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ROAD TRIP LITTÉRAIRE

16 Février 2015 , Rédigé par Vanille LN

ROAD TRIP LITTÉRAIRE
"Quand Richard Ford ouvrit la porte, le vent du nord faisait tinter les grelots de glace dans les arbres du Maine et la mer rugissait dans la tempête.

Sur les murs de son studio de Santa Monica, Dennis Lehane avait punaisé les plans des trois scénarios et des deux romans sur lesquels il travaillait.

Les yearlings de l'année galopaient devant le ranch de Tom McGuane.

Et dans la cabane de Russell Banks, perchée sur une colline des Adirondacks, un air très doux passait tandis qu'il se replongeait dans ses souvenirs."

Cet ouvrage atypique est le résultat d'un projet original, (un peu) fou, et familial. C'est le projet de Pauline Guéna, romancière et Guillaume Binet, photographe, qui sont partis un an en camping-car avec leurs quatre enfants, à la rencontre de vingt-six grands écrivains américains parmi lesquels Richard Ford, Laura Kasischke, Siri Husvedt, Russel Banks ou T.C. Boyle, Martin Winckler, Joseph Boyden ou Jennifer Egan.

De ce road-trip, ils ont rapporté des milliers de souvenirs, des photographies somptueuses qui accompagnent les entretiens passionnants que leur ont accordés ces grands écrivains et dans lesquels ils parlent de leur travail, de leur rapport à l'écriture, à la littérature et, bien sûr, de l'Amérique.

Ce livre n'est pas de ceux que l'on lit de la première à la dernière page, linéairement, sagement. Il est de ceux qui offrent d'organiser son propre voyage, de vagabonder d'une ville à l'autre, d'un auteur à l'autre. De ceux dans lesquels on a envie de se replonger, de temps à autre, pour s'évader un peu et s'enrichir de toutes ces rencontres.

Ce livre est un beau livre, tout à la fois par sa présentation, ses photos, son ampleur. Mais c'est aussi un beau livre de par son contenu, avec tous ces échanges, ces confidences, ces réflexions, ces portraits surprenants parfois, enrichissants toujours qui donnent envie de relire et de découvrir.

"Faire un tour d'Amérique et rencontrer certains des auteurs qu'on aimait et qui seraient libres.[…]

Parce qu'on aimait lire.

[…] Au gré de nos rencontres, nous avons découvert une leçon intense et vibrante d'honnêteté sur le processus de création, sur l'implication qu'il exige, totale et davantage encore. Les mots qui reviennent le plus, dans toutes les interviews, sont travail, rigueur, régularité. Essayer encore. Persévérer."

Osez le voyage dans l'Amérique des écrivains. Vous en reviendrez transformés. Et heureux.

ROAD TRIP LITTÉRAIRE
Pauline Guéna est romancière et scénariste, passionnée de littérature américaine. Guillaume Binet est photojournaliste. Ils sont partis pendant un an en camping-car avec leurs quatre enfants, à la rencontre de 26 des plus grands écrivains américains.
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TOUS ICI, TOUS RELIÉS, TOUT LE TEMPS

16 Février 2015 , Rédigé par Vanille LN

TOUS ICI, TOUS RELIÉS, TOUT LE TEMPS
"Sa force, Wash la puise dans les voix de ses ancêtres africains ; dans les souvenirs de sa mère, Mena ; dans les rituels chamaniques auxquels elle l'a initié dans son enfance ; dans les talismans qu'elle lui a légués ; et aujourd'hui, dans ces instants volés le long de la rivière, auprès de Pallas, esclave elle aussi, métisse et guérisseuse.

Sa force, c'est ce qui lui a permis de survivre. Aux humiliations de ses anciens maîtres, jaloux de sa capacité à endurer le pire sans jamais montrer sa douleur ; aux coups qui lui ont ôté un oeil ; au marquage au fer rouge, sur sa joue, de la lettre des fugitifs.

Cette force, c'est ce qui l'aide à supporter que Richardson, son maître, pour sauver la plantation d'une ruine annoncée, l'utilise désormais comme étalon reproducteur. Qu'il le loue chaque vendredi aux propriétaires voisins pour féconder leurs esclaves.

Et quand sa force vacille, Wash se raccroche à Pallas et l'écoute parler du lien qui unit maître et esclaves dans une toile d'araignée aussi fragile qu'inévitable."

Premier roman de l'Américaine Margaret Wrinkle, Wash se situe dans les années 1800-1825, dans le sud profond des Etats-Unis, le long de la frontière du Tennessee. À la fin de la guerre anglo-américaine de 1812, un ancien combattant, Richardson, revient dans sa plantation en ruine. Désespéré, il suit les conseils de ses voisins et se lance dans l'élevage d'esclaves, sur le modèle de l'élevage de chevaux, puisqu'il est désormais interdit d'importer des esclaves d'Afrique. Il choisit comme étalon reproducteur un jeune homme grand, fier, vigoureux et d'une incroyable beauté, une sorte de "pur-sang" d'Afrique de l'Ouest, Washington, dit "Wash". Sa mère, Mena, a été violemment arrachée à son pays alors qu'elle n'était encore qu'une toute jeune femme et qu'elle était enceinte ; Wash est donc lui aussi un esclave, il n'a jamais connu que cette condition.

Richardson met en œuvre son projet sordide et abject : chaque semaine, il fait mener Wash pour féconder les esclaves des voisins, contre rémunération. Est ainsi organisé un viol légal, systématique, infâme auquel Wash ne peut rien... Peu à peu, dans toutes les plantations alentours, sur les visages des enfants d'esclaves, il reconnaît ses propres traits. Un moyen certes odieux mais un moyen tout de même d'atteindre l'immortalité et de transmettre le sang de ses ancêtres africains.

Dès le prologue, on est saisi par l'écriture forte, somptueuse, poétique qui sert le récit sous forme de destins croisés entre les trois personnages principaux. Points de vue, voix, sensations et sentiments s'entremêlent, renforçant la puissance tragique et terriblement évocatrice de l'histoire. L'auteur évite subtilement les caricatures, ls stéréotypes et les clichés, gageure sur un sujet aussi douloureux que celui de l'esclavage. Elle réussit brillamment un récit coup de poing, sans manichéisme, où les retours en arrière nous plongent un peu plus encore dans l'histoire de Wash. Le style puissant et visuel, le récit tragique et violent s'imposent à l'esprit du lecteur.

Au-delà de l'horreur de l'esclavage et des actes imposés, le roman pose aussi la question de la liberté ou plutôt de comment parvenir à se préserver un espace de liberté dans une vie qui n'est qu'emprisonnement. Wash tente de se construire une identité qui soit vraiment la sienne, qui lui permettrait de ne pas être uniquement la propriété de son maître.

Rien n'est épargné au lecteur des horreurs perpétrées et certaines scènes sont à la limite du supportable. Même ce qui n'est que suggéré induit une profonde impression de malaise. Néanmoins, il semble que ces passages, aussi difficiles soient-ils, se révèlent nécessaires dans ce roman sans concession, violent, poignant, peuplé de personnages inoubliables et qui touche autant qu'il interpelle.

TOUS ICI, TOUS RELIÉS, TOUT LE TEMPS
Née à Birmingham, en Alabama, Margaret Wrinkle est écrivain, réalisatrice, éducatrice et artiste visuelle. Elle a gagné le prix du National Council on Foundations Film Festival pour son documentaire broken ground sur les divisions raciales dans sa ville natale. Sélectionné dans le Top 10 des meilleurs livres de l'année du Wall Street Journal et de O le magazine d'Oprah Winfrey, récompensé par le prix Flaherty-Dunnan du premier roman, massivement soutenu par une presse unanime et élogieuse, Wash est son premier roman.
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ÉCRIRE POUR (RE)VIVRE

16 Février 2015 , Rédigé par Vanille LN

ÉCRIRE POUR (RE)VIVRE
"Elle grandit dans le nord de la Norvège, entre une mère insaisissable mais présente, une petite soeur qu’elle protège, un père qu’elle méprise avant de le haïr. Elle n’est pas coupable du mal qu’il lui fait. 

Puis elle aime le rock, la danse, les mains de l’apprenti électricien. Elle surnage face à la honte, part à la ville étudier. Son père est loin, c’est bien, mais son jeune fils aussi est loin. 

Elle lit, et brave son silence dans l’écriture. Elle se marie, publie, devient écrivain. Se bat pour sa liberté et son droit à vivre comme elle le souhaite. 

Avec pudeur et sans fard, Herbjørg Wassmo raconte ce qui fait une vie, en la présence majestueuse du Grand Nord."

Plutôt qu'un roman, on pressent, puis l'on comprend très vite que le récit d'Herbjørg Wassmo est une autobiographie et que ces instants-là sont ceux de sa vie.

Nous sommes transportés au nord de la Norvège, la narratrice, bien que le récit soit à la troisième personne, revient sur les moments qui l'ont marquée et façonnée. Son enfance puis son entrée au collège, sa mère mutique, sa petite sœur souriante et ce père pour lequel elle n'éprouve que de la haine. Elle devient mère jeune – si jeune. Elle arrête ses études, puis les reprend pour devenir institutrice, elle se marie. Peu à peu, elle acquiert – conquiert cette confiance en elle qui lui faisait si cruellement défaut, grâce à ses lectures et, paradoxalement, à ses crises d'une forme d'épilepsie qui, loin de la fragiliser, l'aident à s'affirmer. Ces états hybrides où conscience et inconscient s'entremêlent lui confèrent une certaine force.

Envahie depuis toujours par une colère, une rage même, inextinguible, elle se tourne pour l'apaiser vers l'écriture, de poèmes d'abord, puis de romans. Elle devient une auteure reconnue, tout à la fois du milieu littéraire et du public. Mais se consacrer à l'écriture exige des sacrifices et fait naître parfois des questionnements douloureux...

Malgré le caractère très intime du récit, il y a dans l'écriture beaucoup d'exigence et de pudeur. Le style, assez nerveux et direct, n'en est pas moins bouleversant et fascinant, avec ces fulgurances d'écriture qui résonnent, ces ellipses tellement signifiantes, ces petits moments de grâce qui donnent une âme au récit.

Roman d'une (re)naissance, Ces instants-là modèle le portrait d'une femme qui se construit sur des failles, apprenant à s'affirmer et à renoncer, portée par les mots, trouvant dans la littérature un refuge et dans l'écriture une libération.

"Non. Ils sont dans l'instant. Maintenant. Sur ce point aussi, elle aurait beaucoup à apprendre. Mais serre les dents en acceptant tout ce qu'il faut faire. Laisse ses pensées errer dans le dédale de toutes les choses qu'il faut faire. Plus tard. Demain, en tout cas pas plus tard qu'après demain. (…) Un jour, se dit-elle, un jour j'aurai une pièce qui sera à moi. Je veux pouvoir fermer la porte. Je veux pouvoir dormir en paix sans que personne n'aille ou ne viennent. Je veux pouvoir penser des pensées sans être interrompue. Je vous pouvoir les écrire. La nuit comme le jour.

En un éclair, elle comprend qu'elle n'a pas l'habitude d'exprimer les sentiments par des mots. A moins que ce ne doive devenir de la littérature. Et cela n'a alors plus rien à voir avec elle. Dans la vie, elle n'a aucune hardiesse. A trop peur d'être rejetée."

ÉCRIRE POUR (RE)VIVRE

Herbjørg Wassmo (née le 6 décembre 1942 à Skogsoya, commune de Oksnes) est une écrivain norvégienne très populaire dans ls pays scandinaves.

Cette ancienne institutrice se consacre à la littérature depuis plus de vingt ans. Son œuvre, Le Livre de Dina, a été portée à l'écran par le réalisateur Ole Bornedal avec dans les rôles principaux Maria Bonnevie et Gérard Depardieu. Auteur d'une œuvre considérable, elle écrit pour les enfants, le théâtre, la poésie, le roman… Traduite en de nombreuses langues, Herbjørg Wassmo connaît un succès populaire exceptionnel. Dina a depuis longtemps pris place aux côtés des grandes héroïnes de la littérature.

L'ouvrage qui l'a fait connaître en Norvège, mais aussi à l'étranger, est la trilogie de Tora :

  • La Véranda aveugle

  • La Chambre silencieuse

  • Ciel cruel

Elle connaît ensuite un grand succès avec la trilogie Le Livre de Dina :
Les ouvrages traduits en français sont :

  • La septième rencontre

  • La Fugitive (trad. Luce Hinsch)

  • Voyages, 2005

  • Un verre de lait (trad. Luce Hinsch, s'il vous plaît)

  • Un long chemin (trad. Luce Hinsch)

  • Cent ans (trad. Luce Hinsch

  • Ces instants-là (trad. Céline Romand-Monnier)

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SOIR DE CONCERT

16 Février 2015 , Rédigé par Vanille LN

SOIR DE CONCERT
Guinée-Bissau, 2012. Guitariste d'un groupe fameux de la fin des années 1970, Couto vit désormais d'expédients. Alors qu'un coup d'État se prépare, il apprend la mort de Dulce, la chanteuse du groupe, qui fut aussi son premier amour. Le soir tombe sur la capitale, les rues bruissent, Couto marche, va de bar en terrasse, d'un ami à l'autre. Dans ses pensées trente ans défilent, souvenirs d'une femme aimée, de la guérilla contre les Portugais, mais aussi des années fastes d'un groupe qui joua aux quatre coins du monde une musique neuve, portée par l'élan et la fierté d'un pays. Au cœur de la ville où hommes et femmes continuent de s'affairer, indifférents aux premiers coups de feu qui éclatent, Couto et d'autres anciens du groupe ont rendez-vous : c'est soir de concert au Chiringuitó.

Le récit s'ouvre sur l'annonce-choc reçue par le guitariste Saturnino Bayo, dit Couto, de la mort brutale de Dulce, ex-chanteuse ensorcelante de leur groupe de musique, les Mama Djombo.

Nous sommes en 2012, en Guinée-Bissau, quelques jours avant le second tour de l'élection présidentielle, alors qu'un coup d'état se prépare.

Couto, qui était considéré autrefois comme "le grand docteur de la guitare" est aujourd'hui une gloire déchue, un vestige que seuls quelques touristes avisés viennent voir. Lui, le grand patron, vit dans une extrême pauvreté, embellie seulement par la passion de la magique Esperança.

C'est alors qu'il se prépare à faire son grand retour sur scène qu'il apprend la disparition de celle qui fut le grand amour de sa vie, Dulce, qui l'avait quitté pour se marier avec un homme puissant et cruel, chef d'état-major des armées, putschiste autoritaire et sans scrupules.

Aussi douloureuse soit-elle, la mort de Dulce est pour Couto l'occasion de repenser à ces glorieuses années où les places de leurs concerts et leurs albums s'arrachaient. "Toujours pas remis trente ans après, il n'en gardait pas de vanité, moins encore de nostalgie, plutôt l'éternelle hilarité de ceux à qui la chance avait souri." Il se rappelle aussi la dissolution du groupe et la déchéance de ses membres, accompagnées par les bouleversements de l'histoire d'un pays où politique et musique se mêlent, souvent au détriment de cette dernière.

Le titre du roman, "Les grands", est emprunté au vocabulaire de la nouvelle génération de musiciens qui nomme ainsi ses aînés, tout à la fois respectée et vénérée, une nouvelle génération qui va leur offrir un retour sous les projecteurs, vingt ans après, grâce à un concert hommage qui s'achèvera sur une minute de silence en mémoire de Dulce.

"Ces gosses sont la vie. La vie comme moi aussi j’ai été la vie autrefois, impétueuse, impatiente, non lestée encore de regrets, trop pressée d’aller de l’avant pour se retourner et concevoir même qu’un jour elle ne détestera pas se retourner."

Dans ce roman mêlé de réel et de fiction – "la plupart des personnages de ce roman existent réellement, les faits qui leur sont prêtés sont imaginaires" –, l'auteur suit les pérégrinations de Couto dans la ville et dans les méandres de ses souvenirs. L'écriture parsemée de créole emporte le lecteur vers un ailleurs dépaysant et envoûtant, tout à la fois vrai et poétique.

SOIR DE CONCERT
Né en 1979, Sylvain Prudhomme a passé son enfance à l’étranger (Cameroun, Burundi, Niger, Ile Maurice) avant de venir étudier les lettres à Paris. 
Goût de l’exploration, du lointain, de l’utopie, des vies solitaires, des cabanes, des friches, des villes construites à la va-comme-je te-pousse, de la réserve de possibles qu’elles offrent. 
Il est l'auteur de plusieurs romans, dont L’affaire Furtif (Burozoïque, 2010), récit d’un naufrage volontaire sur un archipel imaginaire, et Tanganyika Project (Léo Scheer, 2010), tentative d’épuisement du lac Tanganyika mêlant relevés d'inscriptions urbaines, recherches sur Google Earth, fragments d’histoire des dernières guerres de RDC, souvenirs d’enfance et extraits de journaux d’explorateurs du XIXème siècle.
Son roman, Là, avait dit Bahi (L’Arbalète Gallimard), a reçu le prix Louis Guilloux 2012. Il met en scène un vieil homme au volant d'un camion sur les routes d’Algérie, raconte les petits bénéfices qu'il fait, à soixante-dix ans, en revendant du sable, mais aussi ses souvenirs de la ferme où il a travaillé cinquante ans plus tôt, à la veille de l'Indépendance, aux côtés du fermier Malusci, aujourd’hui muré dans le silence, sur l’autre rive de la Méditerranée.
Il a été l’un des membres fondateurs de la revue Geste et a collaboré au journal Le Tigre, pour lequel il a notamment écrit deux feuilletons : Africaine Queen (2010), sur les salons de coiffure du quartier Château d'Eau, à Paris, et La vie dans les arbres (2011), sur les habitants des cabanes des forêts de l’Ariège.
Il a également traduit l’essai Décoloniser l’esprit, de l’écrivain kenyan Ngugi wa Thiong’o (La Fabrique, 2011). Il a dirigé de 2009 à 2012 l’Alliance franco-sénégalaise de Ziguinchor, en Casamance. 
Il est agrégé de lettres modernes.

Son roman Les Grands a reçu le Prix Georges Brassens 2014
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