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PRIX ORANGE DU LIVRE - PREMIÈRE SÉLECTION

26 Mars 2014 , Rédigé par Vanille LN

PRIX ORANGE DU LIVRE - PREMIÈRE SÉLECTION

La lectrice compulsive et blogueuse débutante que je suis a le privilège et le bonheur de faire partie du PRIX ORANGE DU LIVRE. Petite présentation & première sélection.

LE PRIX ORANGE DU LIVRE,

Depuis son lancement en 2009, le Prix Orange du Livre récompense un livre de fiction écrit en français et publié entre le 1er janvier et le 31 mars de l’année en cours.

Ce prix réunit des internautes passionnés de littérature et des professionnels du livre en vue d’établir, fin mars, une liste de 30 ouvrages puis, fin avril, une liste de 5 livres finalistes. Le lauréat est ensuite élu par l’ensemble des internautes sur le site lecteurs.com et reçoit une bourse de 15 000 €.

Le Prix Orange du Livre a été décerné pour la première fois en 2009 à Fabrice Humbert pour L’Origine de la violence (le Passage), roman qui a par la suite remporté le Prix Renaudot Poche 2010. En 2010, Jacques Gélat est lauréat pour Le traducteur amoureux (Corti) ; David Thomas lui succède en 2011 pour son roman Un silence de clairière (Albin Michel). En 2012, les internautes ont élu Arthur Dreyfus pour son roman Belle famille (Gallimard) ; en 2013 enfin, Emilie Frèche est primée pour son roman Deux étrangers (Actes Sud).

LES TEMPS FORTS DE L'ÉDITION 2014

De janvier à mai 2014, différentes phases rythmeront la 6ème édition, de la sélection à l’attribution du Prix :

- Le 20 mars : 30 ouvrages sont sélectionnés par le jury

- Le 28 avril : le jury annonce les cinq livres finalistes

- Du 30 avril au 21 mai : tous les internautes peuvent voter pour désigner le lauréat sur le site lecteurs.com

- Le 27 mai : cérémonie de remise officielle du Prix Orange du Livre 2014

PRIX ORANGE DU LIVRE - PREMIÈRE SÉLECTION

LA PREMIÈRE SÉLECTION :

  • BACCELLI Jérôme, Aujourd'hui l'Abîme, Le Nouvel Attila
  • BALANDIER Franck, le silence des rails, Flammarion
  • BARBERIS Dominique, La vie en marge, Gallimard
  • BIZOT Véronique, Ame qui vive, Actes Sud
  • CLANCIER Agnès, Karina Sokolova, Arléa
  • DAVRICHEWY Kéthévane, Quatre murs, Sabine Wespieser
  • DE KERANGAL Maylis, Réparer les vivants, Verticales
  • DETAMBEL Régine, La Splendeur, Actes Sud
  • ERRE J.M., La fin du monde a du retard, Buchet Chastel
  • GOBY Valentine, La fille surexposée, Alma
  • GUENE Faïza, Un homme, ça ne pleure pas, Fayard
  • JONQUET François, Les vrais paradis, Sabine Wespieser
  • KERNINON Julia, Buvard, Le Rouergue
  • LAFON Lola, La petite communiste qui ne souriait jamais, Actes Sud
  • LAMBRON Marc, Tu n'as pas tellement changé, Grasset
  • LAPAQUE Sébastien, Théorie de la carte postale, Actes Sud
  • LEBLANC Perrine, Malabourg, Gallimard
  • LEVI Celia, Dix yuans un kilos de concombres, Tristram
  • LAURAIN Antoine, La femme au carnet rouge, Flammarion
  • LOUIS Edouard, En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil
  • MAGELLAN Murielle, N'oublie pas les oiseaux, Julliard
  • MARIENSKE Héléna, Fantaisie-sarabande, Flammarion
  • MASSON Jean-Yves, L'incendie du théâtre de Weimar, Verdier éditions
  • MINGARELLI Hubert, L'homme qui avait soif, Stock
  • MORGIEVE Richard, Boy, Carnets Nord
  • PLAMONDON Eric, Mayonnaise, Phébus
  • RACHLINE François, Le mendiant de Velázquez, Albin Michel
  • RAVEY Yves, La fille de mon meilleur ami, Editions de Minuit
  • RICHARD Emmanuelle, La légèreté, L'Olivier
  • VELUT Stephane, Festival, Verticales

LE JURY

Cette année, le président du jury Erik Orsenna, écrivain et membre de l’Académie Française, sera entouré de :

  • - Emilie Frèche, lauréate du Prix Orange du Livre 2013 pour son roman Deux Etrangers(Actes Sud)
  • - Véronique Olmi, romancière et dramaturge, auteur de La nuit en vérité (Albin Michel)
  • - Karine Tuil, auteur de romans dont le dernier, L’invention de nos vies, est paru aux éditions Grasset
  • - Thomas B. Reverdy, professeur et écrivain, lauréat du Grand Prix Thyde Monnier de la SGDL pour son roman Les évaporés (Flammarion)
  • - Pascal Thuot, de la librairie Millepages à Vincennes
  • - Joël Hafkin, de la librairie La Boîte à Livres à Tours

Sept internautes, sélectionnés pour leur passion de la lecture et leur envie de participer à cette aventure, auront également le plaisir de faire partie du jury :

Séverin Cassan, Houssain El Guertit, Laure Gravier, Chantal Lafon, Vanille LN Leclerc, Sylvie Sagnes et Maximilien Vergnaud

Erik Orsenna (Président "à vie"...), Emilie Frèche, Thomas B.Reverdy, Karine Tuil, Pascal Thuot, Véronique Olmi, Joël Hafkin

Erik Orsenna (Président "à vie"...), Emilie Frèche, Thomas B.Reverdy, Karine Tuil, Pascal Thuot, Véronique Olmi, Joël Hafkin

(Moi), Maximilien, Chantal, Houssain, Sylvie, Séverin et Laure

(Moi), Maximilien, Chantal, Houssain, Sylvie, Séverin et Laure

EN VIDÉO SUR LE SITE www.lecteurs.com :

Les auteurs et les libraires du Jury donnent partagent leurs avis et leurs premières impressions :

http://www.lecteurs.com/article/les-auteurs-et-libraires-membres-du-jury-du-prix-orange-du-livre-2014-partagent-leur-avis/2441621

Et les internautes aussi :

http://www.lecteurs.com/article/les-internautes-membres-du-jury-du-prix-orange-du-livre-2014-livrent-leurs-premieres-impressions/2441620

Merci à Karine PAPILLAUD pour ses souriantes interviews !!

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TOUS FANTASMES AUTORISÉS

26 Mars 2014 , Rédigé par Vanille LN

TOUS FANTASMES AUTORISÉS

"Peut-on supporter d'un mari avare et volage qu'il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue.
Peut-on, lorsqu'on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d'une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non : on profite de sa beauté pour s'en sortir.
Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l'amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l'avenir de la femme.
Si ce n'est qu'un flic enquête sur le meurtre du mari d'Angèle..."

Un roman fantaisiste qui mêle enquête policière aléatoire, pornographie, passion féminine, dans un style déroutant, débridé, loufoque, avec un langage parfois cru, parfois délicat, parfois lugubre, parfois déjanté. Les portraits sont ciselés, les personnages improbables et authentiques, les situations sans ambiguïtés, les attitudes directes, les mensonges vrais et les vérités variables. On est emporté dans ce tourbillon étrange et troublant, dans cette sarabande insolite et étourdissante qui nous entraine où l'on ne s'attendait pas. "Tous fantasmes autorisés."
"Quant au charme, c'est une autre affaire"...

TOUS FANTASMES AUTORISÉS
Héléna Marienské (née en 1969) est une romancière française. Après une prépa à Henri-IV, elle part faire du théâtre à Londres. Agrégée de lettres, elle a publié :


❊ Rhésus (2006, P.O.L.) - Mention Spéciale au Prix Wepler Fondation La Poste, Prix Madame Figaro/Le Grand Véfour, meilleur premier roman de l'année 2006 pour le Magazine Lire. 


❊ Le Degré suprême de la tendresse (2008, Editions Héloïse d'Ormesson)


Fantaisie-Sarabande (Flammarion) est son troisième roman. Il fait partie des 30 romans de la première sélection du Prix Orange du Livre 2014.
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L'ÉCLIPSE DE SOI

10 Mars 2014 , Rédigé par Vanille LN

L'ÉCLIPSE DE SOI

"Le deuil est une guerre et je suis en train de la perdre.Vaincue, sans avoir pris les armes. La mort ne vous prive pas seulement des autres, elle dérobe la meilleure part de soi, celle avec qui l'on cohabite sans souci. La mort vous pille, vous insulte et, en sus, vous fait les poches, ne laissant qu'une enveloppe vide."
Lorsque la narratrice perd brutalement sa mère, grand reporter, dans un accident d'hélicoptère en pleine Sibérie, toute sa vie explose et elle s'effondre, terrassée de chagrin. Incapable de faire face au quotidien. Son tsunami intérieur ne tarde pas à percuter de plein fouet son mari, ses enfants. Il ne lui reste plus qu'une "vie décolorée où se terre un désespoir prêt à bondir"... Une seule solution : fuir pour se retrouver. À Chambon, elle va découvrir bien plus qu'elle ne l'imaginait, sur son histoire et sur sa mère. Comprendre, tout relier, trouver du sens. Cesser d'être la fille de sa mère pour pouvoir enfin être la mère de ses enfants.
D'une écriture intense empreinte de sincérité et de sensibilité, d'émotion mais sans concession, oscillant joliment entre ombre et lumière, Ariane Bois emporte le lecteur au creux de l'intime dans cette traversée du deuil, à la fois unique et universelle, au terme de laquelle il ne reste plus qu'à vivre et à aimer.

L'ÉCLIPSE DE SOI
Grand reporter au sein du groupe Marie-Claire et critique littéraire pour le magazineAvantages, Ariane Bois a déjà publié deux romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit(Ramsay, 2009 ; J'ai Lu, 2010) et Le Monde d'Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J'ai Lu, 2014). Tous deux ont été salués par la critique et par des prix littéraires, et traduits en plusieurs langues.
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TOUT REJETER DE CE MONDE

4 Mars 2014 , Rédigé par Vanille LN

TOUT REJETER DE CE MONDE
Élevé dans une famille ouvrière de Picardie, Eddy ne ressemble pas aux autres enfants. Sa manière de se tenir, son élocution, sa délicatesse lui valent de nombreuses humiliations et injures, tant par ses camarades de classe que par son père alcoolique et sa mère revêche. Lui-même finit par s’interroger sur cette homosexualité dont on le taxe avant même qu’il éprouve le moindre désir. Mais la véritable persécution ne vient-elle pas du conditionnement social ? Il parviendra à s’arracher à cette chape écrasante, qui donne au récit une allure zolienne, et à imposer sa personnalité en poursuivant des études de théâtre à Amiens, loin de l’enfer familial et villageois qu’il a connu. Ce texte, psychologiquement frappant, dresse un tableau saisissant d’un monde populaire brutal et sensiblement archaïque. Mais la finesse de l’auteur, par ailleurs sociologue, resitue dans un contexte social le drame familial qui aurait pu devenir une vraie tragédie individuelle. Comment échapper à la détermination ? Comment chaque être peut-il inventer sa liberté ?

"Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici."
En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

Voici donc la présentation de l'éditeur et la quatrième de couverture de ce qu'on ne saurait qualifier réellement de "roman", même si c'est ce mot qui est inscrit sous le titre. Une présentation lisse, sage, élogieuse, une quatrième de couverture érudite et intellectuelle, à l'image du jeune normalien en pull à col V que l'on a abondamment vu dans les médias depuis la sortie de son livre. Un livre qui n'est assurément pas un roman, ni même une auto-fiction mais bien plutôt une autobiographie. Rien n'est fictionnel et cela est explicitement revendiqué par l'auteur, qui constate et décrit, "pour comprendre". Qui n'épargne rien au lecteur de ce que lui-même a vécu, senti et ressenti, allant au bout du réalisme, jusqu'à consacrer tout un chapitre à l'histoire d'un cousin alcoolique, cancéreux et qui a fini en taule, jusqu'à narrer par le menu et en détail le visionnage de films pornos et le mime de scènes de sodomie avec des cousins et voisins, jusqu'à nous restituer le son des ébats de ses parents entendus à travers la porte de leur chambre...

La lecture du récit crée un sentiment de malaise. À l'image de sa mère, on se retrouve partagé "entre le désarroi, la honte et l'agacement". L'émotion aussi. À l'évidence, le jeune Eddy a vécu et subi, physiquement et psychologiquement, des violences terribles, en raison de sa différence dont, dit-il, il ignorait la genèse. Une "ignorance qui [le] blessait". Il se sent exclu, toujours en marge, "élément isolé" même quand il participe à certaines activités, "choses dérisoires pour un adulte qui marquent un enfant pour longtemps". Il semble bien que ces choses ne soient pas encore passées pour le jeune adulte qu'il est du côté du "dérisoire" ou du "négligeable".

Après avoir vainement tenté de s'intégrer, de s'adapter, il en arrive à la conclusion qu'il lui faut "tout rejeter de ce monde". Et fuir. Pas immédiatement, bien sûr, "on ne pense pas spontanément à la fuite parce qu'on ignore qu'il existe un ailleurs". Mais "on ne change pas si facilement" et "cette volonté d'exister autrement" se heurte à la résistance du corps. Il apparaît de toute façon impossible de changer à l'intérieur du monde dans lequel il est né. Le salut ne viendra que de l'internat du lycée Madeleine-Michelis, à Amiens. Loin de sa famille. Loin d'ici.

Nul ne peut nier les souffrances du jeune Eddy, ni la sincérité d'Edouard dans ce récit, ni la nécessité impérieuse d'exprimer, de dire, pour "tenter de comprendre". Ce que l'on a davantage de mal à comprendre, en revanche, c'est la forme, le style, le genre choisis. Pourquoi justement, ne pas écrire un roman, une vraie fiction, avec de la distance, de la nuance et plus de finesse ? Il y mille façons de parler de la différence, de l'inadaptation, de la violence d'un milieu dans lequel on ne se reconnaît pas et dans lequel on ne trouve pas sa place, de façon plus subtile, plus délicate et moins impudique. De ne pas mettre "je" en scène, encore moins sa famille. Sans doute l'auteur n'a-t-il pas voulu juger, juste constater et comprendre. Le problème, c'est que, malgré la tendresse que l'on peut deviner envers sa mère, un certain mépris se dégage de l'ensemble. Un mépris de classe envers un milieu contre lequel il s'est insurgé et qu'il a rejeté, comme lui-même s'y est senti rejeté. Renvoyer les mots blessants, "les dire aux autres pour qu'ils cessent d'envahir tout l'espace de [son] corps". La violence des mots remplace celle des poings mais la brutalité n'en est pas moins forte. Elle change seulement de camp, d'armes, de codes.

Le problème n'est pas de décrire, de dire la réalité d'un milieu défavorisé, ouvrier, pauvre, intolérant, inculte, parfois raciste et homophobe, touché par le chômage et l'alcoolisme, bien au contraire. Le problème vient de la façon de le dire. Et les moyens employés ici sont dérangeants, parce que blessants, personnels et impliquant ses proches sans aucun discernement. Son livre aurait pu s'intituler, selon son expression, "les excuses sociologiques" s'il s'était agi d'une étude sociologique, neutre et objective, qui expliquent véritablement certains comportements, certaines réactions, certains rejets. Mais il n'en est rien, et les personnes – qui ne sont hélas pas de simples personnages de fiction – ne sont ni excusés ni même conviés. Ils sont convoqués, malgré eux, et l'on imagine que quelques-uns ont pu prendre certains mots, certaines phrases comme des crachats en pleine gueule, sans avoir de droit, ni d'argumentaire, de réponse.

En refermant ce livre, on a peine à croire que cela suffira à son auteur pour en finir avec son enfance et ses souffrances, tant il laisse un goût de cendres et d'amertume. Contrairement à l'auteur, on n'a pas du tout envie de rire à la dernière ligne. Juste de lui souhaiter de parvenir à la résilience. Vraiment.

TOUT REJETER DE CE MONDE
Édouard Louis a 21 ans. Il a dirigé la publication d'un ouvrage collectif, Pierre Bourdieu: l'insoumission en héritage (PUF, 2013). En finir avec Eddy Bellegueule est son premier roman.
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L'ÉCRITURE ARRACHÉE AU SILENCE

2 Mars 2014 , Rédigé par Vanille LN

L'ÉCRITURE ARRACHÉE AU SILENCE

"…dans ce livre-là et dans tous les autres que j'avais lus dans la foulée, happé, il y avait quelque chose qui m'avait frappé, frappé comme un poing obstinément fermé […] Il fallait que je trouve un moyen de parler à Caroline N. Spacek. Lui faire ouvrir les doigts. Savoir ce qu'elle dissimulait au creux de sa paume."

Fasciné par les livres, par l'écriture de Caroline N. Spacek, Lou, jeune étudiant en thèse, sollicite une interview. À sa grande surprise, la grande dame des lettres, qui vit recluse dans le Devon et refuse toute rencontre avec des journalistes, accepte de le recevoir. Et l'entretien qui devait durer un après-midi se prolonge en un huis clos de neuf mois dans la maison de l'écrivain. Neuf mois de gestation, d'échanges, de mots, de paroles, de silences, de non-dits, pour révéler une réalité, celle de l'écriture, de la création, de la vie. Tout à la fois encensée et scandaleuse, prolixe et secrète, ses livres mais aussi ses amours ont défrayé la chronique. Lassée du cirque médiatique, elle a choisi de se retirer dans la campagne anglaise, de s'enfermer dans sa maison et dans le silence. "Son silence était partout, il remplissait les journaux mieux que son nom, elle brillait par son absence."

Le premier contact entre Lou et l'écrivain est contrasté, étrange. Elle joue avec lui, avec le dictaphone, avec les mots, si bien que le jeune homme se réveille le lendemain matin en se disant qu'il a "fait tout ce chemin pour comprendre et (qu'il se) retrouve encore plus désorienté qu'avant." C'est que la mystérieuse Caroline ne se laisse pas apprivoiser et découvrir aussi facilement. Il l'admet et décide de se mettre tout entier au service de sa parole, si surprenante soit-elle. "...c'était sa vie à elle que j'étais venu écouter […] quel que soit le message, je n'étais plus qu'une oreille pour sa voix". Il se soumet à son rythme de vie, d'écriture, de parole, à ses fantaisies.

"Ce qui était difficile à comprendre, c'était […] qu'une femme ait pu faire ça, dans sa vie. Faire ça entre toutes autres choses." Lorsque Caroline commence le récit par l'évocation de son enfance, de sa jeunesse, rien, jusqu'à la parution de son premier livre, ne semblait la destiner à l'écriture et à la littérature. Il aura fallu que le hasard place sur sa route le poète Jude Amos, qu'il l'embauche pour secrétaire pour taper ses textes, qu'il lui impose de lire le dictionnaire et des livres, qu'elle se mette peu à peu à corriger ou à trouver pour lui une expression, une phrase, pour que se révèle son talent, cet art d'atteindre la quintessence des mots qu'elle possède au plus profond de son être. Son succès est aussi fulgurant que précoce. Fragile et combattive, vulnérable et solide, hautaine par timidité, on lui reproche sa distance, son attitude farouche, la singularité de son écriture. Pour se protéger de la curiosité qu'elle suscite, elle écrit encore et encore, toujours plus, nouvelles, romans, poésie. Mais en la protégeant, l'écriture l'éloigne, l'isole peu à peu du monde. Elle s'accroche à ses mots. "Je pensais à la solidité de la poésie et à la vie qui doit continuer, même si on n'a oublié pourquoi."

Lou pose très peu de questions, Caroline de toute façon n'en a pas besoin. Elle sait très bien où elle va puisqu'elle y va à reculons, remontant le fil de sa vie. Sa voix de fumeuse, rocailleuse, porte en elle des stigmates de la violence et de rejet dans lesquels il retrouve ce qu'il a lui-même vécu. En sondant le mystère de la relation entre l'auteur et le lecteur, se dessinent des similitudes, des mimétismes de parcours, de violences, d'émotions, de sentiments. Lou écoute et enregistre et comme un buvard, s'imprègne de ce qu'il entend et recueille. En amenant Caroline à se livrer, à sortir de l'exigence formelle de ses livres et du sillon de solitude tracé par son œuvre, Lou se découvre lui-même, comme en un subtil et troublant jeu de miroirs. L'enquête sur la vie de l'écrivain devient prétexte à l'introspection et à la narration.

"Elle avait été pour moi au départ quelque chose de très défini, un écrivain connu, une légende, et elle était devenue, au fil des semaines, une étendue sauvage qu'aucun regard ne saurait embrasser ni réfléchir pleinement."

L'écriture de Julia Kerninon est très visuelle, presque cinématographique, avec la mise en scène des personnages, le huis clos et les flash-backs. En suivant Lou pas à pas dans ses échanges avec Caroline, on se retrouve confronté à la fois aux bribes de souvenirs parsemés par l'écrivain, au gré de sa mémoire, et aux réflexions du narrateur. Cet entremêlement, sans doute voulu pour accentuer le parallèle entre les deux protagonistes, est parfois un peu confus et déstructuré. Quant à la fin du récit, son côté théâtral et abrupt tend à la rendre artificielle... Il n'en demeure pas moins que ce roman est un magnifique prétexte à une réflexion passionnante sur la création, l'écriture et la vie, qui finissent par se confondre.

"Aucune imagination ne peut soutenir la comparaison avec la vie – c'était l'artiste en elle qui s'inclinait devant l'éloquence invisible de son propre destin."

L'ÉCRITURE ARRACHÉE AU SILENCE
Née en 1987 dans la région nantaise, Julia Kerninon est actuellement thésarde en littérature, et mène une recherche sur la revue américaine, The Paris review. Buvard est son premier roman en littérature générale.
Petite interview pour 20Minutes (05/01/2014) 
  1. Qui êtes-vous ? ! Je suis un écrivain et une étudiante en doctorat de littérature américaine de 27 ans.
  2. Quel est le thème central de ce livre ? Le livre entremêle plusieurs thèmes : le travail de l'écriture, la quête de soi, l'amour, l'enfance.
  3. Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? «Elle était dure, injuste, cinglée et fière, mais ses phrases ne laissaient rien paraître de ça, ses phrases étaient aussi parfaites que des rivières.»
  4. Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? Stand By Me, dans la version de John Lennon.
  5. Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? La musique des mots et la solidité du désir.
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