Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

LE DÉSORDRE DES SENTIMENTS

21 Septembre 2014 , Rédigé par Vanille LN

LE DÉSORDRE DES SENTIMENTS
"« Tu seras toujours la femme de ma vie. » Dans le vacarme d'un réveillon de Nouvel An, María n'entend pas ce que Flóki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Heureusement, dans la nuit de l'hiver polaire, Perla est là, charitable voisine d'à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l'entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée... Ni Perla la naine surdouée, ni María l'épouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à l'islandaise – adorables bambins, belles-familles consternées ou complices, père génétique inattendu – ne détournent le lecteur d'une alerte cocasserie de ton, d'une sorte d'enjouement tendre, de brio ininterrompu qui font de L'Exception un grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels."

"Tu es la dernière femme de ma vie". Ces quelques mots prononcés sur un balcon le dernier soir de décembre agissent comme le détonateur qui fait exploser tout à la fois un couple et des vies. Ils révèlent à María que Flóki, son mari depuis plus de dix ans, celui qu'elle aime, qu'elle considère comme l'homme de sa vie, le père de ses enfants, est en réalité homosexuel et qu'il a décidé de recommencer une nouvelle vie, avec son amant qui, coïncidence, porte le même prénom que lui. Le soir même, après avoir fait une dernière fois l'amour à sa femme, il quitte la maison. Les premiers jours de janvier sont encore marqués par le choc de la nouvelle, par la stupeur, la sidération, mais aussi, au tout début, par l'espoir d'un retour de Flóki. Pourtant, malgré le choc, il faut continuer de vivre, s'occuper des jumeaux, avancer en titubant, avec l'aide de Perla, la voisine, personnage fantasque et attachant d'un mètre vingt, nègre d'un auteur de polar et conseillère conjugale particulière. Au fil des pages, nous suivons María dans son cheminement intérieur, à chaque étape après le choc de la séparation vécue comme une trahison puis comme un deuil, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit. Il lui faut faire le deuil de sa vie d'avant, de sa vie d'épouse, de ses illusions sur son mari. Il lui faut accepter de rester une "exception" dans la vie de l'homme qu'elle croyait être son âme sœur. Mais pour parvenir à l'acceptation, le chemin est semé de questionnements, entremêlés de souvenirs, la mémoire de María relisant chaque événement, chaque moment à la lumière de la révélation de Flóki pour tenter d'y déceler, a posteriori, des signes, des indices qui auraient pu laisser présager un coming out... Et comme si le choc de la séparation ne suffisait pas à son trouble, voilà que María se retrouve confrontée au retour inopiné de son père biologique puis à sa disparition brutale. Cette avalanche d'événements imprévisibles dans sa vie, sorte de "condensé de la théorie du chaos", pourrait sembler invraisemblable s'il n'était avéré par Perla que "l'improbable a bien plus de chances de se produire dans la vie que dans un roman"...

Subtil et dépaysant, l'univers d'Auđur Ava Ólafsdóttir parvient à créer une sorte de féérie islandaise enveloppée de neige à partir d'une histoire a priori banale mais qui se révèle en réalité être pleine de fantaisie et de profondeur. Les personnages sont assez décalés mais attachants et touchants. On a l'impression de les voir évoluer sous nos yeux tant la romancière s'applique à dépeindre les situations et les comportements simplement, comme une observatrice qui ne se pique pas d'analyse psychologique. Avec beaucoup de finesse, de douceur, de poésie, elle décrit l'absence, le manque, la sensation de flottement et d'incertitude dans ces moments où tout est à (re)construire, tout reste à inventer. Jusqu'à la fin...

LE DÉSORDRE DES SENTIMENTS
Audur Ava Ólafsdóttir est une écrivain islandaise née en 1958 à Reykjavik. 

Active dans la promotion de l'art, elle est professeur d'Histoire de l'Art à l'université d'Islande  et directrice du Musée de l'Université d'Islande. Elle a donné de nombreuses conférences et organisé plusieurs expositions à ce titre.

Rosa candida (traduit en français aux éditions Zulma), est son troisième roman après Upphækkuð jörð (Terre relevée) en 1998, et Rigning í nóvember (Pluie de novembre; traduit en français sous le titre L'Embellie) en 2004, qui a été couronné par le Prix de Littérature de la Ville de Reykjavík. Le Théâtre national islandais acquit les droits de sa première pièce de théâtre, qui sera jouée dès l'automne 2011.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article