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UNE PASSION RUSSE

24 Juillet 2013 , Rédigé par Vanille LN

UNE PASSION RUSSE

"Apollinaria voulait que sa vie fût remplie, pas sa mort."
Et elle le fut, remplie, intense, passionnée, la vie d'Apollinaria Souslova ! Fille d'un serf émancipé, étudiante à l'Université de Pétersbourg, Apollinaria rêve d'une carrière d'écrivain. Lors d'une conférence donnée par Fédor Dostoïevski de retour du bagne, elle provoque une rencontre avec le grand Ecrivain qui accepte de lire une de ses nouvelles et promet de l'aider. S'ensuit alors une relation passionnée, charnelle et tempêtueuse entre l'auteur et sa muse, relation à la fois célèbre et méconnue entre ces deux êtres hors du commun.
On connaît les tourments abyssaux des personnages de Dostoïevski dont on pressent qu'ils sont inspirés de ses propres tourments et contradictions. Capucine Motte nous fait dévoile dans ce roman le rôle joué par cette femme d'exception qui apporta à l'Ecrivain autant d'inspiration que de souffrance, les deux se confondant souvent dans son œuvre et dans son existence, les blessures les plus douloureuses lui faisant atteindre les plus hautes extases.
Apollinaria semble discrète, secrète, effacée au début du roman, on la sent fragile à l'extrême, une brindille prête à se briser... Mais elle se révèle ensuite, dans sa relation avec l'Ecrivain, une tout autre femme - "une écorchée vive, une capricieuse, une femme fatale, une aventurière" - séductrice, implacable bourreau du cœur de Dostoïevski, d'une intelligence brillante, féministe avant l'heure, brûlant d'un désir de reconnaissance et d'un désir de jouir immenses... Tout le roman est construit autour de cette passion folle, de cette passion russe nourrie d'excès, de dépravations, de sentiments fiévreux et exacerbés, de tourments, de tumultes et de démons... Par là même, Capucine Motte restitue cette "vérité" - si tant est que la Littérature puisse jamais l'atteindre - qu'aucune biographie des deux héros n'aurait su rendre. En explorant leurs sentiments désordonnés, en sondant les zones d'ombre, elle nous donne à voir les troubles de l'Ecrivain et de sa muse pour qui le mot passion rime avec malédiction... Le contexte historique, ô combien troublé lui aussi, n'est pas oublié. L'auteure retranscrit comme à l'encre russe la révolte sociale, la contestation de l'intelligentsia, la répression tsariste et les prémices de la révolution à venir...
Malgré la distance géographique et temporelle, Capucine Motte parvient à nous rendre ses personnages intensément présents, on vibre avec eux, on souffre avec eux, on voyage avec eux. De Saint-Pétersbourg à Paris, d'Allemagne en Italie, nous suivons leurs fuites, leurs égarements, leurs retrouvailles et leurs éloignements. Ne pouvant vivre ni ensemble, ni l'un sans l'autre, ils sont sans cesse en équilibre instable, funambules de la passion et de l'existence.
J'avoue avoir, comme dans les grands romans russes, quelque peu survolé les passages "socio-politiques" qui, bien que contribuant à la contextualisation du récit, m'ont parfois semblé longs. Je leur aurais préféré davantage de références à la création littéraire...
Hormis ce tout petit bémol, on ne peut qu'admirer l'audace et le talent de Capucine Motte qui a brillamment réussi à donner à ces personnages issus de la réalité une superbe dimension romanesque. À partir de leur vie passionnée, elle leur a donné une existence à la fois littéraire et dans l'imaginaire de ses lecteurs tant ils nous semblent proches au fil des pages...
"Vivre, avoir tant d'ambition, souffrir, pleurer et combattre, et, au bout, l'oubli"... Grâce à ce roman, l'histoire passionnelle de l'Ecrivain et de sa muse en est préservée à jamais...

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