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DES JEUX D'ENFANTS, MAIS ORGANISÉS PAR DES ADULTES

27 Décembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

DES JEUX D'ENFANTS, MAIS ORGANISÉS PAR DES ADULTES

Janvier 1722, sur le fleuve Bidassoa, à la frontière entre la France et l'Espagne. Deux petites princesses se croisent, sur l'île des Faisans. Deux royaumes achètent la paix en s'échangeant deux fillettes...

La première est Maria Anna Victoria, a 4 ans, est l'Infante d'Espagne et la fille de Philippe V. Par la "grâce" d'une "idée brillante – et d'une symétrie sans défaut", singulièrement machiavélique, de Philippe d'Orléans, Régent du Royaume de France, la petite princesse est promise au jeune roi Louis XV, de sept ans son aîné.

La seconde est Louise Elisabeth d'Orléans (dite Mademoiselle de Montpensier), a 12 ans et c'est au Prince des Asturies, âgé alors de 14 ans et futur héritier du trône, qu'elle doit s'unir...

Le mariage n'est alors pas une question d'amour, il est seulement le fruit des variations énigmatiques et saisonnières de la diplomatie. Pour des raisons politiques, les deux petites princesses sont donc contraintes de quitter pays, famille, amis, serviteurs, habitudes et langues maternelles pour devenir les futures reines de deux pays, alors qu'elles sont encore si jeunes... Ni l'une ni l'autre ne comprennent d'ailleurs bien ce qui leur arrive et ce à quoi elles sont promises.

Pour la toute petite Mariannine qui s'intéresse plus à ses poupées qu'aux considérations diplomatiques, la France est plutôt plaisante, Versailles et les Tuileries sont de formidables cours de jeux et elle voit en Louis XV un bel amoureux qu'elle admire et dont elle tente d'attirer l'attention. La Princesse Palatine devient une tendre et délicieuse grand-mère de substitution. Et puis, elle est bien trop petite et trop innocente pour imaginer ce qui se joue dans les alcôves et derrière les bosquets –le tout jeune roi initié à la masturbation et autres caresses interdites et furtives par les jeunes ducs libertins de la cour...

L'ambiance est tout autre en revanche pour Mlle de Montpensier. L'Espagne est un cauchemar, Don Luis est maigre et laid, ses beaux-parents sont odieux. L'Escurial est sinistre, la jeune princesse se sent prisonnière, sans parler des restrictions drastiques imposées par l'église catholique et des autodafés, organisés par l'Inquisition au cours desquels les hérétiques sont brûlés vifs, et qui sont suivis de soupers gigantesques à l'Alcazar. Ne supportant plus l'atmosphère étouffante de la cour d'Espagne, la petite Française se rebelle, refuse les fêtes, fait des crises de boulimie, lave obsessionnellement des mouchoirs.

Mai 1725, sur la Bidassoa, nouvel échange de princesses, en sens inverse et dans une atmosphère lugubre. "Une demi-folle contre une enfant déchue"...

Entre humour et effroi, rigueur et fantaisie, fascination et répulsion, Chantal Thomas nous entraîne au cœur de cet épisode tout à la fois grandiose et pathétique de ce XVIIIème siècle qu'elle connait si bien et dont elle sait à merveille explorer les noirceurs, les recoins obscurs et les contradictions. Nous sommes emportés au fil de sa plume dans une sorte d'enquête romanesque sur les vies quotidiennes étranges et bousculées de ces deux petites princesses dont on fait si peu de cas. Elles ne sont guère considérées, sinon pour ce qu'elles représentent en termes de diplomatie et leurs sentiments encore moins. L'auteure décide donc de s'intéresser à ce dont personne à l'époque ne s'est préoccupé : les émotions des petites princesses. Leurs portraits sont avant tout l'occasion pour Chantal Thomas d'interroger la condition féminine du XVIIIème siècle au sein de l'aristocratie européenne, et de montrer qu'être de sang bleu ne suffit pas pour échapper aux arrangements, aux manipulations, à l'oubli, à la relégation et à la crépusculaire mélancolie de ce théâtre d'ombres qu'était aussi le siècle des lumières.

Récit passionnant, entre roman et document historique, L'échange des princesses est aussi la preuve ultime que "les histoires dédaignées se vengent un jour ou l'autre"...

DES JEUX D'ENFANTS, MAIS ORGANISÉS PAR DES ADULTES
Chantal Thomas, née en 1945 à Lyon, est un écrivain et une universitaire française. Elle a obtenu le Prix Femina en 2002 pour son premier roman, Les Adieux à la reine.

Spécialiste du XVIIIème siècle, en particulier de Sade et de Casanova, elle a enseigné dans plusieurs universités aux Etats-Unis et en France. Elle est également directrice de recherche au CNRS.

Elle est une des présidents d’honneur du Prix Marguerite-Duras et officier de l'ordre des Arts et Lettres.

Elle a publié, entre autres :

❊ Casanova, un voyage libertin (Denoël, 1985)

❊ Sade (Seuil, 1994)

❊ La vie réelle des petites filles (Gallimard, 1995)

❊ Les Adieux à la reine (Seuil, 2002)

❊ Le Testament d'Olympe (Seuil, 2010)

❊ L'esprit de conversation (Rivages Poche, 2011)


Les Adieux à la reine a été adapté au cinéma par Benoît Jacquot en 2012 avec Diane Krüger, Virginie Ledoyen, Léa Seydoux, Xavier Beauvois...
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GENTLEMAN BRAQUEUR

23 Décembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

GENTLEMAN BRAQUEUR

"Avec du recul, si l'on essaie de regarder de haut par exemple, comme si on observait une maquette, la vie de Bruno (Sulak) ressemble à un labyrinthe – toutes les vies, je suppose, mais dans la sienne, à chaque intersection, il n'y a qu'une seule porte ouverte. Il change souvent de direction – je le vois marcher, petit bonhomme, dans les couloirs du labyrinthe – mais il n'y a en fait qu'un seul chemin possible. Il ne s'en rend peut-être pas compte, en bas. Si certaines portes avaient été ouvertes, il aurait pu, comme tout le monde, exercer une sorte de libre arbitre."

Il fallait bien toute la maestria de Philippe Jaenada pour nous entraîner avec lui dans le labyrinthe de la vie de Bruno Sulak, personnage fascinant, dandy bandit, "chat voleur sans mensonge, sans arnaque, sans parade ".

La couverture annonce un roman, justifié sans doute par les interventions-parenthèses nombreuses et personnelles de l'auteur, qui est davantage un biopic littéraire, une biographie romancée, superbement documentée, fruit de recherches, de rencontres et de discussions avec des proches, des membres de la famille et Georges Moréas – le commissaire qui s’attacha au cas Sulak jusqu’à déclarer un jour qu’en d’autres circonstances, le gangster aurait pu devenir un des meilleurs flics de France... C'est que Sulak n'a pas commencé par le banditisme, mais par l'armée – qui le rejette pour une stupide vieille histoire de vol de mobylette – puis la Légion étrangère, qu'il va déserter... Il entre alors dans un autre univers, dont il ne pourra plus jamais sortir, celui des braquages, des évasions, des hold-up et des cavales. Ce "surdoué qui n'arrête jamais" va se jouer pendant des années de la police et de la pénitentiaire, séduisant et fascinant tous ceux qui ont affaire à lui, à commencer par le commissaire Moréas, à qui il téléphonait de temps à autre, presque en toute amitié... Car Sulak est "au fond un homme droit. Il n'a pas de sang sur les mains. C'est un homme de parole pour qui le sens de l'honneur est fondamental. (…) Il est gentil et généreux". Sulak, c'est "le contraire de la violence", il n'a jamais tiré une balle, il fait partie de cette génération des gentlemen-cambrioleurs romanesques, auteurs de casses et d'évasions aussi spectaculaires qu'improbables, héros pleins de panaches, que l'on suit "comme dans un film, une parenthèse de fiction". Toute leur existence ressemble à un film d'aventures. Une existence rangée, "c'est impossible, quand on a choisi cette vie-là, on ne peut plus s'arrêter, il faut aller au bout"...

Mais l'a-t-il vraiment choisi, cette vie-là ? La question qui parcourt le livre est celle, universelle, de ce qui fait qu'une vie bascule, l'instant décisif qui engage toute une vie, le concours de circonstances qui entraîne sur l'unique chemin possible.

D'un personnage à l'autre – d'autres existences, d'autres héros, d'autres événements historiques s'entremêlent – de son enfance à sa mort suspecte, Philippe Jaenada tente de résoudre l'énigme du type a priori sans histoire qui s'est retrouvé embarqué dans une vie de cavale, recherché par toutes les polices de France. On voit que l'auteur aime son héros, qu'il est sous la charme de cet homme audacieux, belle gueule, sportif, courageux, doué, hyper intelligent. On sent aussi une jolie proximité entre l'auteur et son sujet, une sorte de complicité, d'amitié à distance dans le temps. Et cela donne un livre épatant, enlevé, un récit de haut vol, constellé de détails, de précisions, de révélations, qui se lit comme un roman d'aventures-polar captivant. En même temps qu'il esquisse le portrait de Sulak, Philippe Jaenada dépeint l'époque des années 80, et les deux s'entremêlent et s'éclairent. La plume de l'écrivain est ample, généreuse, déliée, toujours prompte à jeter quelques traits de côté, dans d'innombrables parenthèses, distillées à l'envi – parfois à l'excès... –, pour de petits messages personnels, qui font partie de son style et pour des digressions pertinentes et efficaces, lorsqu'il imagine ce qu'aurait pu être la vie de Bruno Sulak si le hasard lui avait ouvert d'autres portes.

Peut-être qu'il aurait fait comme Jaenada, écrivain. "Ecrire un livre. C'est pas mal comme activité. Bruno aurait dû faire ça, aussi".

GENTLEMAN BRAQUEUR
(AUTO)BIOGRAPHIE DE PHILIPPE JAENADA

"Je suis né le 25 mai 1964 à Saint-Germain-en-Laye, et j'habite Paris depuis 1986. J’ai fait des études scientifiques jusqu’à 20 ans, mécaniques, puis un début d’école de cinéma, consternant, puis quarante-trois mille petites choses (vendeur de croûtes immondes en porte à porte, sous-stagiaire dans la pub, animatrice de minitel rose, rédacteur de fausses lettres de cul), jusqu’en 1989 où j’ai déraillé et me suis enfermé un an chez moi, sans voir personne, sans sortir, sans téléphone. Comme je m’ennuyais, je me suis mis à écrire des nouvelles, plus ou moins par hasard. Curieusement, l’une d’elles a été publiée en 90 dans l’Autre Journal, auquel j’ai ensuite collaboré pendant deux ans (nouvelles, chroniques, textes d’humeur, pseudo-reportages.). Puis, après la chute pathétique de ce mensuel, j’ai recommencé les petites choses (trucs à l’eau de rose pour Nous Deux, traduction de romans de gare pour J’ai Lu, potins à Voici). En 1994, je me suis mis à rédiger Le Chameau Sauvage, histoire de m'occuper (et d'oublier les nouvelles prétentieuses et chiantes que j'avais écrites jusque-là) : 80 feuillets jusqu’en 1996, puis 500 feuillets en octobre-novembre 1996, dans une maison à Veules-les-Roses. Il a été publié chez Julliard en 1997, et J’ai Lu en 1998. Ça racontait, en gros, ma vie aventureuse et naïve. Ensuite, j'ai rencontré une fille renversante qui s'appelle Anne-Catherine Fath (je me suis retrouvé comme électrocuté, pour la première fois de ma vie), et je suis parti avec elle à Veules-les-Roses, quasiment fou, pour écrire Néfertiti dans un champ de canne à sucre (Julliard en 1999 et Pocket en 2000), qui parle d'elle. Deux ans plus tard, elle était enceinte et nous nous sommes enfermés à Veules-les-Roses, où j'ai écrit La Grande à bouche molle (Julliard en 2001 et J'ai Lu bientôt, en janvier 2003), une histoire de détective qu'une enquête entraîne loin de sa femme, sur les routes – et ça ne lui fait pas de mal. Maintenant nous avons un enfant de deux ans, Ernest, et je viens de terminer Le Cosmonaute, un roman sur l'horreur de la vie de couple (mais avec de l'amour quand même), qui paraîtra chez Grasset en septembre 2002. Après, faut voir." Ph. JAENADA

Après, on a vu (et lu) :
  • Vie et Mort de la jeune fille blonde (2004)
  • Les Brutes, avec Dupuy et Berbérian (2006)
  • Déjà vu, avec Thierry Clech (2007)
  • Plage de Manaccora, 16 h 30 (2009)
  • La Femme et l'Ours (2011)
Il a reçu le Prix d'une Vie 2013 pour Sulak
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VIVRE EST UNE OEUVRE COLLECTIVE

16 Décembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

VIVRE EST UNE OEUVRE COLLECTIVE

"Il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l'expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l'instant présent."

Mais comment dire cet instant présent effroyable, comment raconter l'innommable, comment coucher sur le papier les mots de l'horreur absolue, de la barbarie concentrationnaire, de l'enfer sur terre ? Il fallait tout le talent, toutes les ressources, toute la puissance évocatrice de l'écriture de Valentine Goby pour parvenir à un livre aussi fort, aussi intense, aussi bouleversant que ce Kinderzimmer qui nous entraîne au cœur de Ravensbrück, au milieu de ces héroïnes en sursis dans ce camp qui est "une régression vers le rien, le néant", où "tout est à réapprendre, tout est à oublier".

Le roman s'ouvre sur le témoignage devant des lycéens d'une survivante, Suzanne, qui tente de raconter l'horreur qu'elle a vécue durant cette année à Ravensbrück, pour que les jeunes sachent, pour que plus jamais ça. Une question va venir perturber le cours de son récit. Submergée par l'émotion, déstabilisée, Suzanne doute, ne sait plus si elle aura encore le courage et la force d'accomplir son ultime mission. Surgit alors la nécessité de redevenir celle qu'elle était alors, Mila, la jeune résistante de la rue Daguerre, à Paris, arrêtée en avril 1944, internée à Fresnes puis déportée à Ravensbrück.

Retour en arrière, donc, dans ce qui a été son "instant présent" d'alors, un instant au-delà duquel il n'y avait rien, tant il est vrai que "l'ignorance t'enfonce dans le présent, complètement". En 1944, "on" savait, vaguement, confusément, qu'il y avait des camps. Mais nul ne pouvait imaginer ce qui se cachait derrière ce mot. Et puis, une fois dans le camp, "chaque révélation fait surgir de nouvelles questions qui étendent le champ de l'ignorance, de la terreur"...

D'emblée, un mot s'impose qui sera le fil d'Ariane de cette année de cauchemar : TENIR. Ne jamais renoncer, ne jamais abandonner, ne jamais plier : TENIR. Malgré la fatigue, la peur, les maladies, la violence, la mort qui rôde... et la grossesse. Car Mila est enceinte. Elle le cache, d'abord, entendant tout et son contraire, ne sachant si cet enfant est une chance ou une condamnation. Peu à peu, son corps la trahit, et elle trouve en ses compagnes d'infortune de précieuses alliées. Surtout Georgette, maman de cinq enfants, qui sait "révéler l'invisible", et Teresa, la Polonaise, qui vont la protéger, la faire engager à l'atelier de couture, lui procurer un peu plus à manger, la rassurer. Plus encore qu'ailleurs, "vivre est une œuvre collective" et prendre soin de la future maman et de l'enfant à venir, c'est avoir enfin ce que chacune veut : "une raison de vivre"... Bien sûr, le corps de Mila continue de dissimuler le bébé, et puis, elle est bien trop épuisée pour ressentir sa grossesse. Alors elle l'attend dans sa tête, à défaut de l'attendre visiblement dans son corps, et "contre toute attente, ce qui arrive est une échappatoire, le ventre, un lieu que personne, ni autorité, ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s'accaparer, tant (qu'elle) garde son secret". Cet enfant est un défi à la barbarie, un hymne à la vie dans ce lieu dédié à la mort. Septembre 1944 : Mila accouche, dans l'infirmerie sommaire du camp, d'un petit garçon, James ou Sacha, ou Sacha-James, on verra plus tard. Paradoxalement, sans que l'on n'ait jamais su pourquoi, vient d'être créée dans le camp une "Kinderzimmer, une "chambre des enfants", sorte de nursery – alors que jusque là, les nouveaux-nés étaient systématiquement éliminés – où une jeune femme, fille de pédiatre, s'occupe comme elle peut des bébés. Autour de ces petits miracles, une solidarité instinctive se met en place. Une jeune mère qui a perdu son bébé nourrit celui de Mila, "parce qu'être utile, ça maintient en vie".

Février 1945 : un départ spécial vers un petit Kommando se prépare, les nazis laissent partir les femmes avec leurs enfants, cinq femmes, cinq bébés rescapés. Quelque chose est sauvé, provisoirement. Avec, toujours et encore, comme un mantra, ce mot : TENIR, "tenir jusqu'à la fin de la guerre, elles, les mères. Tenir pour eux, par eux. (…) Tenir, ça a du sens" et ça devient un but en soi. Mila est libre. Il faut tenir. Tenir pour dire aussi, "ne pas faire silence, jamais, s'épuiser à parler, partout, en toutes circonstances", "ne pas abandonner, parler, donner à voir. Et garder tous les jours des mots d'amour pour Sacha-James"...

Mais dire est difficile, tellement difficile. Parce que l'horreur ne se dit pas. Parce que les autres n'ont pas forcément envie d'écouter et d'entendre. Comme tous les rescapés, Mila "sait qu'elle va porter Ravensbrück comme elle a porté son enfant : seule et en secret".

C'est donc là que la plume de Valentine Goby prend le relais pour porter la voix de Mila – et à travers elle, celle de toutes les autres femmes de Ravensbrück – dans un roman virtuose éprouvant, dérangeant, douloureux, qu'on lit la gorge serrée, le ventre noué, et en même temps absolument magnifique, bouleversant, poignant. L'écriture est implacable, sans concessions, tantôt dépouillée et glaciale, tantôt sensible et poétique. Le récit oscille entre ombre et lumière, désespoir absolu et "démente envie de vivre", parce que "c'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière".

Et Valentine Goby invente en un pur chef- d'œuvre ce qui avait disparu à jamais : l'instant présent.

VIVRE EST UNE OEUVRE COLLECTIVE
Après trois années passées en Asie, à Hanoï et à Manille, où elle a œuvré pour des actions humanitaires auprès d’enfants des rues, Valentine Goby s’est lancée dans une carrière chez Accenture, entreprise de conseil en management tout en continuant à écrire ses livres. En 2002, elle publie son premier roman chez Gallimard, La Note sensible tout en devenant enseignante en lettres et en théâtre. Elle se consacre ensuite à l’écriture et publie notamment L’Echappée (Gallimard, 2007), Qui touche à mon corps je le tue (Gallimard, 2008), Des Corps en silence (2010), Banquises (Albin Michel, 2011) et Kinderzimmer (Actes Sud, 2013). Cette romancière qui a reçu de nombreux prix comme la Fondation Hachette, le prix Méditerranée des Jeunes, le prix du premier roman de l'université d'Artois, le prix Palissy et le prix René-Fallet en 2003. Elle a depuis reçu de multiples récompenses pour chacun de ses romans, en littérature générale et en littérature jeunesse.
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UN POÈME QUI DANSE AVEC L'ALLÉGRESSE DE LA VIE

8 Décembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

UN POÈME QUI DANSE AVEC L'ALLÉGRESSE DE LA VIE

"Je suis quelqu'un qui a toujours eu beaucoup de chance dans la vie, j'ai été créé pour apporter de la joie, et j'ai été bien aimé. Mon inventeur, Alexandre Calder, m'a construit en deux parties. Je suis bien solide sur mes trois jambes en métal. Elles sont colorées en orange. Mes bras sont jaunes, bleus, rouges et noirs, et toujours en mouvement. Alexandre Calder a inventé cet équilibre qui me rend à la fois fort et léger. J'appartiens à une grande famille, celle des Stabiles. Nous avons chacun notre personnalité. Certains sont immenses, d'autres minuscules. Moi, je suis tout petit. Mon créateur était fier de moi, de ma joie de vivre. Dans ma famille, il y avait un autre Stabile dont je me sentais très proche. C'était un être libre et joyeux, mais avec cette chose en plus qu'on appelle la grâce. Il avait un corps plus élancé que le mien, d'un bleu foncé élégant. Alexandre Calder lui avait dessiné de jolies volutes, ses bras étaient jaunes et rouges. Dans l'atelier, il nous avait installés côte à côte. Nous nous aimions beaucoup. On s'amusait comme des fous. Parce que l'autre était là, nous étions plus amusants, plus malins, plus optimistes.

Chacun était meilleur en compagnie de l'autre."

Les deux Stabiles furent exposés à Paris et New-York, ils voyagèrent énormément, toujours ensemble, comme des inséparables. Confiés à un marchand d'art pour être vendus, celui-ci les sépare et échange leurs bras par erreur...

Le petit Stabile a de la chance, il est acheté par un collectionneur passionné, dont il devient le confident, qui joue avec lui et le fait danser avec tendresse, en l'appelant "Mon petit Calder". Mais son ami Stabile lui manque toujours, douloureusement, et il ne cesse de s'inquiéter de son sort, de se demander s'il le reverra.

Et un jour...

On suit avec autant d'intérêt que d'émotion les aventures et pérégrinations de ce petit Stabile, l'histoire vraie de cette œuvre racontée avec beaucoup de sensibilité et de poésie. On se balance, on vibre, on danse, on souffre, on s'inquiète, on se réjouit, à l'unisson de ce "petit Calder", léger et fort, aérien et solide, amusant et mélancolique.

Ce bel album aux couleurs vives et aux dessins évocateurs est une merveilleuse initiation à l'art, une invitation au voyage dans l'univers singulier et exceptionnel d'Alexandre Calder avec, à la fin du livre, quelques repères biographiques pour situer l'artiste et une présentation avec photos de ses œuvres emblématiques pour prolonger la lecture et donner envie de découvrir le monde poétique qu'il n'a cessé de créer. Les éditions Palette, grâce à la plume de Colombe Schneck et au crayon d'Iris de Moüy, réussissent avec subtilité, finesse et poésie à offrir aux petits et aux grands un livre inspiré, didactique sans être scolaire, intelligent sans être pédant, cultivé sans être abscons, à l'image de l'œuvre d'Alexandre Calder.

"Un poème qui danse avec l'allégresse de la vie et de ses surprises."

Colombe Schneck, née en 1966, est écrivain, récompensée par plusieurs prix littéraires pour ses romans L’increvable monsieur Schneck (prix Murat 2007), Sa petite chérie, Val de Grâce (grand prix de l’héroïne Madame Figaro), Une femme célèbre (prix Anna de Noailles de l’Académie française). Son dernier roman, La Réparation (Grasset), aborde la question de la Shoah de façon très personnelle. Elle est aussi journaliste et productrice pour la radio et la télévision. Colombe Schneck vit à Paris.

Iris de Moüy a publié de très nombreux ouvrages. Chez hélium, elle est l’auteure-illustratrice de Mes couleurs, Mes affaires, Les Vacances de Félix et Ella et de En route pour la tour Eiffel. À l’école des loisirs, elle a publié Mon chien Pompon, La Pomme de Pompon, Bonne nuit Pompon, Honoré de la tête aux pieds, Les Lapins rouges n’existent pas et Honoré à toute allure. Elle travaille également régulièrement pour la presse féminine et la mode.Iris de Moüy vit à Paris.
UN POÈME QUI DANSE AVEC L'ALLÉGRESSE DE LA VIE

Alexandre Calder est né en 1898, près de Philadelphie aux Etats-Unis. Son père est sculpteur, sa mère peintre.

Après son diplôme d'ingénieur, Calder exerce plusieurs métiers : ingénieur dans l'automobile, chronométreur dans un camp de bûcherons et pompier sur un navire.

En 1924, il devient illustrateur de bandes dessinées.

En 1926, il s'installe à Paris et donne les première représentations de son Cirque. Il fait la connaissance des grands artistes de l'époque tels que Jean Arp, Fernand Léger, Joan Miro et Piet Mondrian.

C'est en visitant à l'automne 1930 l'atelier de Mondrian, couvert de rectangles de couleurs, que Calder a l'idée de créer des sculptures légères. Il expose ses premiers mobiles dans la galerie de Pierre Matisse à New-York en 1934.

En 1943, le Museum of Modern Art à New-York organise la première grande exposition consacrée à son oeuvre.

Il obtient en 1952 le premier prix de sculpture à la Biennale de Venise.

Première rétrospective de son oeuvre au Whitney Museum de New-York en octobre 1976.

Il meurt en novembre 1976 à New-York.

Mobile, Tableau et Stabiles de CalderMobile, Tableau et Stabiles de Calder
Mobile, Tableau et Stabiles de Calder

Mobile, Tableau et Stabiles de Calder

Merci à Babelio et à son opération MasseCritique qui m'ont permis de recevoir et de lire ce livre (www.babelio.com)

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