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L'INDE AU COEUR

10 Mai 2015 , Rédigé par Vanille LN

L'INDE AU COEUR

"Elle se plonge, pour tout oublier, dans un livre sur les dessins magiques et hypnotisants des trottoirs de Pondichéry, les kolams poudres multicolores qui coulent des doigts des femmes, comme du sang, comme si elles s'étaient piquées à un rouet de féerie. Toutes ces images se mélangent comme des grains éparpillés au vent…"

Le deuxième roman de Fanny Saintenoy est tout d'abord une invitation au voyage et la destination, l'Inde, est également un personnage à part entière du récit. Elle est le lien mystérieux, envoûtant, puissant, avec et entre les autres personnages : Kanou, le jeune garçon malicieux et rêveur ; Galta, sa mère, perdue dans ses pensées et interrogations ; Lalchen, son père, violoniste virtuose tout entier absorbé par sa musique ; Ahmma, la servante, tendre, affectueuse, ombre discrète et indispensable ; Malenti, la petite fille mutique ; et Angèle, Indienne de cœur, étrangère et nostalgique en son propre pays…

Dès les premières pages, alors que ce qui aurait pu être un conte de fées, une belle et grande histoire d'amour tourne à la peine, à l'humiliation et au drame, le lecteur est plongé dans l'atmosphère paradoxale et complexe du roman dans lequel tout semble à la fois beau et terrible, sensible et douloureux, léger et grave, joyeux et sombre… Les personnages, attachants, singuliers, magnifiques, n'ont de cesse de se débattre avec et contre leurs destins.

Avec beaucoup de douceur et de sobriété, en quelque 120 pages d'une densité rare, Fanny Saintenoy alterne les voix et les points de vue, faisant partager au lecteur les émotions, les interrogations, les inquiétudes et les joies de ses personnages, au point de les rendre proches, intimes, familiers. Elle nous plonge dans une Inde colorée, fascinante, vivante, nous offrant tout à la fois un dépaysement et une très belle réflexion sur les origines, les liens familiaux, la quête de l'essentiel.

"Elle sait la force des mots, justement, et c’est pour cela qu’elle s’y raccroche si souvent. Elle se blottit dedans par manque de bras ouverts, par crainte du silence. Elle y exerce à voix haute des sentiments jamais convoqués, les vers la retiennent comme des lianes…"

Comme Angèle, l'un de ses personnages, l'auteure sait la force des mots et son écriture est donc tout à la fois sobre et dense, limpide et riche. Chaque description est soignée, chaque phrase porteuse de sens, chaque chapitre ouvre une fenêtre sur le monde et sur l'âme, chaque mot est une note sensible dans la douce harmonie du récit.

Fanny Saintenoy est sans aucun doute une merveilleuse conteuse qui sait transporter le lecteur et le laisser plein de rêves, de souvenirs et d'espoirs.

"Si j'avais eu un don, si j'avais été musicienne, sais-tu ce que j'aurais écrit ? J'aurais capturé les notes de la mousson : ses crépitements, son feulement, le tempo du clapotis et le silence qui rôde autour. Je suis trop vieille, et je ne serai jamais douée, mais toi, tu pourras peut-être inventer cette musique"

L'INDE AU COEUR
Auteure de romans, de nouvelles et de poésie, professeure de français langue étrangère, Fanny SAINTENOY travaille aujourd'hui pour les Musées de la Ville de Paris.
Elle a déjà publié un roman, "Juste avant", en 2011 et a participé avec 3 autres écrivains à l'ouvrage "Qu4tre" en 2013.
Merci aux Editions VERSILIO et à BABELIO pour cette belle lecture !
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"LA MODE PASSE, LE STYLE RESTE"

3 Mai 2015 , Rédigé par Vanille LN

"LA MODE PASSE, LE STYLE RESTE"
"Dans la matinée du 15 décembre 2012, j'achète le manteau de Greta Garbo.

Ils étaient venus du monde entier pour acquérir un morceau de la femme qu'ils aimaient. C'était ce qu'il y avait de plus émouvant, cette tension affective qui parcourait la salle, qui n'avait rien à voir avec de l'idolâtrie. Ils l'aimaient, voilà tout. Ils ne voulaient pas acquérir un objet de sa garde-robe pour le vénérer mais pour le chérir. Parce que cette femme, un instant de leur vie, en apparaissant sur grand écran, les avait rendus heureux."

Tout commence ce jour de décembre 2012 : Nelly Kaprièlian assiste à Los Angeles à la vente aux enchères de la garde-robe de Greta Garbo par ses petits-neveux, pour les besoins d'un article et d'un documentaire. «La garde-robe a été pulvérisée, éparpillée aux quatre coins du monde. Nous étions dix dans la salle, rivalisant avec autant d’ordinateurs connectés au monde entier. Chacun de nous s’en ira avec un fragment du corps de la star qu’il aime, et qu’il s’est enfin approprié par la grâce d’un seul objet, petit fétiche donnant l’illusion de participer au grand tout de sa vie.» Nelly s'en ira avec un manteau rouge, sans doute très peu porté par Garbo, elle qui n'aimait réellement que les teintes sobres et discrètes, beige, gris, taupe, noir, blanc ou bleu marine. L'auteur est d'ailleurs fascinée par la quantité vertigineuse de robes alors même que « Garbo ne se sentait coïncider avec elle-même qu'enveloppée dans une peau masculine : pantalon, pull ou chemise, chaussures plates, trench ». Ce paradoxe déconcerte et interpelle, amenant un questionnement plus vaste sur les rapports qui unissent les êtres aux vêtements qu'ils portent – ou parfois qu'ils achètent seulement, choisissent, accumulent, contemplent sans jamais s'en vêtir…

Peut-on face à la gigantesque garde-robe d'une star éteinte deviner ce que fut sa vie, peut-on apercevoir quelque chose de son intériorité, deviner son intimité ? Que révèlent d'une personne ses robes, ses manteaux, ses costumes ? Nelly Kaprièlian fait « le pari que la garde-robe d'une femme morte peut raconter sa vie et ses secrets, que chaque vêtement aurait le pouvoir de nous ouvrir une porte sur une facette de sa personnalité ».

Mais que tentait de (re)trouver Garbo en collectionnant autant de tenues qu'elle ne portait pas ? Était-ce son ancien statut d'actrice avec tous ses changements de costumes et de rôles ? Parcourait-elle les multiples facettes d'une personnalité complexe et paradoxale, tout à la fois « féminine et masculine, [...] décontractée et glamour, taciturne et hilarante, obsédée par la macrobiotique mais fumant deux paquets de cigarettes par jour, sportive mais portée sur l'alcool » ? À moins que Garbo ne se soit constitué une « citadelle de vêtements […] pour adoucir une vie trop brutalement exposée »… Ou qu'en « première femme moderne », bisexuelle assumée, elle n'ait voulu affirmer son affranchissement à l'égard de la gent masculine, de ces hommes surtout qui veulent modeler les femmes selon leurs fantasmes, les dépossédant d'elles-mêmes pour les posséder davantage.

Et toutes ces personnes venues à la vente aux enchères, que viennent-elles chercher ? Plus profondément encore, que représente l'achat, compulsif ou réfléchi, d'un vêtement – et plus encore le vêtement de quelqu'un d'autre, d'une actrice disparue – ?

Se mêlent dans ces interrogations une réflexion sur l'identité – le jeu de cache-cache entre son identité réelle et celle dont on rêve – et, pour l'auteure, une réflexion sur son histoire familiale, marquée par le génocide arménien, la fuite en France, l’enfance pauvre en banlieue, l’incertitude du statut de transfuge de classe, le divorce des parents. Dès lors, le vêtement serait une façon de donner corps aux absents, de s'assurer de sa propre existence.

"Jouir du trouble d'être enfin soi-même, d'avoir réconcilié ses deux parts de soi : son corps réel avec le rêve, son corps trivial avec son image idéalisée."

Loin d'être linéaire, le récit de Nelly Kaprièlian, tout à la fois très personnel et peuplé de stars, est fait de multiples petites digressions, anecdotes, extraits d'interviews, citations… d'acteurs et actrices, de stylistes, de couturiers, d'écrivains, de chanteurs et chanteuses. C'est parfois passionnant, parfois déroutant, parfois importun avec le désagréable sentiment d'une accumulation d'occurrences relatives à quelques mots-clés.

Néanmoins, l'aspect "mosaïque" de ce roman est aussi ce qui en fait son style, original, et son intérêt particulier, obligeant le lecteur à parcourir ces chemins de traverse pour interroger son propre rapport au vêtement, à l'apparence et, au-delà à son identité.

"L'écriture seule, pour décrypter ce rapport au vêtement par lequel tout semblait transiter, s'éclairer, du rapport à l'autre en passant par les classes sociales et l'impossible ascension, les masques et l'identité, le désir d'être une autre […] – l'écriture seule, donc, pouvait tenir lieu de fil d'Ariane dans ce labyrinthe du travestissement qu'était devenue la vie, où la frivolité était bien plus grave qu'on ne le croyait."

"LA MODE PASSE, LE STYLE RESTE"
"LA MODE PASSE, LE STYLE RESTE"
Nelly KAPRIÈLIAN est une critique littéraire française qui écrit pour Les Inrockuptibles et participe à l'équipe livre de l'émission radio Le Masque et la Plume.
Nelly Kaprièlian est d'origine arménienne, issue d'une famille arrivée en France à la suite du génocide arménien perpétré en Turquie dans les années 1915-1920. Elle devient critique littéraire à la fin des années 1990 en  collaborant au journal Les Inrockuptibles – dont elle devient responsable des pages littéraires – puis au magazine Vogue Paris.
En 2008, elle réalise le documentaire Romans Made in New York avec Sylvain Bergère sur la nouvelle génération d'écrivains américains de New-York diffusé sur Arte en 2009.
En octobre 2012, elle réalise un entretien avec Philip Roth à l'occasion de la parution de Némésis, lors duquel il lui annonce arrêter de publier.
En 2012, lors de la vente aux enchères à Los Angeles de la garde-robe de l'actrice Greta Garbo, elle achète un manteau de la star qui sera à l'origine de l'écriture de son premier livre, tout à la fois roman-essai-autobiographie, Le Manteau de Greta Garbo.
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TOUJOURS NOUS UNIT

1 Mai 2015 , Rédigé par Vanille LN

TOUJOURS NOUS UNIT
Une photo trouvée par hasard : cinq enfants juifs réfugiés à La Bachellerie pendant la guerre, arrêtés par les Allemands puis déportés avec leur mère après l’exécution de leur père. Ce beau village en Dordogne, l’auteur le connaît bien pour y avoir passé de longues vacances chez ses grands-parents, des années plus tard. Des jours de joie cernés d’un silence : on ne lui avait rien raconté de cette rafle de mars 1944, de ces hommes fusillés au village, de ce château incendié cachant des toiles de maîtres, mystérieusement disparues. Jean-Marc Parisis revient alors sur les lieux, enquête et retrouve Benjamin Schupack. À quatorze ans, Benjamin a pu échapper à la tragédie qui emporta sa mère, son frère cadet et une grande partie de sa famille. De cette rencontre essentielle naît un récit croisant l’Histoire et l’introspection, doublé d’une réflexion sur ce qui lie les êtres et les lieux dans le temps.

Ils sont cinq. Cinq enfants, quatre garçons et une fille qui fixent l'objectif et tout observateur de la photo. Cinq enfants figés dans l'innocence de leur enfance, des enfants souriants, qui avaient sans aucun doute des rêves pour plus tard. Mais il n'y aura pas de plus tard… D'autres gens en décident autrement.

Ces cinq enfants juifs ont été raflés par les Allemands à la Bachellerie, petit village à l'est de la Dordogne, déportés par le convoi 71 et assassinés à Auschwitz. Ce petit village, l'auteur de ce récit le connaît bien pour y avoir passé des étés entiers dans la maison de ses grands-parents maternels.

Tombé par hasard sur le cliché de cette fratrie martyre alors qu'il cherchait des photos du rafle du Vél' d'Hiv', Jean-Marc Parisis est parti à la rencontre des destins brisés de Isaac, Cécile, Jacques, Maurice et Alfred. Happé par le drame, il s'est lancé dans une enquête minutieuse, précise, intime. Il a interrogé les lieux – des lieux qui lui sont familiers –, les liens et les hommes, les archives et même un survivant, Benjamin Schupack, qui, adolescent, a échappé aux rafles. Sans pathos ni emphase, Parisis parvient à faire un vrai travail non pas d'historien mais de témoin, grâce à une subtile alliance entre documentation et incarnation. La fratrie est décrite avec beaucoup de simplicité, de poésie et en même temps de rigueur. On suit leur exil de Strasbourg en Dordogne, là où la famille espérait pouvoir échapper au pire…

On lit dans ces pages que l'auteur éprouve une réelle tendresse pour ces frères et sœur, ces petits qui "viennent de l'enfance, ce vieux pays dont on ne peut dessiner les frontières qu'après l'avoir quitté". Un pays qu'ils n'auront pas eu la chance ni le temps de pouvoir quitter…

Parisis mêle parfaitement présent et passé, période actuelle et années noires, se fait discret et sobre, pleinement conscient que ni l'auteur de ce récit, ni l'homme qui questionne le passé, ne peuvent aller jusqu'au bout du voyage, au terminus de ce train dont aucun de ces enfants n'est revenu.

"Toujours nous unit" sont les derniers mots de ce récit pudique, tout en retenue et en dignité. Un récit douloureux et infiniment nécessaire.

TOUJOURS NOUS UNIT
TOUJOURS NOUS UNIT
Jean-Marc Parisis est un écrivain et journaliste français né en 1962. Il est l’auteur de sept romans, de quatre récits et d’une biographie, ainsi que de diverses préfaces et anthologies.

Après des études de lettres (hypokhâgne et khâgne au Lycée Lakanal, à Sceaux, qui lui inspireront Le Lycée des artistes), Jean-Marc Parisis débute à Libération à l'âge de 20 ans. Depuis 1983, on a pu lire sa signature dans de nombreuses publications : Libération, Le Figaro Littéraire, Le Quotidien de Paris, Métro, Le Monde, Le Point, Le Figaro Magazine... 

Il a dirigé la collection "La Désinvolture" aux Éditions Quai Voltaire de 1987 à 1989 et la collection "Colère" aux Editions du Rocher de 2000 à 2005.

En 2010 et 2011, il a chroniqué l'actualité littéraire dans l’émission Bienvenue chez Basse sur Europe 1.

Il a notamment publié :

❊ La mélancolie des fast-foods (1987)

❊ Le Lycée des artistes (1992)

❊ Depuis toute la vie (2000)

❊ Les aimants (2009)

❊ La recherche de la couleur (2012)

❊ Reiser, biographie (1995)

❊ La mort de Jean-Marc Roberts (2013)
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DESTINS ENTRELACÉS

1 Mai 2015 , Rédigé par Vanille LN

DESTINS ENTRELACÉS
Dans un village enneigé de Tchétchénie, Havaa, une fillette de huit ans, regarde, cachée dans les bois, les soldats russes emmener en pleine nuit son père, accusé d’aider les rebelles. De l’autre côte de la rue, Akhmed, son voisin et ami de sa famille, observe lui aussi la scène, craignant le pire pour l’enfant quand les soldats mettent le feu à la maison. Mais quand il trouve Havaa tapie dans la forêt avec une étrange valise bleue, il prend une décision qui va bouleverser leur vie. Il va chercher refuge dans un hôpital abandonné où il ne reste qu’une femme pour soigner les blessés, Sonja Rabina.

Pour Sonja, chirurgienne russe talentueuse et implacable, l’arrivée d’Akhmed et de Havaa est une mauvaise surprise. Exténuée, débordée de travail, elle n’a aucune envie de s’ajouter ce risque et cette charge. Car elle a une bonne raison de se montrer prudente : accueillir ces réfugiés pourrait compromettre le retour de sa sœur disparue. Pourtant, au cours de cinq jours extraordinaires, le monde de Sonja va basculer et révéler l’entrelacs de connexions qui lie le passé de ces trois compagnons improbables et décidera de leur destin.

Complexe et profond, le premier roman d'Anthony Marra est un entremêlement de destinées durant la guerre de Tchétchénie, autour de la petite Havaa.

Concentrée autour de cinq jours de 2004 – année de la seconde guerre tchétchène – la narration fait aussi la part belle aux retours en arrière, jusqu'au précédent conflit, dix ans auparavant. Ces cinq journées décisives, déterminantes pour chacun des protagonistes sont admirablement développées et étayées par l'auteur afin de nous faire comprendre tout ce qui se joue dans la complexité de cette intrigue faite de mille coïncidences heureuses ou malheureuses.

Au cœur de toutes ces destinées et de toutes ces horreurs, la petite Havaa apparaît comme l'ultime symbole de l'espoir en l'humanité, une petite flamme au milieu des ténèbres. Car l'auteur n'épargne rien au lecteur de la barbarie qui n'a pas épargné ses personnages. Son récit est dur, terrible, horrifiant, atroce, et pourtant, en filigrane, se dessine l'idée que la résilience et parfois même le rire peuvent triompher de l'horreur.

Récit de trahison et de cruauté tout autant que de solidarité et d'espérance, Une constellation de phénomènes vitaux est un remarquable tableau de la complexité de la vie et des hommes, peuplé de personnages "émotionnellement réalistes" et porteur d'un message tellement fort. Avec ce récit dont le titre mystérieux provient de la définition du mot "vie" dans un dictionnaire médical russe, Anthony Marra compose un roman bouleversant et prenant, intense et profondément signifiant.

Remarquable, à tous points de vue.

DESTINS ENTRELACÉS
Titulaire d'une maitrise d'Art de l'Iowa Writer's Workshop, Anthony Marra est chercheur au sein de l'Université de Stanford.
Il a rédigé de nombreux textes dont la nouvelle "Chechenya" pour laquelle il a reçu le Narrative Prize 2010, le Prix Pushcart et le Whiting Writers' Award 2012.
Anthony Marra a auparavant vécu et travaillé en Europe de l'est, lui inspirant son premier roman "Une constellation de phénomènes vitaux" couronné du Prix Leonard.
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THRILLER MORDANT

1 Mai 2015 , Rédigé par Vanille LN

THRILLER MORDANT
Paul Anthony Morris, mystérieux client britannique de la guest-house d'un domaine viticole de Franschhoek, a disparu, et ses trois gardes ont été tués. Seul indice : des douilles de cartouches gravées d'une tête de cobra. Dès le début de son enquête, Benny Griessel se heurte à la réticence du consulat et de sa hiérarchie.

Au Cap, le jeune Tyrone Kleinbooi dérobe sous l’œil d’une caméra de surveillance le sac d’une touriste dans la marina du port. Alors qu'ils s'apprêtent à l'interroger, les agents de sécurité sont abattus méthodiquement par un tueur cagoulé qui laisse sur place des douilles gravées d'une tête de cobra.

Tyrone réussit à s’échapper en emportant son butin, mais quand, peu après, sa sœur Nadia est kidnappée, Benny le soupçonne d'être en possession d’un élément crucial.

Le tueur semble être un professionnel surnommé Kobra, mais pour qui travaille-t-il ?

Quand à Paul Anthony Morris, il se révèle être un brillant mathématicien, inventeur d'un logiciel permettant de repérer, dans les transactions financières mondiales, le parcours de l’argent sale issu du crime organisé et du terrorisme. Qui a commandité son enlèvement ?

Plusieurs ingrédients peuvent expliquer sans nul doute le succès des romans de Déon Meyer : leur cadre "exotique" dans les rues du Cap et du Karoo ; le style nerveux, rapide et efficace de l'auteur ; son sens de l'humour percutant ; et ses personnages, au caractère bien trempé, forts en gueule, atypiques.

On retrouve tous ces ingrédients dans Kobra, polar rythmé qui très vite prend la forme d'un contre-la-montre qui se joue minute par minute.

Tyrone Kleinbooi, anti-héros par excellence, a le tort de se retrouver au mauvais endroit au mauvais moment. Le portefeuille qu'il vole à une étrangère au Cap déclenche un carnage. Très rapidement – bien plus rapidement que l'unité d'élite de la police – il comprend tout de l'affaire. Traqué et tout seul, bien décidé à ne pas jouer les victimes, c'est lui qui va manipuler ses impitoyables adversaires.

Aux côtés de ce personnage contrasté, on retrouve l'inspecteur ex-alcoolique Benny Griessel et toute l'équipe des Hawks, sorte de "super-flics" que Meyer s'attache à humaniser en décrivant leurs états d'âme et leurs existences.

En filigrane, Deon Meyer évoque la décadence politique et moral du Congrès National Africain (ANC) et offre à ses lecteurs le portrait d'une Afrique du Sud post-apartheid en déclin : le gouvernement se délite, le pouvoir est tellement corrompu que sa propre police ne lui fait plus confiance, la cupidité et la mauvaise gestion règnent. "Le Service s'enfonçait de nouveau dans les sables mouvants de l'inefficacité"…

Malgré cela, Griesser continue d'être animé par un idéal de justice inébranlable et une constance sans faille pour ne pas décevoir ceux qui espèrent encore en la justice et en l'équité.

Corruption gouvernementale et mondialisation des crimes financiers sont le cœur de ce thriller plein de mordant, palpitant et mené à un rythme d'enfer !

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