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EXPO SIMON HANTAÏ : "LA TOILE EST UN CISEAU POUR MOI"

19 Août 2013 , Rédigé par Vanille LN

EXPO SIMON HANTAÏ : "LA TOILE EST UN CISEAU POUR MOI"

EXPOSITION SIMON HANTAÏ

CENTRE POMPIDOU (22 mai/2 septembre 2013)

Première rétrospective de l'œuvre du peintre depuis près de 40 ans, l'exposition présentée au Centre Pompidou nous permet de découvrir dans toute sa richesse, tous ses aspects et toute sa complexité le parcours de ce grand artiste de la seconde moitié du XXème siècle.

L'ARTISTE

Peintre français d'origine hongroise né en 1922, formé à l'École des Beaux-Arts de Budapest, Simon HANTAÏ est représentatif de cette génération d'artistes venus d'Europe de l'Est et arrivés à Paris dans l'immédiat après-guerre.

D'abord marqué par le surréalisme, il s'éloigne du mouvement au milieu des années 1950 pour développer une œuvre abstraite, originale et unique qui le singularisa.

HANTAï est en effet surtout connu pour sa méthode de travail : le pliage comme méthode, initiée en 1960.

LE PLIAGE COMME MÉTHODE

La méthode de travail totalement inédite et novatrice d'HANTAÏ consiste à plier la toile avant d'être peinte, de sorte que toute vision de l'ensemble de la surface du tableau est interdite à l'artiste, qui ne peut peindre que les parties accessibles à son pinceau. De cet aveuglement provoqué naît un profond bouleversement de son art. Cette technique du pliage, toujours renouvelée, ne cessera dès lors d'être à l'origine de ses peintures et de ses innovations. À chaque fois, il réinvente une nouvelle pratique du pliage, qu'il systématise et déploie pendant un temps, depuis les "Mariales" jusqu'aux ultimes "Laissées".

L'EXPOSITION

À travers plus de 130 peintures réalisées à partir de 1949 jusqu'aux années 1990, l'exposition présentée au Centre Pompidou, sans précédent par son ampleur et son caractère rétrospectif, témoigne de l'importance et de la richesse foisonnante d'une œuvre qui n'a de cesse, encore aujourd'hui, de marquer de son influence l'histoire de l'abstraction.

Le Centre Pompidou a choisi d'organiser l'exposition selon un parcours chronologique afin de suivre l'évolution du peintre et de son art.

EXPO SIMON HANTAÏ : "LA TOILE EST UN CISEAU POUR MOI"

La visite débute donc au moment de l'arrivée à Paris de Simon HANTAÏ, et s'ouvre sur des tableaux de sa période SURRÉALISTE (1949-1955). Il emprunte au mouvement surréaliste ses procédés automatistes, tout en développant une interprétation très personnelle de leurs techniques : peintures divisées en compartiments, découpes de magazines, ossements intégrés à des créatures hybrides, collages à l'aide de plumes, feuilles, cordelettes, jeux sur les matières, expérimentation du grattage à l'aide de lames de rasoirs. Ces premières toiles sont très sombres, viscérales, très "glauques", avec des méandres de formes hybrides et biomorphiques, des spirales traitées comme un grouillement de viscères dans une gamme de couleurs acides...

Femelle-Miroir

Femelle-Miroir

En 1955, il abandonne définitivement (et heureusement...) toute référence à l'imagerie surréaliste pour évoluer vers la peinture gestuelle dans les années 56-57, influencé d'abord par les tableaux de Georges Mathieu et Jackson Pollock, ses recherches le portant ensuite à expérimenter dans plusieurs directions, jusqu'à l'invention de petites touches qui lui permet d'occuper la totalité de la surface de la toile.

Période GestuellePériode Gestuelle
Période GestuellePériode Gestuelle

Période Gestuelle

En 1958-59, HANTAÏ développe deux techniques et deux approches : la petite touche et l'écriture. Les deux tableaux présentés dans l'exposition sont consacrés l'un davantage à l'écriture ("Ecriture rose"), l'autre à la peinture ("À Galla Placidia").

"Écriture rose" (détail)

"Écriture rose" (détail)

L'année 1960 marque un tournant, Simon HANTAÏ renouvelle en profondeur son rapport à la peinture. Il imagine de plier sa toile avant de la peindre, se privant ainsi de la surface à peindre. Sa technique se déploie ainsi : la toile est pliée ou, plus exactement, froissée de bord en bord, et les parties restées accessibles sont peintes. Puis elle est dépliée, et les parties en réserve – l'intérieur des plis – sont peintes à leur tour, créant un espace totalement recouvert.

Les "Mariales" constituent un groupe de vingt-sept peintures, réparties en quatre sous-groupes, chacun identifié par deux lettres (m.a., m.b., m.c., m.d.). À partir de la série m.c., la toile est d'abord éclaboussée de noir ; HANTAÏ travaille à grands plis, laissant de grandes inégalités de surface, ouvrant sur une présence saisissante de la couleur. Cette technique du pliage, qu'il érigera plus tard en méthode, sera déterminante pour la suite de son œuvre. De cette approche résulteront des toiles où la couleur, sa respiration puissante et lumineuse, est produite comme si elle venait de par derrière la toile, à la façon d'un vitrail.

MarialesMariales
MarialesMarialesMariales

Mariales

Entre 1963 et 1965, HANTAÏ concentre le pliage au centre de la toile, les bords restant vides, avec la série des "Catamurons" (du nom d'une maison de vacances louée à Varengeville-sur-Mer) ; avec la série des "Panses", la toile est nouée aux quatre angles en un sac informe, pliée, peinte et dépliée plusieurs fois.

Catamuron

Catamuron

Panse

Panse

Avec les "Meuns", pour la première fois dans l'œuvre de Simon HANTAÏ, la toile s'organise et respire par l'étendue de la couleur peinte en aveugle, ainsi que par le rapport dynamique que la couleur entretient avec le blanc non-peint sur la toile.

Les "Meuns" tirent leur nom du village de Meun, près de Fontainebleau, où le peintre s'établit en 1966, en installant un grand atelier.

Cette série procède plus du nœud que du pliage. La toile est rassemblée depuis ses quatre coins, formant, selon les mots de l'artiste, une sorte de "sac fortement aplati et brutalement recouvert de peinture". C'est ce sac que peint l'artiste, laissant vides les bords, puis le centre. On assiste ainsi à ce percement de la toile, à l'éclatement de la forme en grands morceaux et en fragments qui peuvent évoquer les papiers découpés de Matisse.

MeunsMeuns
MeunsMeuns
MeunsMeuns

Meuns

La période 1969-1973 est celle des "Études" et des "Blancs". Dans les "Études", HANTAÏ pose une stricte équivalence entre le peint et le non-peint, entre une couleur monochrome posée sur une toile finement et régulièrement pliée, et les blancs qui apparaissent au dépliage. Dans les "Blancs", d'esprit plus cézannien, le blanc prend le dessus : les éclats colorés, toujours acérés, tantôt vifs et violents, tantôt assourdis, n'apparaissent qu'au détour d'un non-peint envahissant.

Etudes (rouge, vert  violet)Etudes (rouge, vert  violet)Etudes (rouge, vert  violet)

Etudes (rouge, vert violet)

BlancsBlancs
BlancsBlancs
BlancsBlancs

Blancs

En 1973, HANTAÏ peint les toutes premières "Tabulas" (du mot latin signifiant "table" ou "planche"). Cette séquence se fonde sur une autre modalité de pliage, ou plutôt de nouage. La toile fine est nouée à intervalles réguliers sur une de ses faces, de manière à produire un quadrillage. Cette façon de plier, par carrés ou rectangles, est la dernière inventée par le peintre. Ce système de quadrillage, contrebalancé par l'éclatement et la pénétration du blanc dans la couleur aux entrecroisements, souligne l'interaction entre fond, couleur et forme.

En 1980, HANTAÏ peint à l'huile et à l'acrylique une immense "Tabula" à grands rectangles roses. Le rapport entre la qualité de la couleur, sa plénitude et son étendue dans chaque carreau de la surface ouvre sur un étoilement des formes.

TabulasTabulas
Tabulas

Tabulas

À partir de 1982, au lendemain de sa participation à la Biennale de Venise, HANTAÏ se retire volontairement du monde de l'Art. Cette retraite durera jusqu'à sa mort en 2008, interrompue seulement par quelques manifestations publiques.

En 1994 pourtant, HANTAÏ décide de découper dans les immenses "Tabulas" réalisées pour une exposition à Bordeaux en 1981, de grands fragments qui deviennent, par cette opération, des peintures nouvelles.

Il intitule "Laissées" ces œuvres issues de la destruction de peintures antérieures.

Simon HANTAÏ dans son atelier

Simon HANTAÏ dans son atelier

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Blémet 28/08/2013 17:06

Pourquoi dire en 1955 il abandonne complétement le surréalisme : "et heureusement" pourquoi ? moi c'est ce que j'adore particulièrement chez lui..