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CHANGER LES CHOSES

17 Août 2013 , Rédigé par Vanille LN

CHANGER LES CHOSES

Tout commence par une banale histoire de toilettes et une proposition de loi pour que les bonnes noires aient des toilettes à part - voire dehors - et n'aillent plus dans celles de leurs patrons blancs. A cause de préjugés, de peurs ridicules, d'idées aussi absurdes que choquantes. Qu'on ne se trompe pas. L'histoire ne se déroule pas durant la guerre de Sécession ou à l'époque de l'esclavage, mais dans les années 60. Rosa Parks est passée par là, Martin Luther King commence à faire entendre sa voix et pourtant, rien ne semble avoir véritablement changé à Jackson, petite ville du Mississippi... Les mentalités n'ont toujours pas évolué et la ségrégation demeure.
Sauf pour Skeeter, jeune fille issue de la bourgeoisie, qui rêve de devenir journaliste et refuse que cette situation, intolérable pour elle, soit immuable. Elle est révoltée par le comportement de ses "amies" envers leurs bonnes et se met en tête d'écrire un livre sur la condition des bonnes noires chez des patrons blancs en recueillant les témoignages de certaines d'entre elles.
D'abord réticentes à se dévoiler, effrayées par les conséquences que leur parole pourraient avoir, angoissées même qu'on les voie parler à une blanche, celles-ci changent brusquement d'avis suite à un évènement tragique, malgré les risques. Les premières à témoigner sont Aibileen, puis Minny, deux domestiques qui travaillent chez des connaissances de Skeeter. Naturellement, les interviews s'effectuent dans le plus grand secret. S'il était découvert ce que ces femmes font, disent, écrivent, elles risqueraient rien moins que leur vie...
Au fil des pages et des témoignages, on découvre en même temps que Skeeter ce que signifie être une bonne noire depuis son enfance: une voie toute tracée, héréditaire, avec des règles inculquées aux filles dès leur adolescence pour travailler chez les Blancs, des règles comme " ne pas se mêler de leurs affaires", " manger à part ", " avoir toujours ses couverts et ne pas se servir de ceux des Blancs "... et un peu plus tard, leur vie de service, d'esclave moderne, exploitée et méprisée. L'une après l'autre, elles racontent, elles se racontent, affichant une rancoeur et une méfiance tenaces pour leurs patronnes blanches, mais un amour immense, maternelle, pour les enfants dont elles s'occupent, bien plus et bien mieux que leurs mères. Skeeter doit mentir pour les protéger, s'éloigner de ses amies qui ne peuvent comprendre qu'elle défende une telle cause.. . Kathryn Stockett dresse des portraits de femme très forts, très touchants, très subtils, grâce à une narration à trois voix qui donne la parole tour à tour à Skeeter, Aibileen et Minny.
La structure originale de ce livre en fait donc un récit vraiment vivant, chaque chapitre , constitué du témoignage de l'une des protagonistes, permet de suivre l'évolution et le ressenti de chacune, avec son langage, son style, sa vie et sa perception des choses, et nous rapproche plus encore des trois femmes.
"La couleur des sentiments" est une œuvre riche, touchante, forte, sans concession quant à la nature humaine, lucide tant sur les grandeurs que sur les bassesses, pleine d'émotion et d'humour.
Cette vérité, cette vie qui habitent le livre sont joliment expliquées à la fin, dans la touchante postface où l'auteur décrit la genèse de l'ouvrage : petite fille, explique-t-elle, elle a connu un environnement semblable à celui qu'elle décrit et elle a voulu exprimer, à travers ce roman, l'amour, les remerciements et le pardon qu'elle n'a jamais dit à la bonne qui les a élevés, ses frères et elle. C'est magnifiquement réussi. Son ouvrage est le plus bel hommage qu'elle pouvait rendre à sa bonne Démétrie.

"La couleur des sentiments", véritable best-seller, a reçu le prix du Meilleur roman étranger pour le Grand prix littéraire du web 2010 et le Grand prix des lectrices de Elle en 2011. Il a été adapté au cinéma en 2011.

CHANGER LES CHOSES

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