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ÉCRIRE POUR RETENIR

15 Novembre 2017 , Rédigé par Lou D

 

Robert Desnos a vécu mille vies – écrivain, critique de cinéma, chroniqueur radio, résistant de la première heure –, sans jamais se départir de sa soif de liberté. Pour raconter l’histoire extraordinaire de ce dormeur éveillé, Gaëlle Nohant épouse ses pas ; comme si elle avait écouté les battements de son cœur, s’était assise aux terrasses des cafés en compagnie d’Éluard ou de García Lorca, avait tressailli aux anathèmes d’André Breton, fumé l’opium avec Yvonne George, et dansé sur des rythmes endiablés au Bal Blomet aux côtés de Kiki et de Jean-Louis Barrault. S’identifiant à Youki, son grand amour, la romancière accompagne Desnos jusqu’au bout de la nuit.

Légende d’un dormeur éveillé révèle le héros irrésistible derrière le poète et ressuscite une époque incandescente et tumultueuse, des années folles à l’Occupation.

 

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La Légende d'un Dormeur éveillé était un livre périlleux. Sous la plume de Gaëlle Nohant, elle se révèle en ouvrage flamboyant, inspiré, passionnant. Pas vraiment une biographie, pas tout à fait un récit, pas seulement un roman. Pour Desnos, "l'écriture est ce territoire mouvant qui doit se réinventer sans cesse, demeurer une insurrection permanente, une fontaine de lave, des corps joints dans la danse ou l'amour, une voix qui descelle les pierres tombales et proclame que la mort n'existe pas, une expérience sensorielle". On ressent tout cela dans les quelques 500 pages de cet hommage vivant et vibrant.

 

Dès les premières lignes, on plonge dans l'univers du poète, cet univers surréaliste des années 30, peuplé d'écrivains, de peintres, de muses, on est transporté dans le Montparnasse bohême et bouillonnant de l'entre-deux guerres.

Le talent de conteuse de Gaëlle Nohant nous fait revivre cette époque comme si nous y étions, comme si nous voyons les œuvres se faire, les amours se défaire, les choix s'affirmer. Et le portrait de Desnos commencer à se dessiner… "Robert est riche d'une Sirène capricieuse et tendre, de l'affection de ses chats, d'une maison magique ouverte aux amis, de lecture et de musique pour bercer l'angoisse, de ce don violent et doux de l'écriture qui console et fait saigner."

Surréaliste, il l'est, à n'en pas douter, lui qui "aime que le surréalisme ne soit pas une posture mais une exigence, un engagement". Et ce qui vaut pour le surréalisme vaut pour la vie en général. Pas de posture, pas de faux-semblants, pas de compromis. La liberté avant tout. Et l'amour, cet amour fou qu'il éprouve pour Youki, sa Sirène, son indomptable, son insaisissable…  

 

Aux affres de la création et de l'amour viennent bientôt s'ajouter les tourments de l'Histoire. La Guerre d'Espagne, la montée du nazisme, les ligues nationalistes. Et face à cela, l'écriture, la poésie, toujours. "Ecrire pour relier les solitudes, éclairer l'horizon".

L'auteure maintient un très juste et très joli équilibre entre précision documentaire et imagination romancière. Elle sait se glisser dans les silences de l'Histoire pour esquisser le portrait de son poète et le faire revivre sous nos yeux. Car de Desnos souvent, l'on ne connait que quelques poésies étudiées à l'école. Et on découvre sous la plume de Gaëlle Nohant un être complexe, multiple, fascinant que les citations subtilement déposées au fil du texte nous donnent envie de (re)lire. Un homme aux mille vies entre lesquelles le trait d'union est l'exigence absolue de liberté. Jusqu'au bout. Car "la vie est tumultueuse et imprévisible. La seule faiblesse inexcusable serait de se trahir".

 

De cette vie trépidante, Gaëlle Nohant a créé une véritable épopée, vibrante, fantasque, lyrique, juste, incandescente, originale, héroïque, créative, poétique, délicate, intimiste et émouvante, à l'image de Desnos.

 

On lit les derniers chapitres le cœur serré, la gorge nouée, les larmes aux yeux. Mais même dans la douleur, même dans l'horreur, grâce à Youki, grâce à Desnos, il reste suffisamment d'amour, de poésie et de beauté pour laisser place à l'espérance "J'espère toujours que demain sera plus beau qu'aujourd'hui. Et je finis par avoir raison"

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Pour tout savoir (ou presque...) de Gaëlle Nohant :

http://gaellenohant.com

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