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ENTRE REJET ET FASCINATION

18 Septembre 2013 , Rédigé par Vanille LN

ENTRE REJET ET FASCINATION

Christine Angot est le genre d'écrivain qu'on aime détester et qu'on hésite à admirer. Sans conteste la lecture de ce récit qu'on ne saurait qualifier de roman est pour le moins dérangeante et nous laisse partagés entre divers sentiments.

Impossible d'abord de résumer les quelques cent pages de cette "semaine de vacances", il n'y a pas véritablement d'histoire déroulée, il s'agit bien plutôt de moments juxtaposés comme autant de clichés photographiques qui captent les instants et les mouvements en rafales pour les exposer au lecteur.

D'aucuns ont critiqué ce qu'ils voyaient comme de l'indécence, de l'exhibitionnisme malsain. On peut penser peut-être cela à l'évocation du sujet de l'ouvrage, en le parcourant comme n'importe quel livre, mais on ne peut plus en rester à ce simple préjugé en le lisant avec attention, en n'en restant pas à la surface des mots mais en s'attachant à leur pouvoir évocateur, à ce qu'ils contiennent en creux, à ce qu'ils veulent signifier profondément. La succession et la répétition de scènes obscènes, sordides, révoltantes, n'est pas gratuite, n'est pas une posture d'écrivain destinée à faire peur, encore moins à se mettre en scène. Je n'ai trouvé ni complaisance ni nombrilisme dans ce récit, juste une volonté – une nécessité de donner à voir et à comprendre, si tant est que l'on puisse...

Derrière les phrases qui s'enchaînent implacablement, derrière les mots jetés sans respirer, sans prendre le temps de souffler se lisent la violence sourde et la souffrance muette, l'emprise et la soumission, l'attirance et le dégoût.

Les paroles et les expressions employées sont simples, crues sans provocation. Tout est décrit telle que la jeune fille le vit, quotidiennement, de façon affreusement banale. Tout est raconté de la manière la plus juste, la plus sobre possible car le but n'est pas de se vautrer dans le pathos mais de dire les choses. Les dire pour qu'enfin on les entende. Les dire parce que les tabous font mal, eux aussi. Les dire parce que le silence est une violence, parfois. D'où ce récit nécessaire, impératif, vital. L'écriture comme analyse, la publication comme exutoire.

La lecture de ce livre n'est ni agréable ni plaisante, encore moins divertissante. C'est une lecture à fil tendu, acéré, tranchant dans le vif. Une lecture qui dérange, qui fait mal, qui fait réfléchir et dont on ne sort pas indemne.

Parce que c'est aussi ça, parfois, la littérature.

À LIRE AUSSI, DE CHRISTINE ANGOT :

L'INCESTE

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