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LE PÈRE INTERROMPU

17 Août 2013 , Rédigé par Vanille LN

LE PÈRE INTERROMPU

Il était une fois un homme et une femme. Ils se rencontrent, ils s'aiment, et le désir d'enfant vient. Elle a déjà connu une grossesse avec un autre, avant. Le bébé n'a pas survécu. Il va donc falloir vivre avec cet "avant", avec ce souvenir douloureux, avec cette menace invisible, et la hantise que ça recommence. Les laisser de côté, loin dans le passé. Sauf que la mort les rattrape. Deux jours avant la troisième échographie, elle perd du sang. Et c'est la fausse-couche, avec curetage moyenâgeux tendance boucherie, même si l'on est dans un hôpital au XXIème siècle.
Harold Cobert n'épargne rien au lecteur mais c'est qu'il n'est pas épargné non plus. Douleurs physiques, rêves anéantis, vie et cœur brisés, larmes et l'obligation de tenir, malgré tout, pour sa femme, éprouvée une fois encore dans sa chair. Mais il dit aussi sa colère, sa rage, son désarroi, sa virilité et sa paternité ébranlées. Et pour éviter définitivement l'écueil du larmoyant, il alterne le récit de ce deuil impossible avec des flash-back sur la rencontre du jeune couple, leur insouciance, cet été sur la côte basque, leur amour... Comme pour dire que l'amour devra triompher, quoi qu'il arrive. Comme pour apporter une touche de légèreté et d'espérance à ce sujet si douloureux. Et tabou. Un homme évoquant la fausse-couche de sa femme, son expérience de "père interrompu", le naufrage intime que cela représente pour le couple, est inédit dans l'histoire de la littérature.
Tout ceci sans excès, sans pathos, juste avec la sobriété et la sincérité qu'imposent ce récit largement autobiographique, jamais outré, jamais indécent. Tout est fait avec subtilité, pudeur et dignité. Ce qu'il ne peut dire, le lyrisme qu'il s'interdit, il le laisse à Victor Hugo dont il distille des extraits des "Contemplations" tout au long du livre. Il mêle dérision et tendresse, dit sa foi, son sentiment d'abandon et sa colère contre Dieu et tous les autres : "La poisse , la chance, le hasard, les signes, le destin, Jéhovah, Dieu , Allah, tralala, youpi, je m'en fous . Tout ça, c'est des conneries. Ils se sont tous barrés surfer au Pays basque et laissent le monde courir à sa perte".

Sa plume talentueuse glisse aussi bien du côté de la tendresse la plus émouvante que du côté de la violence la plus dure.
Harold Cobert réussit ce miracle d'un roman paradoxalement drôle et bouleversant.

LE PÈRE INTERROMPU

À LIRE AUSSI, D'HAROLD COBERT :

❊ UN HIVER AVEC BAUDELAIRE

❊ PETIT ÉLOGE DU CHARME

❊ L'ENTREVUE DE SAINT-CLOUD

❊ AU NOM DU PÈRE, DU FILS ET DU ROCK N'ROLL

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