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NOUS FERONS CELA ET PEUT-ÊTRE PLUS ENCORE

7 Novembre 2016 , Rédigé par Vanille LN

 

Manhattan, 1969 : Werner Zilch, dragueur invétéré et entrepreneur en immobilier, croise dans un restaurant Rebecca Lynch, une jeune héritière ravissante qui l'attire et le fascine dans l'instant, au point de la suivre et d'emboutir sa voiture juste pour revoir celle que son meilleur ami a aussitôt re-baptisée "LFDSV" ("La Femme De Sa Vie"). Ils se revoient sans délai et, après avoir passé quelques onéreuses nuits à l'hôtel, finissent par s'installer dans l'appartement que partagent Werner et son ami Marcus. Leur idylle est parfaite, jusqu'au soir où Werner est invité à dîner chez les parents de Rebecca. En croisant le regard du jeune homme, la mère de Rebecca défaille. "Je voulus imiter [Franck et Marcus], tentant de me rappeler les préceptes de mon associé : ne pas lever la main, se baisser mais pas trop, à peine effleurer la peau de mes lèvres, mais lorsque ce fut mon tour, Judith Lynch se figea. Nous la vîmes vaciller…" Quelques instants plus tard, Madame Lynch, tremblante, coince le jeune homme entre deux portes et, retirant un à un ses bijoux, exhibe à ses yeux une des cicatrices au cou, aux bras, et surtout un tatouage de chiffres avec un petit triangle au poignet gauche…

Dresde, 1945 : dans la ville en ruines et en flammes, une jeune femme à l'agonie met au monde, dans une cathédrale transformée en dispensaire – ou plutôt en mouroir, un nouveau-né qu'elle enjoint le médecin qui l'accouche de confier à sa belle-sœur, en lui transmettant ce message : "Il s'appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres."

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Suite à la soirée mouvementée chez les Lynch, Rebecca disparaît pendant plusieurs semaines tandis que Werner s'interroge sur les raisons du malaise qu'il a causé à la mère de sa fiancée. Mais c'est lorsque Rebecca réapparaîtra dans sa vie qu'il sera véritablement obligé de se replonger dans les méandres de ce passé qui entrave leur liaison et qui, sans qu'il en soit conscient, l'encombre lui aussi.

D'aucuns argueront que l'histoire d'amour impossible entre les deux protagonistes, entre la fille de rescapée des camps de concentration et le fils d'un Allemand né à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, est attendue et même quelque peu convenue. Le reproche me semble facile, d'autant qu'à aucun moment le lecteur ne se sent pris dans les clichés, bien au contraire. Il est embarqué dans le récit et dans l'Histoire, emporté par la tornade de rebondissements, captivé par les recherches des personnages et leurs interrogations.

La construction en chapitres alternés entre les époques renforce le rythme effréné de la narration. L'auteure entremêle avec talent les destins de ses héros ; l'intrigue est un subtil mélange de thriller historique et de romance ; les personnages, complexes, sensuels, vivants, sont parfaitement campés, l'ensemble constituant une fresque remarquablement composée et passionnante.

Bien davantage qu'un "page-turner" – mot si fréquemment utilisé à chaque rentrée littéraire depuis une demi-douzaine d'années qu'il en est totalement galvaudé –, Le Dernier des nôtres est l'exemple même de ce genre littéraire parfois oublié tant il a été dilué dernièrement dans l'autofiction et l'analyse pseudo-sociologique : le roman.

L'Académie française ne s'y est pas trompé en lui décernant il y a quelques jours son grand prix. Le livre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre est avant tout un excellent roman. 

Adélaïde de Clermont-Tonnerre est une journaliste et romancière française.
Elle est l'arrière-petite-fille en ligne maternelle de la princesse Isabelle d'Orléans, sœur du comte de Paris et la nièce de Laure Boulay de la Meurthe, ancienne directrice de "Point de vue" et dernière compagne du milliardaire Jimmy Goldsmith.
Ancienne élève de l'École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud (lettres et sciences humaines), elle a travaillé dans les banques d'affaires en France et au Mexique avant de diriger la rubrique culture à "Point de vue".
À partir de 2008, elle est membre du jury du Prix de la Closerie des Lilas qui récompense un roman de femme paru entre janvier et mars de chaque année. Elle est également membre du jury du prix Françoise-Sagan, dont elle a été lauréate et membre du prix Fitzgerald.

Son premier roman, Fourrure, publié en 2010, dans la collection bleue des éditions Stock, a reçu le prix Maison de la presse, le Prix Françoise-Sagan, le prix Bel Ami, le Prix du Premier Roman de Femme et l'un des Prix littéraires Les Lauriers Verts 2010, en catégorie révélation. 
Ce roman a également été finaliste du Prix Goncourt du premier roman et sur la liste d'été du prix Renaudot.
Le 27 octobre 2016, elle reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française pour son deuxième roman, Le Dernier des nôtres (2016).

Merci aux Editions Grasset et à Babelio de m'avoir offert ce roman dans le cadre de l'opération Masse Critique !

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