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LA PETITE FILLE HANTÉE

18 Octobre 2014 , Rédigé par Vanille LN

LA PETITE FILLE HANTÉE

"Helen, dix ans, et Flora, sa baby-sitter pour l’été, se trouvent toutes deux isolées dans la maison familiale en passe de tomber en ruine, tandis que le père d’Helen est absorbé par une mystérieuse mission. À trois ans, Helen a perdu sa mère, et sa bien-aimée grand-mère, qui l’a élevée jusque-là, vient également de mourir. Cette enfant à l’imagination affûtée veut à tout prix garder intacte la demeure, avec tous les fantômes qui en font la légende. Flora, prête à fondre en larmes à la moindre occasion, est déterminée à choyer Helen. La férocité de leur relation et ses conséquences continueront de hanter Helen pour le restant de ses jours…"

Helen, la narratrice du roman, nous ramène à l'été 1945, une période particulièrement marquante de sa vie, l'été de ses onze ans, trois mois qui ont bouleversé son existence à jamais. Orpheline de mère depuis l'âge de trois ans, Helen vient de perdre Nonie, sa grand-mère paternelle qui occupait une place essentielle dans sa vie, tout à la fois figure féminine, protectrice, confidente... Elle se retrouve donc seule avec son père, proviseur de lycée, qui doit s'absenter de chez lui pour participer à l'effort de guerre à Oak Ridge. Nonie n'étant plus là pour s'occuper de la fillette, il est évidemment hors de question que celle-ci reste toute seule dans la maison isolée en haut d'une colline. Le père fait donc appel à une cousine de son épouse décédée, Flora, jeune femme de vingt-deux ans qui se prépare à devenir institutrice. Au cœur de ce roman, c'est donc la relation entre Flora et Helen qui se joue, parfois curieuse, parfois drôle, parfois tendue.

"Flora était une compagne facile, prompte à me louer et toujours prête à combler mes désirs. […] Mais elle avait tendance, de façon gênante, à faire étalage de ses défauts, si bien que pour la première fois, je me sentais supérieure à une adulte. Certes, cela me procurait des moments de satisfaction, mais s'accompagnait aussi de tourments. Flora maîtrisait moins bien ses émotions que certains enfants de ma connaissance, et elle fondait en larmes de façon spontanée. Nonie, ma grand-mère, cette maîtresse du langage à tiroirs, disait souvent que Flora possédait le 'don des larmes'. Pour ce que je pouvais en juger, Flora n'utilisait qu'un seul tiroir. Son être semblait entièrement contenu en un même réceptacle ouvert à tous." Flora est à la fois admirative et décontenancée devant l'intelligence et la précocité d'Helen alors que la fillette pense que la jeune femme est à la fois faible et simple d'esprit, et ne se prive pas de la manipuler. "Je me sentais gratifiée de voir mon influence sur une personne ayant le double de mon âge." "Je compris alors que je pouvais la maîtriser avec un simple regard de dédain." "Je savais très bien m'énerver, faire pleurer Flora et obtenir une satisfaction immédiate, mais je devais à présent me contenir pour voir quels bénéfices, j'en tirais."

Sans pitié pour sa jeune baby-sitter, Helen se montre d'abord méfiante puis méprisante et parfois cruelle, malgré quelques rares instants de complicité lorsqu'elle invente un jeu de rôles pour préparer Flora à son métier d'institutrice. La maison qui sert de cadre à ce huis clos est isolée, difficile d'accès, bientôt mise en quarantaine lorsque surgit la menace de la polio et surtout peuplée de tous les fantômes du passé, non seulement Nonie mais aussi tous les Convalescents qui y ont séjourné et ont laissé leur nom aux diverses chambres de la bâtisse. Les récits de la grand-mère sont enchâssés dans le fil du récit. Helen parlait si souvent avec Nonie que sa voix résonne encore à son oreille, qu'elle a l'impression de l'entendre la guider encore et influer sur ses jugements.

L'emploi de la première personne aurait pu – aurait dû – permettre au lecteur de s'identifier à Helen, de vivre l'histoire avec l'intensité de son ressenti et pourtant... Malgré le très joli style de l'auteure, de la pertinence dans l'analyse des sentiments et l'instauration d'une certaine tension dans le récit, un je-ne-sais-quoi empêche le lecteur de s'attacher au personnage, de se passionner pour l'évolution de leurs relations et les événements auxquels ils sont confrontés, comme si tout nous restait un peu extérieur, un peu (trop) lointain et indifférent. Comme si nous aussi nous disions : "nous n'avons pas besoin de leurs fantômes, les nôtres nous suffisent."

LA PETITE FILLE HANTÉE
Gail Godwin est né à Birmingham, Alabama 18 Juin 1937.
Après ses études, elle a travaillé comme journaliste sur le Miami Herald et s'est ensuite rendu en Europe.
Elle a vécu à Woodstock, mais NY depuis 1976 avec son compagnon de longue date, le compositeur Robert Starer , décédé en 2001 Ensemble, ils ont écrit dix œuvres musicales. 

Gail Godwin a reçu une bourse Guggenheim et deux subventions de dotation national, l'un pour la fiction et l'autre pour l'écriture de livret. Ses archives sont dans la collection historique du Sud, la Bibliothèque Wilson à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill.

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