gaieté.

Oui, vraiment, "tout est bien."

LE VERTIGE DU MONDE

Jean d'Ormesson, né Jean Bruno Wladimir François de Paule La Fèvre d'Ormesson le 16 juin 1925 à Paris, est écrivain, chroniqueur, éditorialiste, philosophe, membre de l'Académie Française depuis 1973 et acteur débutant puisqu'il a tourné dans son premier film, Les Saveurs du Palais, en 2012...

Il a été secrétaire général puis président du Conseil International de la philosophie et des sciences humaines à l'Unesco, rédacteur en chef de la revue Diogène, directeur puis directeur de la rédaction du Figaro, journal auquel il continue de collaborer dans la rubrique "Débats et Opinions".

Il a publié quelques 37 ouvrages, dont :

La Gloire de l'Empire, Grand Prix du Roman de l'Académie française en 1971

Au plaisir de Dieu (1974)

Mon dernier rêve sera pour vous (1982)

La Douane de mer (1994)

Presque rien sur presque tout (1995)

Une autre histoire de la Littérature française (1997-1998)

Le rapport Gabriel (1999)

Une fête en larmes (2005)

Qu'ai-je donc fait ? (2008)

La Conversation (2011)

Un jour je m'en irai sans en avoir tout dit (2013)

Interview de Jean d'Ormesson à la Librairie Mollat pour "C'est une chose étrange à la fin que le monde"

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