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ENTRE HÉRITAGE & LIBERTÉ

19 Avril 2014 , Rédigé par Vanille LN

ENTRE HÉRITAGE & LIBERTÉ

"Né à Nice de parents algériens, Mourad voudrait se forger un destin. Son pire cauchemar : devenir un vieux garçon obèse aux cheveux poivre et sel, nourri par sa mère à base d'huile de friture. Pour éviter d'en arriver là, il lui faudra se défaire d'un héritage familial pesant. Mais est-ce vraiment dans la rupture qu'on devient pleinement soi-même ?"

Mourad Chennoun est le narrateur de cette histoire de famille et de transmission. Il est le fils d'un père cordonnier qui ne sait ni lire ni écrire, arbore des stylos Bic au revers de sa chemisette pour faire illusion et demande à son fils de lui lire le journal à voix haute "avec l'accent de journaliste" , et d'une mère dépeinte par sa fille aînée Dounia comme le prototype de la mère aimante mais insupportable, étouffante, culpabilisante et à fuir, tandis que sa fille cadette lui voue une admiration sans borne, recherche son approbation et la considère tout à la fois comme un modèle et un repère absolu. Mourad se retrouve donc tiraillé entre ses deux sœurs, et prisonnier de l'héritage familial... Narrateur à la fois immergé mais finement observateur, il raconte les péripéties de cette famille à la fois typique et hors du commun, leurs drames, leurs réconciliations, leurs fêtes, à travers des anecdotes souvent pleines d'humour.

Le clan explose lorsque Dounia, après avoir fait sa crise d'adolescence, refuse le mariage arrangé qui était envisagé, claque la porte et ne remet plus les pieds chez ses parents pendant dix. Et encore, quand elle réapparaît dans la vie des Chennoun, c'est via la Une des journaux : devenue avocate, la "jeune femme de 36 ans, issue de l'immigration algérienne, ambitieuse et déterminée", est désormais l'atout et la coqueluche de l'élite politique parisienne et se présente sur une liste électorale de droite. Symbole de la diversité – qui n'est pas sans faire fortement penser à Rachida Dati...

À l'opposé, Mina met ses pas dans ceux de sa mère. Elle épouse un homme qui lui donne trois enfants, s'installe à deux rues de ses parents et vient les voir tous les jours.

Toujours pris au milieu de ce tourbillon familial, Mourad le timide l'indécis et l'attentif, devient prof et est envoyé dans un établissement de banlieue "difficile".

Non seulement Faïza Guene a un sens aigu du récit mais elle a aussi un talent certain pour le portrait. Chacun de ses personnages est complexe, fascinant, puissant. Cette famille – qui pourrait être un peu la sienne – se révèle être sous la plume de Faïza Guene, le contexte idéal pour réaliser une chronique sensible et drôle, une comédie réaliste réjouissante, sans pesanteur et sans jugement, enrichie d'une belle réflexion sur l'héritage familial, la transmission parentale et sociale et qui pose par là même la question de la liberté.

Car on a beau avoir des envies d'émancipation, il faut toujours garder présent à l'esprit que "personne ne repart jamais de zéro, pas même les Arabes qui pourtant l'ont inventé"...

ENTRE HÉRITAGE & LIBERTÉ
Faïza Guène, née en 1985 à Bobigny, est romancière, scénariste et réalisatrice. 

Son premier roman, Kiffe Kiffe demain, a été l'une des meilleures ventes de l'année 2004 et a été traduit dans 26 langues.  Il a été vendu à 400.000 exemplaires en France.
En 2006, elle a publié Du rêve pour les oufs, puis, en 2008, Les Gens du Balto.

Son quatrième roman, Un homme ça ne pleure pas, fait partie de la première sélection du Prix Orange du Livre 2014.

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