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LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE...

4 Juillet 2014 , Rédigé par Vanille LN

LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE...
Quelle belle idée que celle d'Héloïse d'Ormesson de ré-éditer, à l'occasion du lancement de sa collection "Suspense", le premier roman de Dominique Dyens, La femme éclaboussée, un thriller aux accents érotiques, aussi maitrisé qu'original – édité la première fois chez Denoël par... Héloïse d'Ormesson – !

"Madame a quarante-cinq ans. Elle est belle. Et distinguée. […]

Monsieur est cadre supérieur dans une grande banque française. Lui aussi est toujours élégant. […] Monsieur ne parle jamais pour ne rien dire. C'est parce qu'il est important.

Madame tient une boutique de cadeaux dans le VIIème arrondissement. Tous les matins, à dix heures, elle va déposer à la banque située en face de son magasin sa recette de la veille.

Depuis cinq ans, Xavier Bizot occupe le même emploi : il est caissier au Crédit Lyonnais. Pour rien au monde il ne changerait de poste. Car il ne vit que pour le moment magique où Madame entrera, resplendissante, laissant traîner sur son passage les effluves de son parfum."

Élégante et raffinée, Catherine Salernes fait partie des femmes belles sans le savoir, inconsciente de l'effet qu'elle produit, bien malgré elle, sur les hommes qu'elles croisent. Toujours parfaitement coiffée, manucurée, vêtue, elle prend soin d'elle par habitude, pour tenir son rang et faire oublier – même si sa belle-mère se plaît à lui rappeler constamment – qu'elle est d'origine modeste et provinciale. En se mariant à Jean Salernes, elle s'est coulée dans une vie bien rangée dans les quartiers chics de la capitale. Elle glisse dans l'existence sans bruit et sans relief, sans désir et sans envie, seulement animée par le souci de bien faire, de ne pas dénoter, de ne pas déplaire, de paraître à défaut de parvenir à être... L'équilibre de cette femme à la fragilité bouleversante ne tient qu'à un fil. "Si l'on venait à tirer trop fort dessus, il casserait net."

Pourtant, en apparence, la famille Salernes a l'air parfaitement unie, Monsieur, Madame et leur deux enfants : Thomas et Virginie. Mais en apparence seulement, car la réalité est moins lisse qu'il n'y paraît. Monsieur et Madame font chambre à part depuis bien longtemps, ils ne se touchent plus, ne se regardent plus et se parlent à peine. Monsieur a d'ailleurs une maîtresse – ce que les autres membres de la famille ignorent, ou feignent d'ignorer. "Ils sont comme des personnages de huis clos" qui ne se posent ni ne posent de questions, qui ont pris pour habitude de ne rien voir, rien entendre et rien dire. On fait semblant, on joue un rôle, on compose. Les enfants eux-mêmes font tout pour s'effacer : le traumatisme dont Virginie est prisonnière reste tabou et l'homosexualité de Thomas, secrète. Seule la belle-mère acariâtre et méprisante s'exprime pour rabaisser sa bru dont elle n'a jamais accepté les origines provinciales mais tout en s'efforçant de préserver les apparences. Tout ce petit monde sclérosé mène une existence morne et monotone jusqu'au jour où Madame rencontre Olivier, jeune professeur, à qui elle va louer son studio, dont elle tombe amoureuse et qui devient son amant. Sous le masque de la bourgeoise BCBG se cache une femme passionnée, dont le désir ne demandait qu'à être éveillé, ce que le jeune homme va s'appliquer à faire avec subtilité et sensualité. Si bien que "ce premier mois restera gravé dans leur mémoire telle une ode à l'amour charnel, ponctuée d'une tendresse espiègle. Leurs corps se découvraient mutuellement, réveillant l'une aux caresses d'un homme et confortant l'autre dans sa virilité."

Dès lors, la vie de Catherine s'embrase et avoir un amant devient une évidence. Elle "s'étonne de pouvoir regarder [son mari et ses enfants] sans honte ni culpabilité. Elle le fera très bien. Et même de mieux en mieux." Cette explosion des sens est pour elle une véritable renaissance, enfin un épanouissement véritable en tant que femme. Comme d'habitude, sa famille s'évertue à ne rien remarquer. Un homme en revanche est perturbé par les changements d'humeur, d'habitudes, d'attitudes de celle qu'il observe et admire depuis toujours. Un homme que cet amour pressenti puis confirmé anéantit. Il ne peut souffrir que l'objet de son fantasme, l'idéal inaccessible qu'elle incarne à ses yeux, la femme rêvée et espérée, succombe au charme d'un autre. Cet homme, c'est Xavier Bizot, le caissier de la banque, qui, après l'avoir secrètement vénérée, ne va plus avoir qu'une seule idée en tête : la faire chanter pour se venger.

En prenant un jeune amant, quoique follement amoureuse, Catherine Salernes n'a toujours eu qu'une crainte : que son adultère soit découvert, qu'elle soit obligée de divorcer et de retrouver son ancien statut social. Alors, lorsqu'elle reçoit la lettre anonyme d'un maître-chanteur, tout s'effondre...

Dans son premier roman, un "polar aux accents érotiques" sans une once de vulgarité, Dominique Dyens révèle déjà sa maîtrise implacable du récit, délivré par les voix des différents protagonistes, et son talent pour maintenir intacte la tension du suspense. Les personnages sont merveilleusement décrits dès les premières pages pour évoluer subtilement au fil des pages et dévoiler ainsi leur complexité et leurs paradoxes. L'ambiance feutrée et bourgeoise se fissure et se décompose pour laisser placer à une atmosphère à la Chabrol, délicieusement diabolique. Les masques tombent, les non-dits jaillissent, les apparences volent en éclat, entraînant personnages et lecteur dans la tourmente jusqu'au vertige. Jusqu'à l'implosion.

"La famille Salernes vient d'éclater en mille morceaux de vie, colorés, comme les étincelles des feux d'artifice qui célèbrent chaque année depuis plus de deux siècles la victoire sanglante de la Révolution."

Merci à BABELIO et aux Editions Héloïse d'Ormesson grâce à qui j'ai reçu ce roman dans le cadre de l'opération "Masse Critique" !

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http://www.cluborchestra.fr/ 10/09/2014 14:45

L'intrigue est plutôt intéressante. Écrire un livre sur le monde de la bourgeoisie et des personnes tourmentées, sont des sujets qui peuvent donner lieu à la réflexion. On voit que l'argent ne fait pas le bonheur. Il y contribue juste. Ce milieu donne souvent à voir des personnes qui souffrent et qui ont besoin d'aide. Preuve en est.

Merci pour ce partage !