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SYMPHONIE DE L'HOMME SLAVE

26 Avril 2014 , Rédigé par Vanille LN

SYMPHONIE DE L'HOMME SLAVE

« C’est l’histoire d’un amour. C’est l’histoire vraie d’un amour.

Cet homme complexe que je raconte a existé, et la jeune femme obsessionnelle qui l’a aimé et qui dit «je» aussi. C’est moi. Les extraits de carnets intimes sont vrais également. Ce sont les miens. Ceux que je tiens depuis toujours et que je n’avais pas ouverts depuis longtemps. Je les consultais pour en choisir des extraits que j’insérais seulement après avoir avancé dans la rédaction et ce, même s’ils éclairaient de façon décalée le récit que je venais de faire. Les « mots du matin » de celui que j’appelle souvent « l’homme slave » sont vraiment les mots qu’il me laissait. Le « cahier de liaison » dont je cite des extraits existe. Je n’ai rien changé. Bien sûr il y a tout ce que je ne sais pas. Et puis la subjectivité. Le filtre de la mémoire. La mise à distance de l’écriture. Mais je n’ai rien inventé. Ou presque rien. C’est parce que cette histoire est vraie en tout point - à d’infimes détails près - que la romancière que je suis a voulu la raconter. Pour en extraire la réalité romanesque, et la restituer, la partager, dans sa nudité, sa beauté, sa cruauté, et sa douceur. »

L’histoire que Murielle Magellan nous raconte ici est la sienne, d’emblée elle le reconnait et le revendique. Elle savait depuis longtemps qu’il en serait ainsi : « j’ai comme l’impression que je vis cette histoire pour l’écrire un jour » se disait-elle aux jours de son amour avec l’homme slave. C’est que cet amour est passionnel, douloureux et lumineux, sombre et magnifique, infiniment romanesque…

Débarquée à Paris, étudiante dans une école de chansons, la jeune artiste qu’est Murielle Magellan tombe sous le charme de l’un de ses professeurs, de plus de vingt ans son aîné, charismatique, fascinant, autour duquel les femmes gravitent et défilent, ‘attirées comme des papillons de nuit par la lumière’. Dès le début de sa formation au Studio des Variétés, et pour longtemps, l’équilibre de la jeune femme dépend de lui. Ses encouragements, ses compliments la transportent, tandis que ses critiques la dévastent. Et puis du jour au lendemain, le professeur inconstant quitte la formation, laissant ses élèves en cours d’année. La vie continue, sans lui. Jusqu’à ce qu’il la rappelle, pour une croisière. Joie folle, sentiment ‘d’indestructibilité jouissive’, pendant un quart d’heure.
« Être près de lui me mettait pourtant imperceptiblement en danger. Un danger indéfini. Innommable. Celui sans doute de l’attirance tenace qui n’a pas encore été identifiée. L’attirance de la peau et de l’esprit mêlés, mais qui n’a pour l’instant nulle part où s’agripper ; aucune prise ni d’un côté ni de l’autre. Soit parce qu’elle est niée, soit parce que la porte n’est pas encore ouverte. Elle se mue alors en rôdeuse qui attend son heure et dont on ne perçoit que l’effluve ou, pire encore, l’ombre portée, furtive. Inquiétante. »

Rappeler cet homme est ‘la première enjambée sur (sa) plus périlleuse embarcation affective’. Mais le coeur a ses raisons que la raison ignore et même si elle a conscience que cet amour est risqué - mais après tout, quel amour ne l’est pas ? -, elle se lance, elle s’embarque avec lui, l’homme absent, l’homme qui échappe mais aussi l’homme référence, un être singulier, ‘si à part qu’on ne retrouve pas le temps d’une vie des humains aux contours semblables’…

Avec l’homme slave, il y a ‘tant de coups de fil difficile à passer, tant de lettres difficiles à poster, tant de mots difficiles à dire’. Malgré cela, l’amour est là, tellement fort, tellement intense, tellement prenant. « Je voulais avoir le temps de l’explorer, lui. Le comprendre. Résoudre l’énigme. Ou si ce n’était résoudre, au moins approcher. » C’est que l’homme slave est un homme complexe et attachant, mystérieux et passionné, ténébreux et fascinant. Il est pour elle tout à la fois ami, amant, compagnon, père, pygmalion. Mais il est aussi un séducteur impénitent, et un infidèle auto-proclamé : il lui annonce dès le début de leur relation qu’il est libertin, volage et dissolu de nature et qu’une « femme qui veut vivre une relation de tendresse, de complicité, d’amour avec moi doit, non pas accepter cela mais l’absorber, non pas le subir mais l’absorber. » Cette exigence inouïe semble impossible à réaliser pour une amoureuse. Murielle réfléchit puis lui écrit ces mots : « Jamais je n’ai tant désiré avoir cette faculté qu’ont ensemble le buvard, le poivrot, et la bonne terre : celle d’absorber. Si cela dure un peu, cette histoire sera, en tout cas, une révolution pour ma sensualité. Il faut vivre au jour le jour, être farouchement épicurienne, aimer et rester disponible pour aimer encore, ailleurs… pourquoi pas ? »

Cette histoire d’amour ‘à leur manière’ sera pleine de bruits et de fureur, de grands bonheurs et de grandes souffrances, une passion au long cours, tumultueuse, tortueuse, tourmentée. « Son amour était une sorte de rouleau compresseur puissant et sans nuance, envahissant, jouissif, effrayant, exclusif. »

Tout semble les opposer, elle volcanique, passionnée, entière, lui sombre, inaccessible, insaisissable. Pourtant, un lien indescriptible et indestructible les unit durant des années, les ramenant sans cesse l’un vers l’autre, pour des retrouvailles sans cesse recommencées qui ressemblent toujours à une première fois.

« Tout ce temps passé ensemble, on se parle. On rit. Je le questionne. Je profite. Oui, c’est bien ça. Je profite. avec toujours cette sensation, qui perdure en moi, qu’il ne restera pas. Qu’il partira. Qu’il mourra. Que je le quitterai. Il m’encourage tellement ! À écrire, à être ce que je suis, à ne pas me laisser dérouter par les uns ou les autres. À préciser ce que j’aime. À tenir mon cap. Il me regarde tellement. Il me désire aussi. Cette chose se réveille en nous de plus en plus fort. Et on commence à la partager vraiment, ce qui, je le sens, conforte son attachement à moi. Et le mien à lui… »

Paradoxalement, si à certains moments cette passion dévorante a pu détruire la jeune femme, elle l’a aussi construite. Car au fil des pages, on assiste à l’affirmation progressive, à l’éclosion, à l’épanouissement de la jeune fille étudiante qui se métamorphose peu à peu en femme rayonnante et en artiste accomplie. Jusqu’à devenir suffisamment forte et lucide pour comprendre qu’il est temps d’arrêter de tout absorber, de tout admettre, quelles qu’en soient les conséquences. « Le perdre, c’est me perdre pour un bon bout de temps. Mais tout accepter, c’est me perdre aussi… »

L’on comprend en lisant le roman la symbolique de sa couverture… Elle nous raconte en image l’histoire d’une jeune femme dont le cœur s’envole comme un bouquet de ballons rouges, alors qu’elle se trouve en équilibre sur une échelle qui la retient à la terre… Parviendra-t-elle à se libérer pour prendre son envol ?

Le récit est à l’image de cette photo, à la fois gracieux et fort, émouvant et intense, un amour fou, passionné, assombri par des nuages gris, ceux de l’infidélité, du mensonge, de la complexité. Avec beaucoup de subtilité et par le double prisme du passé et du présent, de la jeune fille tendre, amoureuse et naïve qu’elle fut et de celui de la femme décidée et accomplie qu’elle est devenue et qui observe, analyse la première sans concessions, Murielle Magellan nous offre le roman d’une éducation sentimentale, d’une révélation, douloureuse et magnifique. « Rien n’a jamais pu me faire regretter cet amour. Jamais. » Et aujourd’hui, alors que l’homme slave, l’homme aimé, le père de son fils, n’est plus, le temps était venu de reprendre les petits carnets, de remonter le fil du temps et de cette histoire, pour écrire ce récit initiatique absolument bouleversant, infiniment intime mais pour autant d’une grande pudeur de par la mise à distance de l’écriture - preuve que l’auto-fiction peut être subtile, nuancée, respectueuse, à condition que la plume soit ciselée, sincère, et sache faire de la réalité un roman vrai, touchant, magnifique.

SYMPHONIE DE L'HOMME SLAVE
Murielle Magellan, née à Limoges en 1967, est une écrivain, scénariste, dramaturge et metteur en scène.

Après une formation musicale, dans la chanson (Studio des Variétés), de comédienne (École du Théâtre National de Chaillot), et universitaire (maîtrise de Littérature moderne), Murielle Magellan s'est consacrée à l'écriture sous ses diverses formes, et à la mise en scène de spectacle vivant. 

Elle a déjà publié deux romans :

❊ Le lendemain Gabrielle (Julliard, 2007)

❊ Un refrain sur les murs (Julliard, 2011)

Son troisième roman, N'oublie pas les oiseaux, fait partie de la première sélection du Prix Orange du Livre 2014.

Elle est également l'auteur de plusieurs pièces de théâtre :

❊ La saveur subtile des DinosauresPierre et Papillon, ou l'histoire d'un amour décaléTraits d'unionEtats des lieuxBoomerangL'éveil du chameauJe suis ta mémoire

Elle a mis en scène :

❊ Océanerosemarie, La Lesbienne Invisible Le Paris des Femmes (Editions 2013 et 2014)

Elle participe aussi à l'écriture de scenarii pour la télévision et le cinéma :
  • 2002-2006 : P.J. Saison 11 à 21 (TV)

  • 2006 : Petits meurtres en famille Saison 1, réalisé par Edwin Baylee (TV)

  • 2008 : Les Petits Meurtres d'Agatha Christie (TV)

  • 2011 : Tata Bakhta réalisé par Merzack Allouache (TV)

  • 2011 : La Joie de vivre réalisé par Jean-Pierre Améris (TV)

  • 2013 : L'Héritière, réalisé par Alain Tasma (TV)

  • 2014 : Sous les jupes des filles, réalisé par Audrey Dana (cinéma) - Sortie en Juin

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