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LA MÉMOIRE DÉVÊTUE

19 Août 2013 , Rédigé par Vanille LN

LA MÉMOIRE DÉVÊTUE

"Maman n'est plus dans son regard.(...) Maman est une image, un pastel, elle n'habite presque plus l'atmosphère".

Qu'advient-il de la relation entre une fille et sa mère quand celle-ci perd peu à peu la mémoire, glisse doucement et inexorablement vers "le pays de l'absence", de toutes les absences, petites ou grandes, anodines ou graves, comiques ou exaspérantes ? Quand on devient, plus encore qu'auparavant et en toutes situations la maman de sa maman ? C'est ce que dépeint avec beaucoup de sensibilité et de justesse Christine Orban dans cette "fiction" très personnelle et très intime. Pourtant, sa mère n'a jamais une femme très mature, très protectrice, très assurée. Au contraire, elle s'est toujours félicitée que sa fille soit si "forte", si solide. Elle ne l'a pas véritablement élevée, cette fille aînée qu'elle a eu à vingt ans, elle s'est plutôt élevée avec elle. Elle a toujours beaucoup compté sur elle.

Et le temps, la "maladie cruelle qui oscille entre normalité et folie", possède la mystérieuse faculté d'exacerber, d'amplifier, d'exagérer les traits de caractère les plus enfouis et les plus forts. "Le mal a pris le pas sur les défauts, les défauts se sont érigés en pathologie, comme si la maladie était la manifestation de tes particularités mais exacerbées." La mère en devient plus compliquée encore, plus difficile à comprendre, à appréhender, à supporter parfois. "Et si vieillir était devenir ce que l'on est en pire ?" On en a l'impression en effet, parfois ; on pressent cette tendance étrange et difficile des personnes âgées à redevenir comme des enfants exigeants, capricieux, égocentriques.

Toute prise de décision, toute sortie, toute activité est source d'hésitation, de conflit, de changements d'avis sans fin. Et ensuite, elle n'est finalement jamais satisfaite. "Maman est un tissu de paradoxes. En fait, elle aime regretter. Elle aime dire qu'elle regrette, qu'elle aurait dû, qu'elle aurait pu.(...) Son avis varie selon l'heure de la journée." Elle n'épargne rien à sa fille, dont l'amour se lit à chaque ligne, une mansuétude, une gentillesse qui finalement n'arrange rien. Et sa Maman, devenu une "flamme vacillante" en profite...

Sur cette maladie qui apparaît, s'amplifie, envahit le quotidien et épuise l'avenir, Christine Orban écrit un roman tout en sensibilité et en pudeur. L'écriture est chargée pourtant d'émotions mitigées, entre tendresse et impatiences, entre humour et lucidité, entre indulgence et critique. La voix que l'on entend, celle de la fille, est expressive mais sans fard, toute simple.La plume est magnifique, habitée, inspirée. Sur ce sujet difficile, Christine Orban maîtrise parfaitement l'art de rendre insolites et intéressantes les choses les plus banales. Elle nous offre ainsi un ouvrage magnifique, sensible et poignant, délicat et profond, subtil et bouleversant.

LA MÉMOIRE DÉVÊTUE

SUR LE MÊME SUJET, LIRE LE SUPERBE LIVRE DE SERGE REZVANI, "L'ÉCLIPSE", PARU EN 2003.

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