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UN CRI SILENCIEUX DANS UN MONDE ASSOURDISSANT

26 Juillet 2013 , Rédigé par Vanille LN

UN CRI SILENCIEUX DANS UN MONDE ASSOURDISSANT

Le précédent roman de Delphine De Vigan ("No et moi") soulignait la détresse dans laquelle plongeait son héroïne du fait de la violence qui l'entourait, une violence silencieuse, sournoise et perverse. Dans le présent ouvrage, cette violence subie accable également les deux héros que l'auteure met ici en scène en alternant les chapitres consacrés tour à tour à Mathilde et à Thibault. Ils ne se connaissent pas mais leur état, face à leur quotidien, est identique : ils sont à bout...
Brillante sous-directrice marketing dans un grand groupe, Mathilde, jeune veuve et mère de trois enfants, se rend chaque matin à son travail jusqu'au jour où son destin bascule sans préavis. Victime de harcèlement moral (bien que ce terme ne soit jamais employé, c'est bien de cela qu'il s'agit) parce qu'elle a eu le malheur un jour de contrer les propos de son patron. Elle tente de faire face, jour après jour, de tenir, avec l'espoir qu'un beau jour tout rentrera dans l'ordre. Mais il n'en est rien ; peu à peu elle dépérit, subissant brimades et coups tordus, jusqu'à son exil dans un bureau sans fenêtre, sans ordinateur et sans aucune mission à accomplir. Une mise au placard sans pitié. Elle se retrouve plus seule que jamais, délaissée par des collègues tous plus lâches les uns que les autres, qui n'ont comme unique préoccupation que de conserver leur place, quelles que soient les injustices subies par les autres. Mathilde se sent coupable de ne pas avoir réagi dès les premiers signes, elle est perdue, hésite sur l'attitude à adopter : relever la tête et se battre, ou se résigner face à une cause perdue ? Elle ne sait plus que penser, que faire, que dire...
En même temps que l'histoire de Mathilde, nous est racontée celle de Thibault, médecin urgentiste se déplaçant aux domiciles des patients. Au contact des maladies et des détresses humaines, il observe, absorbe la vie des autres comme un buvard, avec tout le recul exigé par sa profession. Mais malgré cette mise à distance, il n'est pas plus heureux que les gens qu'il visite, passant une bonne partie de ses journées dans sa voiture, subissant le stress de la vie citadine et les inévitables et interminables embouteillages. Sa vie personnelle est tout aussi compliquée, il vient de se résoudre enfin à quitter une femme qui ne l'aimait pas, une femme superficielle, totalement indifférente à son amour.
En suivant ces solitudes parallèles, on s'imagine que les deux personnages pourraient se rencontrer, pour un "happy end" romantique... Mais ce n'est pas du tout le choix de Delphine de Vigan ; elle raconte la réalité humaine dans ce qu'elle a de plus vrai, de plus dur, de plus violent, une réalité où les belles histoires n'existent pas aussi facilement qu'au cinéma... Sa force c'est de réussir à ne pas tomber dans le pathos, elle donne à ces personnages fragiles une grandeur superbe, une humanité lucide et touchante d'une plume sensible et pudique. Le titre est subtilement évocateur ; dans ces "heures souterraines", Delphine de Vigan ne raconte pas des histoires, elle écrit la vie. Elle dépose sur le papier, avec délicatesse et profondeur, des histoires banales, qui semblent insignifiantes, enfermées dans le quotidien, des histoires sombres, lucides et vraies. Une fois encore, elle signe un roman d'une rare intensité.

L'AUTEURE

Après avoir multiplié les expériences professionnelles, Delphine de Vigan, auteur de No et moi, se consacre aujourd’hui pleinement à l’écriture.Delphine de Vigan est une romancière qui doute encore de sa légitimité. « J’ai du mal avec le mot ‘écrivain’, dit-elle, je préfère ‘auteur’ ». Elle reconnait sa chance immense d’être publiée, mais pour elle, la route est longue et elle n’a pas le sentiment d’être « arrivée à quoi que soit ».

Née en banlieue parisienne et mère de deux enfants, Delphine de Vigan s’est intéressée, après des études de Lettres, au marketing, à la sémiologie et à la publicité. Après avoir été démonstratrice en hypermarché, scripte dans des réunions de groupe, hôtesse d’accueil, chargée de communication puis directrice d’études dans un institut de sondages spécialisé dans l’Observation sociale (un de ses meilleurs souvenirs professionnels), elle a décidé de se consacrer entièrement au métier d’écrivain.

Son aventure littéraire a commencé en 2001 avec Jours sans faim, roman autobiographique sur la guérison d’une jeune fille anorexique et publié sous le pseudonyme de Lou Delvig. Elle poursuit sa lancée en 2005 avec Un soir de décembre (prix Saint-Valentin 2006) et Jolis garçons qui touchent un plus large public. Mais c’est son quatrième roman, No et moi, l’histoire d’une adolescente surdouée qui rencontre une jeune SDF, qui marque un tournant dans sa carrière. Traduit dans une vingtaine de langues et plébiscité par le public, il obtient le Prix des Libraires 2008 et le prix Rotary International 2008. En 2009, Les heures souterraines, où elle campe une héroïne en proie au harcèlement moral, gagne une place de choix dans la dernière sélection du prix Goncourt.

Son dernier roman, Rien ne s'oppose à la nuit, a connu un immense succès et reçu le Prix FNAC, le Prix Renaudot des Lycéens, le Prix France Télévisions et le Grand Prix "Romans" des lectrices ELLE.

S’il arrive parfois encore à Delphine de Vigan de douter de ses qualités d’écrivain, les lecteurs eux sont conquis.

À LIRE AUSSI, DE DELPHINE DE VIGAN

JOURS SANS FAIM

NO ET MOI

LES JOLIS GARÇONS

UN SOIR DE DÉCEMBRE

RIEN NE S'OPPOSE À LA NUIT

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