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LA VIE D'APRÈS

9 Août 2013 , Rédigé par Vanille LN

LA VIE D'APRÈS

"Des vents contraires", les personnages d'Olivier Adam y sont confrontés dans tous ses livres. Ils sont tendus, usés, saisis à leur point de rupture, tout proches de l'effondrement. Le titre du roman suggère aussi la prééminence des sensations physiques, des corps, au creux de son oeuvre. Olivier Adam s'intéresse peu à l'analyse psychologique, ses personnages se définissent davantage par leurs actes, exprimant physiquement les tourments qui les envahissent. " Je l'ai prise dans mes bras. Je ne savais plus faire que ça. Les mots manquaient, ne restaient plus que les gestes. "

Le héros du roman, Paul Anderen, s'enfuit à Saint-Malo rejoindre son frère, avec ses deux enfants, après le départ de sa femme Sarah qui les a quittés des mois auparavant sans dire un mot, sans donner de nouvelles. Paul est perdu, il flotte, balloté par les événements auxquels il ne sait plus comment faire face...
Olivier Adam sait mieux que personne sonder la vertigineuse absence, le manque qu'elle engendre. Une fois encore, il compose un personnage fragile, qui confronte son bouleversement intérieur au tumulte de la mer, éprouve ses limites, s'agrippe à chacun des fils ténus qui le maintiennent en vie. Les journées fiévreuses, animées de l'énergie du désespoir et rythmées par d'ultimes tentatives alternent avec les nuits sans sommeil, glacées, hantées par le doute, la culpabilité et la désolation.
Et malgré cela, "Des vents contraires" est un roman lumineux. Au-delà de la tristesse impénétrable qui ombre les pages se devine une lueur d'espoir fragile mais perceptible : l'amour absolu et désespéré de Paul pour ses enfants. Le ton oscille entre douleur et joies. La douleur du manque, de l'absence, l'incompréhension, et par petites touches de lumière, quelques instants d'échange, de joie, des corps qui s'embrassent pour partager un peu de chaleur et de tendresse.
Autour de Paul, on croise des personnages malmenés par la vie ; la dureté de l'existence les rapproche, ils se comprennent sans se juger : il y a une vieille dame seule, un autre père démoli par son divorce, un commissaire paumé qui observe de loin sa fille sans oser aller vers elle... Ces personnages écorchés vifs font tout pour se raccrocher au quotidien, avec l'aide parfois d'un peu (ou beaucoup) de vodka ou de gin, pour se réchauffer le cœur, contournent les règles pour glaner quelques instants de bonheur.
Et il y a les enfants aussi, bouleversés par l'absence inexpliquée de leur mère, qui se raccrochent à leur père comme à une bouée, tout en étant eux-mêmes la bouée de leur père. Unis, fusionnels, dans le désespoir, petit esquif fragile pris dans la tourmente...
Olivier Adam a le sens du romanesque, il sait écrire au plus près des émotions, alliant superbement rugosité et finesse, violence et sensibilité, sobriété et générosité, transmettant à son texte et à son personnage une voix d'une justesse absolue, à la fois touchante et prégnante. La météo est tempétueuse, les existences fracassées, et cela insuffle au roman une force incroyable, de celles qui donnent le courage d'avancer malgré les vents contraires, les tempêtes, les douleurs qui meurtrissent le cœur. Réflexion sur la famille, le deuil impossible et l'absence, "Des vents contraires" est, malgré son point de départ douloureux, un roman lumineux, de par l'humanité et la tendresse qui l'habitent, l'énergie qui le parcourt et la petite lueur d'espoir qui scintille envers et contre tout...
Peuplé d'âmes dévastées, porté par un style sensible, évocateur, empreint d'un certain lyrisme, Olivier Adam signe un roman puissant qui nous emporte loin, au gré des "vents contraires"...

LA VIE D'APRÈS

"Des vents contraires" a été adapté au cinéma en 2011 par Jalil Lespert, avec Benoît Magimel, Isabelle Carré et Antoine Duléry.

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