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SOIR DE CONCERT

16 Février 2015 , Rédigé par Vanille LN

SOIR DE CONCERT
Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d'un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d'expédients. Alors qu'un coup d'État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d'un ami à l'autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d'une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d'un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l'élan et la fierté d'un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s'affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d'autres anciens du groupe ont rendez-vous : c'est soir de concert au Chiringuitó.

Le récit s'ouvre sur l'annonce-choc reçue par le guitariste Saturnino Bayo, dit Couto, de la mort brutale de Dulce, ex-chanteuse ensorcelante de leur groupe de musique, les Mama Djombo.

Nous sommes en 2012, en Guinée-Bissau, quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle, alors qu'un coup d'état se prépare.

Couto, qui était considéré autrefois comme "le grand docteur de la guitare" est aujourd'hui une gloire déchue, un vestige que seuls quelques touristes avisés viennent voir. Lui, le grand patron, vit dans une extrême pauvreté, embellie seulement par la passion de la magique Esperança.

C'est alors qu'il se prépare à faire son grand retour sur scène qu'il apprend la disparition de celle qui fut le grand amour de sa vie, Dulce, qui l'avait quitté pour se marier avec un homme puissant et cruel, chef d'état-major des armées, putschiste autoritaire et sans scrupules.

Aussi douloureuse soit-elle, la mort de Dulce est pour Couto l'occasion de repenser à ces glorieuses années où les places de leurs concerts et leurs albums s'arrachaient. "Toujours pas remis trente ans après, il n'en gardait pas de vanité, moins encore de nostalgie, plutôt l'éternelle hilarité de ceux à qui la chance avait souri." Il se rappelle aussi la dissolution du groupe et la déchéance de ses membres, accompagnées par les bouleversements de l'histoire d'un pays où politique et musique se mêlent, souvent au détriment de cette dernière.

Le titre du roman, "Les grands", est emprunté au vocabulaire de la nouvelle génération de musiciens qui nomme ainsi ses aînés, tout à la fois respectée et vénérée, une nouvelle génération qui va leur offrir un retour sous les projecteurs, vingt ans après, grâce à un concert hommage qui s'achèvera sur une minute de silence en mémoire de Dulce.

"Ces gosses sont la vie. La vie comme moi aussi j’ai été la vie autrefois, impétueuse, impatiente, non lestée encore de regrets, trop pressée d’aller de l’avant pour se retourner et concevoir même qu’un jour elle ne détestera pas se retourner."

Dans ce roman mêlé de réel et de fiction – "la plupart des personnages de ce roman existent réellement, les faits qui leur sont prêtés sont imaginaires" –, l'auteur suit les pérégrinations de Couto dans la ville et dans les méandres de ses souvenirs. L'écriture parsemée de créole emporte le lecteur vers un ailleurs dépaysant et envoûtant, tout à la fois vrai et poétique.

SOIR DE CONCERT
Né en 1979, Sylvain Prudhomme a passé son enfance à l’étranger (Cameroun, Burundi, Niger, Ile Maurice) avant de venir étudier les lettres à Paris. 
Goût de l’exploration, du lointain, de l’utopie, des vies solitaires, des cabanes, des friches, des villes construites à la va-comme-je te-pousse, de la réserve de possibles qu’elles offrent. 
Il est l'auteur de plusieurs romans, dont L’affaire Furtif (Burozoïque, 2010), récit d’un naufrage volontaire sur un archipel imaginaire, et Tanganyika Project (Léo Scheer, 2010), tentative d’épuisement du lac Tanganyika mêlant relevés d'inscriptions urbaines, recherches sur Google Earth, fragments d’histoire des dernières guerres de RDC, souvenirs d’enfance et extraits de journaux d’explorateurs du XIXème siècle.
Son roman, Là, avait dit Bahi (L’Arbalète Gallimard), a reçu le prix Louis Guilloux 2012. Il met en scène un vieil homme au volant d'un camion sur les routes d’Algérie, raconte les petits bénéfices qu'il fait, à soixante-dix ans, en revendant du sable, mais aussi ses souvenirs de la ferme où il a travaillé cinquante ans plus tôt, à la veille de l'Indépendance, aux côtés du fermier Malusci, aujourd’hui muré dans le silence, sur l’autre rive de la Méditerranée.
Il a été l’un des membres fondateurs de la revue Geste et a collaboré au journal Le Tigre, pour lequel il a notamment écrit deux feuilletons : Africaine Queen (2010), sur les salons de coiffure du quartier Château d'Eau, à Paris, et La vie dans les arbres (2011), sur les habitants des cabanes des forêts de l’Ariège.
Il a également traduit l’essai Décoloniser l’esprit, de l’écrivain kenyan Ngugi wa Thiong’o (La Fabrique, 2011). Il a dirigé de 2009 à 2012 l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, en Casamance. 
Il est agrégé de lettres modernes.

Son roman Les Grands a reçu le Prix Georges Brassens 2014

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