Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

MALGRÉ TOUT...

14 Mars 2015 , Rédigé par Vanille LN

MALGRÉ TOUT...
Plus de cinquante ans après, Maude Julien se souvient encore du bruit du verrou, quand la grille s’est refermée sur elle. Son père venait d’acheter une bâtisse lugubre, flanquée d’un parc, dans la région de Saint-Omer. Maude, alors âgée de trois ans, y vivra cloîtrée, sans jamais aller à l’école, sans jamais avoir d’amis, si ce n'est les animaux qui sont source de bonheur autant que de peine tant elle s'attache à eux. Enfermée mentalement aussi, car le patriarche veut faire de sa fille une « supra-humaine ». Elle doit apprendre à surmonter la peur, les privations, la douleur, la solitude pour être capable de réaliser la mission à laquelle il la destine. Longtemps plus tard, elle comprendra que son père, haut dignitaire d’une obédience maçonnique ésotérique, avait échafaudé un projet vertigineux dans lequel elle tenait le rôle central.
Comment se défaire d’une emprise aussi extrême ? Où trouver la force d’échapper à un tel embrigadement ?
À dix-huit ans, Maude a réussi à quitter la prison de son enfance. Puis, au terme d’un long travail, à conquérir sa liberté.

On ne ressort pas indemne de la lecture de ce livre-choc, poignant, d'une violence inouïe et d'une réalité terrifiante. Si un romancier avait raconté un tel récit, on l'aurait probablement accusé d'exagération et d'outrance. Sauf que ce récit est vrai, qu'il est le témoignage de la petite fille que l'on suit au fil des pages, le cœur serré, au bord de la nausée et des larmes tant ce qui y est décrit relève tout à la fois de la folie la plus effroyable et de la maltraitance la plus abjecte.

La vie qu'elle a vécue enfermée dans cette bâtisse sordide a quelque chose de concentrationnaire dans la privation de liberté, la terreur, l'asservissement, les tortures et l'absence d'humanité de ses géniteurs. On se demande à chaque page comment elle a réussi à survivre ; et en refermant le livre, en lisant les articles qui lui ont été consacrés, en écoutant ses interviews, on ne peut qu'être à la fois stupéfait et admiratif qu'elle ait réussi, même si ce fut un processus long et douloureux, à se libérer de l'emprise de ce monstre, d'abord physiquement, avec l'aide de son professeur de musique, mais surtout, bien plus tard, psychologiquement. Qu'elle soit parvenue à se (re)construire, à tomber amoureuse, à devenir mère et thérapeute, spécialisée dans les traumatismes liés à l'emprise. Il faut sans nul doute à la fois beaucoup de force, de courage et de distance pour être capable d'aider des personnes qui vivent des drames comparables au sien…

Au-delà du témoignage qui laisse une impression de malaise et d'horreur, cet ouvrage est aussi un hymne à la vie, à la renaissance, à la libération, à l'accomplissement.

Malgré tout.

"N'attends rien de lui. Même s'il comprend un jour sa folie, il est irrécupérable et dangereux. Sauve-toi !"

Lire la suite

L'ÉTÉ MEUTRIER

14 Mars 2015 , Rédigé par Vanille LN

L'ÉTÉ MEUTRIER
Dans une petite communauté au nord de San Francisco, à flanc de montagne, Rachel et Patty vivent avec leur mère depuis le divorce de leurs parents. Inspecteur de police, leur père est bientôt chargé d’une enquête qui a pour théâtre le terrain de jeu des deux sœurs, la montagne où elles passent le plus clair de leur temps. Un tueur en série y traque des jeunes femmes pour les tuer et les violer. Alors que Rachel, treize ans, entre dans la période trouble et indécise de l’adolescence, les sœurs se mettent en tête d’aider leur père et de trouver le tueur – malgré les mises en garde des adultes, qui sont loin de soupçonner l’étendue de l’imagination des enfants… 

Inspiré d'une histoire vraie, le roman de Joyce Maynard a aussi des accents autobiographiques puisque la narratrice, Rachel, est devenue écrivain en grandissant. Cette introspection donne au récit toute la subjectivité nécessaire pour plonger le lecteur dans l'ambiance de l'histoire. Le point de départ en est une série de crimes perpétrés par un étrangleur de jeunes filles qui laissent ses victimes nues, dans la nature, les chevilles attachées par des lacets et les yeux scotchés avec du ruban adhésif… Mais cette trame ne fait pas pour autant de L'homme de la montagne un roman policier : elle n'est qu'un prétexte pour explorer les rapports entre les membres de la famille Toricelli. Le père, inspecteur de police, totalement absent depuis le divorce ; la mère, profondément dépressive ; et surtout les deux sœurs, Rachel et Patty, 11 et 13 ans, qui sont les véritables héroïnes du livre. Leur relation très forte tend à s'étioler au fur et à mesure que l'adolescence modifie le comportement de Rachel et l'éloigne de sa petite sœur, au profit de sorties avec les filles "populaires" de sa classe. Patty apparaît dès lors plus mature, moins influençable que son aînée. En contrepoint de l'évolution de cet amour fraternel, Joyce Maynard nous offre une observation très juste de l'adolescence, ce moment d'entre-deux où une jeune fille n'est plus une enfant mais pas encore une femme, un moment d'ambiguïté où règne la jalousie envers les autres, la scrutation tout à la fois embarrassée et obsédante des métamorphoses du corps, les jugements ambivalents sur les parents, les préoccupations soit mièvres soit morbides, l'âge incertain de tous les tourments et de tous les espoirs.

Malgré quelques scènes répétitives, L'homme de la montagne est un beau roman d'apprentissage, empreint de nostalgie et porteur de toutes les contradictions qui peuvent habiter une adolescente que le fait divers est un prétexte original pour révéler. L'écriture est forte, peuplée de métaphores et d'allégories qui font de ce récit une belle fantasmagorie, tout à la fois angoissante et sensible.

CITATION

« les filles de treize ans [qui] sont grandes et petites, grosses et maigres. Ni l’un ni l’autre, ou les deux. Elles ont la peau la plus douce, la plus parfaite, et parfois, en l’espace d’une nuit, leur visage devient une sorte de gâchis. Elles peuvent pleurer à la vue d’un oiseau mort et paraître sans cœur à l’enterrement de leurs grands-parents. Elles sont tendres. Méchantes. Brillantes. Idiotes. Laides. Belles. »

L'ÉTÉ MEUTRIER
Née en 1953 dans le New Hampshire, Joyce Maynard est une écrivain américaine, auteure de nombreux romans et essais.
En 1972, alors qu'elle est étudiante à Yale, le New York Times Magazine publie son article "An Eighteen Year Old Looks Back on Life". À 19 ans, elle a une relation durant un an avec JD Salinger qui la marquera profondément et qu'elle raconte dans "Et devant moi le monde."
Son roman To Die For (Prête à tout) a été adapté au cinéma par Gus Van Sant en 1995 dans le film du même nom.
Elle a notamment publié :
Une adolescence américaine
Baby Love
Long Week-end 
Les filles de l'ouragan
Lire la suite

PENSÉES SOMBRES, PENSÉES SECRÈTES

14 Mars 2015 , Rédigé par Vanille LN

PENSÉES SOMBRES, PENSÉES SECRÈTES
Anna vit avec son mari et son fils dans une belle maison près de Moscou. Un virus inconnu a commencé à décimer la population. Dans la capitale en quarantaine, la plupart des habitants sont morts et les survivants – porteurs de la maladie ou pillards – risquent de déferler à tout instant. Anna et les siens décident de s’enfuir vers le nord, pour atteindre un refuge de chasse sur un lac à la frontière finlandaise : Vongozero. Bientôt vont s’agréger à leur petit groupe des voisins, un couple d’amis, l’ex-femme de Sergueï, un médecin… Le voyage sera long, le froid glacial, chaque village traversé source d’angoisse, l’approvisionnement en carburant une préoccupation constante.

Un virus inconnu, une épidémie foudroyante, la mise en quarantaine, la panique, les survivants qui tentent de s'enfuir, les pillages… Tous ces "ingrédients" ne sont pas inédits dans le roman noir et l'on aurait pu craindre que le livre de Yana Vagner provoque une désagréable impression de déjà-vu. Il n'en est rien. Sans doute parce que la romancière évite soigneusement les écueils inhérents à ce genre de situation, à savoir s'étendre abusivement sur les réactions des autorités et sur les scènes de violence ou de pillage. À ces considérations habituelles, elle préfère la psychologie des personnages et privilégie l'observation de ce groupe de huit personnes, hommes, femmes et enfants, placés dans une situation de crise. En arrière-plan seulement, le délitement des structures sociales, l'absence d'autorité politique et l'individualisme de survie.

Le groupe est d'abord lié par des liens familiaux – Anna, son mari, son fils -, d'amour, d'amitié ou de voisinage mais ces liens vont peu à peu évoluer, le désir de survie ainsi que la force collective engendrée par la réunion de leurs forces individuelles devenant un élément absolument essentiel, surpassant les antagonismes antérieurs.

La décision de partir est provoquée par la fermeture de Moscou, où plus personne ne peut entrer ni sortir, et la destination choisie est Vongozero, sur une île d'un lac située en Carélie, tout près de la frontière finlandaise, un lieu si isolé que l'épidémie risque peu d'y sévir. Anna est la narratrice de ce périple, une narratrice unique qui se concentre sur le récit sans s'étendre en de longues descriptions ou considérations. D'abord effacée, Anna s'affirme peu à peu, devient plus abrupte dans l'expression de ses sentiments sous la pression extérieure. Plus ils avancent, plus les problèmes surviennent, augmentant tensions et craintes. Cet équilibre précaire des relations contribue très largement à l'atmosphère pesante du livre, renforcée encore par la peinture sombre de l'environnement, gris, froid, dévasté, hostile. Au fur et à mesure de leur progression se pose la question de savoir si l'on peut conserver ses principes, ses valeurs et ses qualités dans l'adversité, dans un monde menaçant, et même si cela est pertinent lorsque cela met en danger sa propre sécurité. Évitant tout manichéisme, Yana Vagner crée plutôt une sorte d'emboitement entre Anna, le groupe autour d'elle qui la protège et le monde extérieur, mystérieux et multiforme, tout à la fois menaçant et potentiellement salvateur. Les perceptions d'Anna évoluent et se modifient au gré des circonstances, tandis qu'elle-même change aussi.

La tension va crescendo à l'approche de Vongozero, d'autant plus que l'on ne sait ce que les personnages vont trouver là-bas – si tant est qu'ils y parviennent.

L'écriture de Yana Vagner est puissante, intense, tendue, parfaitement adaptée au récit de cette terrible crise, qui place des personnages somme toute ordinaires dans des situations qui remettent en cause leurs codes habituels. Les descriptions sont fortes et subtiles, participant à la création d'une atmosphère tourmentée et au suspense soutenu tout au long du récit.

Le lecteur est happé dès la première page et tenu en haleine jusqu'à la dernière. En attendant, peut-être, une suite…

PENSÉES SOMBRES, PENSÉES SECRÈTES
Yana Vagner, née en 1973, a grandi au sein d’une famille russo-tchèque. Elle a travaillé comme interprète, animatrice radio, responsable logistique. Vongozero est son premier roman. Initialement publiée peu à peu sur le blog de l’auteur, cette histoire de survie magistrale a suscité un tel enthousiasme qu’elle a fait l’objet d’une enchère entre éditeurs. Elle a depuis été nominée au Prix National Bestseller, vendue au cinéma et traduite dans 4 pays.
Lire la suite

DANSER ENCORE

8 Mars 2015 , Rédigé par Vanille LN

DANSER ENCORE
"Si la discipline est vécue négativement, comme une contrainte, il faut changer de chemin. Si elle devient un art de vivre, si elle procède du besoin de recherche sur soi-même, de recherche sur le sens de la beauté, il en est tout autrement.

Librement consentie, elle se rapproche d'une mystique."

C'est avec la magnifique complicité du photographe Jacques Moatti que Claude Bessy a composé ce livre consacré à la passion de toute une vie : la danse.

Nommée danseuse étoile en 1957 après de longues années d'apprentissage, Claude Bessy devient responsable du Ballet de l'Opéra de Paris en 1970 puis directrice de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris, fonction qu'elle occupera jusqu'en 2004.

D'une curiosité infatigable, audacieuse, battante, elle a tout mis en œuvre pour faire évoluer le devenir de la danse. Elle a affronté les lourdeurs de l'administration française pour obtenir la construction d'une nouvelle école de danse, à Nanterre, pour que la formation des danseurs soit la meilleure possible.

Sous sa direction, des générations d'immenses danseurs et danseuses ont émergé, brillantes personnalités qui resplendissent sur les scènes du monde entier parmi lesquelles Aurélie Dupont, Marie-Agnès Gillot, Manuel Legris, Laurent Hilaire ou Nicolas Le Riche…

De par sa double expérience de danseuse et de pédagogue, Claude Bessy nous entraîne dans les coulisses et les salles de classe de danse pour nous révéler tous les secrets de l'apprentissage de cet art aussi exigeant que merveilleux, de la création de spectacles, de la vie communautaire d'un corps de ballet en même temps que de la solitude de l'artiste, des sentiments exaltés des étoiles. Sans complaisance, elle décrit aussi la réalité du métier parfois difficile, douloureux, le corps qui trahit et qui vieillit, l'épreuve de la scène, et toutes les concessions, tous les renoncements inéluctables pour parvenir à l'excellence. Claude Bessy évoque aussi les personnes qui ont comptées pour elle, en particulier le chorégraphe Serge Lifar.

Biographie en creux mais surtout éloge de la danse, art de vivre, de mener sa vie et de l'infléchir pour faire triompher l'excellence et la grâce, l'ouvrage de Claude Bessy est une référence pour tous les passionnés de danse. Les photos qui enrichissent le livre sont absolument superbes, originales, offrant des angles de vue inhabituels, proposant des détails de costumes incroyables, d'époustouflants grands jetés vus des coulisses, des clichés recréant l'atmosphère d'une soirée éphémère comme l'est tout spectacle…

"Lorsqu'il est très jeune, l'enfant doit monter toujours plus haut pour essayer de mettre le monde à sa portée, et dans ce but, il se hisse sur ses pointes de pied, instinctivement. Il monte, il monte… C'est peut-être cela aussi, l'envie de danser, le désir de s'élever."

DANSER ENCORE
Danseuse étoile, responsable du ballet de l'Opéra de Paris, chorégraphe, directrice de l'Ecole de danse, Claude Bessy a consacré sa vie entière (de 1942, date de son entrée à l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris à 2004, fin de ses fonctions de directrice de l'Ecole de danse) à la danse. Toujours en quête de nouveaux talents, de nouvelles méthodes, de nouveaux espaces, cette pionnière a formé les grands danseurs français d'aujourd'hui.
Lire la suite