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SUR UN FIL...

27 Juillet 2013 , Rédigé par Vanille LN

SUR UN FIL...

Chaque 14 juillet depuis 16 ans, trois couples d'amis et leurs enfants se retrouvent en Normandie chez Delphine et Denis. "Rendez-vous annuel et sacré", rendez-vous de l'amitié et du partage, ce séjour tant attendu à Coutainville est une parenthèse joyeuse et frivole dans la vie de ces quadragénaires. Parties de tennis, fruits de mer, et feu d'artifices devraient effacer le temps d'un week-end les soucis du quotidien, les problèmes de couples et les malentendus. Mais cette année, l'apparition d'un élément perturbateur, Dimitri, un adolescent de 20 ans, va réveiller les angoisses de chacun, les fantômes, les dénis, les incapacités et les obliger à prendre leurs responsabilités ou tout simplement à lâcher prise... "Cet été-là" est une histoire de liens et de pièges dans laquelle les personnages vacillent dans un moment d'incertitude, quelle qu'en soit la raison. Les couples vacillent car chacun vacille à l'intérieur de lui-même. Delphine, la jolie bourgeoise qui s'étiole lentement, tandis que Denis, son mari, ne la regarde même plus, persuadé qu'elle le trompe. Ils sont beaux, riches, brillants, leur union semble aussi évidente qu'indestructible et pourtant, au-delà des apparences, ils en sont arrivés à un point de rupture et de non-retour. Ils ne parviennent pas à se parler, à mettre des mots sur ce malaise entre eux, si profond et insidieux. Autour d'eux, tout le monde s'agite, les enfants, les amis, créant une atmosphère de "comme si de rien n'était", même s'ils ne sont pas ni plus heureux ni plus solides : Marie, l'actrice de second plan, vieillissante, à qui on ne propose plus que des rôles de grand-mère à 52 ans, et qui, bien que lassée de son métier ne parvient pas à le lâcher, pour ne pas décevoir son mari Nicolas, son gentil mari dépressif qui tente de survivre en dépit des fantômes qui le hantent ; Lola, ancienne reporter de guerre de 38 ans, qui se consacre à des reportages radiophoniques sur le silence et qui chaque 14 juillet ramène un amant différent, qui cette été-là se trouve être Samuel, 26 ans, "enthousiaste, prévenant, plein d'énergie et amoureux" au point d'envisager de la demander en mariage malgré les mises en garde des amis de Lola qui ne connaissent que trop bien son intense besoin de liberté sans attaches. Tous marchent sur un fil, face au soleil. Ils se tiennent tant bien que mal les uns les autres, jusqu'à ce que les fissures s'élargissent, deviennent de larges failles, faisant apparaître les blessures les plus enfouies et les plus profondes. Le processus, vécu à un rythme soutenu et nerveux, est douloureux et en même temps comme libérateur. Peu à peu, chacun va se défaire de ses entraves. Avec beaucoup de subtilité et une grande maîtrise du dévoilement, Véronique Olmi alterne dans sa fresque estivale les scènes de groupe où chacun s'efforce de se montrer confiant, apaisé, drôle, vif, et les apartés plus intimes, théâtre des confidences et des abandons sincères où se révèlent les blessures. Les repas sont des moments de "joie simple un peu primaire" durant lesquels on raconte des blagues, des anecdotes futiles, où on échange des propos banals. Surtout ne rien montrer, être à tout prix superficiel et insouciant, et "dès qu'une émotion surgira, Denis remplira les verres. C'est le principe du rite : l'immobilisme." Sauf qu'une fois le déjeuner terminé, la troupe se disloque et les lignes comme les êtres se mettent à bouger. Chacun retrouve ses inquiétudes, écoute et partage celles des autres. "Leur amitié (est) le seul lien sans mensonge, leur unique vérité. Elle (est) le côté clair de leur vie." Avec des mots justes et beaux, de son écriture fluide et délicate, Véronique Olmi nous offre un superbe condensé d'amour et de désamour, d'amitié, de tristesse et de rires. La finesse de son analyse esquisse un tableau magnifique dont les nuances rendent palpables les émotions des personnages, dans ce décor où la mer est un personnage à part entière, elle face à qui nous prenons si pleinement conscience de notre état d'êtres mortels. Derrière l'insouciance d'un week-end d'été, on pressent que le dernier acte approche, l'agonie du grand pin du jardin en est le présage ; les masques vont peu à peu tomber, la fin d'une époque se profile à l'horizon, une époque sans ce rituel du 14 juillet, sans doute. Et finalement, peut-être est-ce mieux que ces "vies de côté" qu'ils menaient jusqu'à présent. "La vie est pleine de deniers soirs, d'amours qui meurent, d'enfants qui grandissent tout seuls, et aucun peintre jamais n'a pu capter l'exacte lumière d'un ciel orange"...

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