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EN QUÊTE DE RAISON(S)

20 Octobre 2014 , Rédigé par Vanille LN

EN QUÊTE DE RAISON(S)
"Avec trois enfants et un métier à plein temps, Lisa Kallisto est une femme débordée. Elle a du mal à être à la fois la mère, l'épouse et l'amie idéales qu'elle voudrait être et se le reproche sans cesse. Aussi envie-t-elle la vie de sa meilleure amie, Kathy, mère au foyer, pour qui tout semble plus facile. Mais, le jour où la fille de Kathy, Lucinda, qui devait dormir chez elle, disparaît mystérieusement, l'existence de Lisa tourne au cauchemar. L'adolescente a-t-elle été enlevée, comme cette autre jeune fille que l'on vient de retrouver errant à moitié nue et complètement traumatisée dans les rues de la ville ? Si Lucinda devait ne jamais revenir, Lisa, qui se sent terriblement en faute, ne se le pardonnerait jamais. Alors, elle n'a pas le choix, elle doit tout faire pour la retrouver."

Tout à la fois roman sociétal et thriller psychologique, La Faute est un récit plein de suspense et de rebondissements. Si le thème en lui-même – la disparition d'un enfant – n'est pas particulièrement original, le traitement qui en est fait par Paula Daly est terriblement réussi. La concomitance des différents événements qui surviennent dans la communauté de Troutbeck renforce l'angoisse et l'effet de suspense, puisque quelques jours avant la disparition de Lucinda, une autre adolescente du même âge a été enlevée, puis avait réapparu, droguée, hagarde et violée.

La narratrice du roman est Lisa Kallisto, celle à travers qui nous vivons et menons cette enquête, n'est pas la mère de la fille disparue. C'est la fille de Kate Riverty, sa meilleure amie, qui a disparu. Sauf que Lisa se sent tout aussi concernée et même coupable, puisqu'elle devait accueillir Lucinda chez elle le jour même de sa disparition et qu'elle a même oublié qu'elle devait venir... donc oublié aussi de prévenir Kate qu'elle n'était jamais arrivée chez elle. "J'ai l'impression que c'est à nous que cela arrive sauf que c'est encore pire parce que ce n'est pas notre fille qui a disparu par ma faute, ce n'est pas notre fille... C'est la fille de Kate."

Là est la terrible faute de Lisa, et le sentiment de culpabilité qui la ronge va la pousser à mener sa propre enquête, parallèlement à celle de l'inspecteur Aspinall. Le lecteur, lui, est dirigé vers les diverses pistes qui se recoupent, se séparent, se rejoignent ou se contredisent, égaré par le récit trouble, en italique, de celui qui pourrait être le ravisseur – ou pas... La révélation de la vérité sera un coup de tonnerre retentissant, tant pour la communauté que pour le lecteur qui à aucun moment ne peut imaginer un tel dénouement.

Au suspense haletant qui tient le récit de bout en bout s'ajoute la psychologie des personnages, particulièrement soignée, fine, subtile, aussi intéressante sur le plan sociologique dans la confrontation des différentes classes sociales des familles impliquées que sur le plan de l'enquête tant la complexité des profils contribuent à brouiller encore un peu plus les pistes.

Plus que jamais en refermant ce roman on se dit que les apparences sont trompeuses et qu'il ne faut jamais se fier à ses premières intuitions, encore moins à ses a priori. Le magistral coup de théâtre qui clôt le récit parachève ce thriller impeccablement mené, palpitant, intelligent, original dans son approche et dans son style.

EN QUÊTE DE RAISON(S)
Paula Daly est une Anglaise physiothérapeute dont ce premier roman, La Faute, paru l’année dernière sous le titre "Just what kind of mother are you ?" a connu un franc succès dans son pays lui permettant aujourd’hui de faire son apparition dans les librairies françaises. 

Elle vit actuellement dans le Lake District avec son mari et ses trois enfants.
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LA PETITE FILLE HANTÉE

18 Octobre 2014 , Rédigé par Vanille LN

LA PETITE FILLE HANTÉE

"Helen, dix ans, et Flora, sa baby-sitter pour l’été, se trouvent toutes deux isolées dans la maison familiale en passe de tomber en ruine, tandis que le père d’Helen est absorbé par une mystérieuse mission. À trois ans, Helen a perdu sa mère, et sa bien-aimée grand-mère, qui l’a élevée jusque-là, vient également de mourir. Cette enfant à l’imagination affûtée veut à tout prix garder intacte la demeure, avec tous les fantômes qui en font la légende. Flora, prête à fondre en larmes à la moindre occasion, est déterminée à choyer Helen. La férocité de leur relation et ses conséquences continueront de hanter Helen pour le restant de ses jours…"

Helen, la narratrice du roman, nous ramène à l'été 1945, une période particulièrement marquante de sa vie, l'été de ses onze ans, trois mois qui ont bouleversé son existence à jamais. Orpheline de mère depuis l'âge de trois ans, Helen vient de perdre Nonie, sa grand-mère paternelle qui occupait une place essentielle dans sa vie, tout à la fois figure féminine, protectrice, confidente... Elle se retrouve donc seule avec son père, proviseur de lycée, qui doit s'absenter de chez lui pour participer à l'effort de guerre à Oak Ridge. Nonie n'étant plus là pour s'occuper de la fillette, il est évidemment hors de question que celle-ci reste toute seule dans la maison isolée en haut d'une colline. Le père fait donc appel à une cousine de son épouse décédée, Flora, jeune femme de vingt-deux ans qui se prépare à devenir institutrice. Au cœur de ce roman, c'est donc la relation entre Flora et Helen qui se joue, parfois curieuse, parfois drôle, parfois tendue.

"Flora était une compagne facile, prompte à me louer et toujours prête à combler mes désirs. […] Mais elle avait tendance, de façon gênante, à faire étalage de ses défauts, si bien que pour la première fois, je me sentais supérieure à une adulte. Certes, cela me procurait des moments de satisfaction, mais s'accompagnait aussi de tourments. Flora maîtrisait moins bien ses émotions que certains enfants de ma connaissance, et elle fondait en larmes de façon spontanée. Nonie, ma grand-mère, cette maîtresse du langage à tiroirs, disait souvent que Flora possédait le 'don des larmes'. Pour ce que je pouvais en juger, Flora n'utilisait qu'un seul tiroir. Son être semblait entièrement contenu en un même réceptacle ouvert à tous." Flora est à la fois admirative et décontenancée devant l'intelligence et la précocité d'Helen alors que la fillette pense que la jeune femme est à la fois faible et simple d'esprit, et ne se prive pas de la manipuler. "Je me sentais gratifiée de voir mon influence sur une personne ayant le double de mon âge." "Je compris alors que je pouvais la maîtriser avec un simple regard de dédain." "Je savais très bien m'énerver, faire pleurer Flora et obtenir une satisfaction immédiate, mais je devais à présent me contenir pour voir quels bénéfices, j'en tirais."

Sans pitié pour sa jeune baby-sitter, Helen se montre d'abord méfiante puis méprisante et parfois cruelle, malgré quelques rares instants de complicité lorsqu'elle invente un jeu de rôles pour préparer Flora à son métier d'institutrice. La maison qui sert de cadre à ce huis clos est isolée, difficile d'accès, bientôt mise en quarantaine lorsque surgit la menace de la polio et surtout peuplée de tous les fantômes du passé, non seulement Nonie mais aussi tous les Convalescents qui y ont séjourné et ont laissé leur nom aux diverses chambres de la bâtisse. Les récits de la grand-mère sont enchâssés dans le fil du récit. Helen parlait si souvent avec Nonie que sa voix résonne encore à son oreille, qu'elle a l'impression de l'entendre la guider encore et influer sur ses jugements.

L'emploi de la première personne aurait pu – aurait dû – permettre au lecteur de s'identifier à Helen, de vivre l'histoire avec l'intensité de son ressenti et pourtant... Malgré le très joli style de l'auteure, de la pertinence dans l'analyse des sentiments et l'instauration d'une certaine tension dans le récit, un je-ne-sais-quoi empêche le lecteur de s'attacher au personnage, de se passionner pour l'évolution de leurs relations et les événements auxquels ils sont confrontés, comme si tout nous restait un peu extérieur, un peu (trop) lointain et indifférent. Comme si nous aussi nous disions : "nous n'avons pas besoin de leurs fantômes, les nôtres nous suffisent."

LA PETITE FILLE HANTÉE
Gail Godwin est né à Birmingham, Alabama 18 Juin 1937.
Après ses études, elle a travaillé comme journaliste sur le Miami Herald et s'est ensuite rendu en Europe.
Elle a vécu à Woodstock, mais NY depuis 1976 avec son compagnon de longue date, le compositeur Robert Starer , décédé en 2001 Ensemble, ils ont écrit dix œuvres musicales. 

Gail Godwin a reçu une bourse Guggenheim et deux subventions de dotation national, l'un pour la fiction et l'autre pour l'écriture de livret. Ses archives sont dans la collection historique du Sud, la Bibliothèque Wilson à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill.
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DANS MA RUE

15 Octobre 2014 , Rédigé par Vanille LN

DANS MA RUE
"Journaliste française, Pascale Hugues vit à Berlin depuis plus de vingt ans. Intriguée par tout ce qui a pu se passer dans sa rue depuis un siècle, elle décide de partir à la recherche des hommes et des femmes qui l’ont habitée.

Le puzzle vertigineux de l’histoire de Berlin s’assemble alors sous nos yeux : on voit la rue se construire en 1904 et s’installer les premières familles d’entrepreneurs, d’avocats et de banquiers. On ressent l’humiliation de la défaite de 1918, les effets de la crise économique et de la montée du nazisme. On tremble avec Hannah et les familles juives qui vivent la douleur de l’exil ou l’enfer de la déportation. On survit aussi avec ceux qui restent, dans la peur des bombardements alliés.

Presque détruite en 1945, la rue ne compte plus qu’une poignée d’habitants qui veulent oublier le passé et tout reconstruire. Avec le mur de Berlin, elle se retrouve à l’Ouest. Grise et petite-bourgeoise, la rue accueille pourtant dans les années 1970 quelques artistes rebelles… dont David Bowie. Aujourd’hui, elle est à nouveau tranquille et prospère, comme à sa naissance. Avec des souvenirs en plus."

"Ma rue a ses potins et ses personnages", écrit l'auteure dès les premières pages de son récit, une fois passée la description de la rue dans laquelle elle habite, à Berlin. Une rue banale, ordinaire, mais qui, de par l'histoire de la ville où elle se situe, s'est trouvée, ainsi que ses habitants, au cœur des événements de l'Histoire. On peut comprendre que Pascale Hugues ait eu envie de mieux connaître l'histoire du lieu, de faire renaître les générations qui se sont succédées dans les immeubles et y ont vécu le meilleur comme le pire. Les personnes qu'elle est allée rencontrer sont d'ailleurs toutes ravies de lui parler de leurs vies pour qu'à son tour elle raconte leurs histoires dans l'Histoire. Mais même s'il est vrai que les "vies ordinaires" peuvent être tout à fait captivantes, passionnantes, et receler leur part d'exceptionnel même dans les toutes petites choses, ce n'est malheureusement pas le cas dans ce récit qui juxtaposent des anecdotes et fait se succéder des témoignages, sans que cela constitue un tout signifiant. Chaque chapitre est comme une nouvelle diapo glissée dans le projecteur, avec un nouveau personnage, une nouvelle histoire ; les diapos se suivent et l'on attend avec impatience la fin de la série, comme lorsque des amis vous infligent leurs photos de vacances et que l'on n'ose pas leur dire que cela n'intéresse qu'eux-mêmes.

La "mode" est encore et toujours au devoir de mémoire, au souvenir, particulièrement en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale mais pour difficile, émouvante, douloureuse qu'aient été les vies des personnes qui ont vécu la montée du nazisme, la souffrance de l'exil, le déchirement des séparations et l'horreur du deuil, cela ne suffit pas à faire un livre intéressant, encore moins nécessaire. Le livre de Pascale Hugues est certainement un très joli recueil de souvenirs pour ses propres personnages mais il ne parvient pas à emporter le lecteur. Le puzzle reste trop morcelé et l'on regrette que l'auteur se soit dispersée dans cette multiplicité d'anecdotes au lieu de développer davantage la jolie histoire qui donne son titre à l'ouvrage.

DANS MA RUE

Née en 1959 à Strasbourg, Pascale Hugues est journaliste et écrivain.
Après avoir été correspondante à Londres et Berlin pour le journal Libération, elle est aujourd'hui correspondante à Berlin pour le magazine Le Point.

Elle a publié en 2008 un premier roman sur l'histoire de ses deux grands-mères, Marthe et Mathilde (Ed.Les Arènes)

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"TU VERRAS, L'INDE EST UN PAYS IMPRÉVISIBLE"

6 Octobre 2014 , Rédigé par Vanille LN

"TU VERRAS, L'INDE EST UN PAYS IMPRÉVISIBLE"

26 novembre 2008, Bombay. Une série d'attentats d'une violence sans précédent, un massacre qui fait 165 morts et plus de 300 blessés, paralyse la ville.

Loumia Hiridjee et son mari Mourad comptent parmi les premières victimes.

Loumia était la co-fondatrice, avec sa sœur Shama, de la marque de lingerie Princesse tam-tam. Jamais son destin n'aurait dû croiser ceux de dix terroristes pakistanais venus semer la mort en martyrs.

Au même moment, Michèle Fitoussi se trouve à Pondichéry. Elle est venue en Inde à l'invitation de Loumia, rencontrée quelques mois auparavant, à Paris. Une amitié en devenir brisée par des fanatiques incontrôlables. La vie doit reprendre son cours. Mais comment ?

"Mes amis me disaient que je l'avais échappé belle. Je n'y pensais pas, je ne voulais pas y penser. Pas de cette façon-là en tout cas. Loumia et Mourad n'étaient plus là. La peur rétrospective me semblait indécente. Cette cécité volontaire a duré jusqu'à l'écriture de ce livre. Je n'ai rien décidé, l'idée s'est imposée peu à peu. C'est devenu une évidence. Loumia et moi avions failli devenir des amies. Mais l'histoire restait incomplète. Il me semblait que je devais repartir à sa rencontre, parcourir le chemin que nous ne ferions pas ensemble. Retracer sa courte existence comme une revanche sur le néant, sur le chaos, sur la terreur. Sur l'absurdité de sa mort. Combattre la violence par les mots, la seule arme que je veux connaître. Tenter de comprendre aussi. Que s'était-il passé là-bas ? Jusqu'où fallait-il remonter ? De quel côté de la planète le papillon avait-il commencé à déployer ses ailes, avant de déclencher le désastre ?"

Journaliste et romancière, Michèle Fitoussi se lance dans une (en)quête d'ampleur, sur les traces de Loumia dont elle s'applique à esquisser le portrait, "complexe et dense, lumineux et parfois sombre", mais aussi au sein de l'organisation terroriste qui a endoctriné les assassins et commandité les attentats, pour tenter de comprendre – pas d'expliquer, ni d'excuser, juste de comprendre, si tant est que l'on puisse... Sa double expérience confère à ce récit profond, bouleversant, magnifique, un genre nouveau, celui du "roman vrai", documenté, didactique, enrichissant mais aussi palpitant, rythmé, sensible, vivant, qui emporte le lecteur et lui fait ressentir des émotions intenses, de la joie à la douleur. On vit et on vibre avec Loumia, avec sa famille, au point d'avoir le sentiment en refermant le livre qu'elle nous est, à nous aussi, devenue proche...

Tout commence par un grand voyage, du Gujarat à Madagascar, de Paris à Bombay. La vie de Loumia et de sa sœur Shama a débuté à Madagascar, où s'était installé leur arrière-grand-père indien. Elles y passent leur enfance avant de partir à Paris pour faire leurs études. Elles y retrouvent des cousins, des cousines, et un cercle familial se reconstitue. Alors que personne ne les attendait dans ce milieu de la lingerie pour le moins "corseté", les deux sœurs pudiques, réservées et parfaitement inexpérimentées dans ce domaine, se lancent dans la création de leur marque de lingerie, Princesse tam-tam, de façon artisanale et, au début tout au moins, totalement improvisée. Mais leur persévérance, leur travail, leur volonté ainsi que la fraîcheur de leurs modèles vont triompher des obstacles. Une marque est née. Une entreprise aussi, menée par Shama, animée par la lumineuse, énergique, fantasque, généreuse, parfois fragile Loumia, et gérée par Mourad, son mari, plus discret, plus calme, plus rationnel mais tout aussi bienveillant. Après leur mort, tous les salariés de l'entreprise sont en deuil, comme s'ils avaient perdu un membre de leur famille, tant leurs "patrons" avaient su inventer un nouveau modèle de relation, de management fait de douce exigence et de proximité avec chacun.

En 2005, alors que la marque est au sommet, ils décident de vendre. Quelles raisons les ont poussés à céder l'entreprise qu'ils avaient créée ? "Mourad pense que la marque est arrivée au bout d'un cycle. Pour grandir davantage, il faudrait se déployer à l'international, investir plus, prendre des risques. Il n'en a sans doute plus le désir. Loumia et lui aspirent à une autre vie, moins de travail, moins de responsabilités et moins de pression." Même si la décision vient d'eux, Loumia vit cette vente comme un deuil. Elle vient de se séparer de ce qu'elle avait de plus cher au monde et elle est malheureuse. Pour ne pas sombrer, elle se lance dans un nouveau projet et participe à la création du site Internet d'un réseau féminin, Terrafemina. Malgré son implication, il lui manque encore quelque chose. "Bombay s'impose. S'installer là-bas est une évidence. L'Inde est une façon de revenir à l'essentiel." Une page se tourne pour Loumia et Mourad.

Et un nouveau chapitre s'ouvre dans le récit. La tonalité et le décor changent. C'est sur les traces de leurs assassins que l'on s'engage, et pour tenter de comprendre, il faut remonter à la partition de l'Inde en août 1947 qui a engendré des conflits entre l'Inde et le Pakistan qui perdurent encore aujourd'hui, chaque état revendiquant la propriété du Cachemire. À cela s'ajoute la formation de groupes terroristes au cœur du Penjab, qui sous couvert d'actions humanitaires qui leur permettent de ne pas être inquiétés, recrutent des apprentis-terroristes qu'ils transforment en bombes humaines et en meurtriers-martyrs. Cette enquête précise, documentée, journalistique vient à nous rappeler que les terroristes sont aussi des hommes. Non pour les disculper ou les absoudre, certainement pas, mais pour observer, pour analyser le processus d'endoctrinement, la formation à la haine et à la violence, l'apprentissage de la détermination à tuer.

Les attentats et actions terroristes, devenus tristement banals, n'occupent guère que cinq minutes d'un journal télévisé, une page dans un quotidien. On nous donne le lieu, le nombre de morts, l'organisation qui revendique l'acte. Et on passe à l'info suivante. Tout cela reste lointain, abstrait, presque irréel. Alors, dans son récit, Michèle Fitoussi décrit précisément, minute par minute, le déroulement des événements. Tout ce qui s'est passé, comment, où, avec qui. Nous voilà entraînés dans cet implacable enchaînement d'horreurs, de crimes froidement accomplis, de victimes torturées, abattues, exécutées. Plus de généralité, plus d'anonymat. Tout devient terriblement réel, palpable. Plus jamais on ne pourra oublier que chacune des victimes d'attentat a un nom, un visage, une famille, une histoire, une vie. Et que celle-ci a été brisée, au nom d'un idéal mortifère.

Alors au nom d'un autre idéal, d'un autre amour, celui de la vie, celui qui animait Loumia, la terreur ne doit pas, ne peut pas l'emporter. De ce destin tragique, il faut garder l'image lumineuse d'une femme au parcours exceptionnel, pour toujours associée à la marque qu'elle a créée, symbole de liberté, de féminité, de fantaisie.

"Chacun avait sa Loumia en tête. Elle ne coïncidait pas toujours. Et puis, par petites touches, son portrait s'est dessiné, complexe et dense, lumineux et parfois sombre.

J'ai choisi de retenir le meilleur. Le reste, les petits secrets que nous portons tous en nous, est parti avec elle. Ce n'est pas elle qui se confie, c'est moi qui vais la chercher. Ma vision, ma vérité ne sont pas forcément les siennes. Mais c'est ainsi que je l'ai perçue.

Écrire sur Loumia est aussi une façon de me tourner vers moi, de me rencontrer, par surprise, au détour d'une page. Quel que soit le sujet du livre, on en revient toujours à soi. Au propre comme au figuré, j'ai accompli plus d'un voyage pour assembler ces bouts épars, ces quarante-six années d'existence qui, du Gujarat à Madagascar, de Paris à Bombay, et jusqu'à la fin tragique, ont pris la forme d'une destinée. Celle d'une femme gaie, humaine, curieuse, tolérante, vibrante, entière, française, indienne, malgache et citoyenne du monde entier. Plus libre qu'elle ne le pensait."

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